Collapsovalise

Collapsovalise
Accenture, 19 mai 2020

Préambule

Bienvenue en 2043. Vous avez entre les mains un guide pour vous aider à comprendre l’utilité de la collapsovalise, et l’entreprise dans laquelle elle s’inscrit. Pour cela, il faut vous souvenir : dès les années 2030 la crise écologique, climatique et environnementale s’est accélérée. Malgré les appels à l’action, les manifestations, les rapports alarmistes, le cours des choses n’a pas changé et la course au profit a continué. Les détritus ont continué à être déversés dans les océans, les sous-sols ont été exploités jusqu’à leur épuisement, les espèces animales et végétales ont disparu les unes après les autres dans l’indifférence d’une partie de la population. Le point de non-retour étant atteint, les catastrophes se sont enchaînées, comme le craignaient les scientifiques. À une montée des eaux exponentielle et à des vagues de chaleur meurtrières se sont ajoutés des cyclones, des tornades, des ouragans, dans des zones du monde qui n’en avaient jamais connues. Pendant que les pôles fondaient à vue d’œil et que des incendies ravageaient de nombreuses régions, des inondations en cascade se chargeaient de rayer de la carte des zones entières à travers le globe. Bien évidemment, malgré la panique générale, il était trop tard. Les institutions se sont effondrées les unes après les autres, l’électricité a été coupée et des millions de gens sont morts. Le monde d’avant n’est plus. Nous sommes 5 survivantes de cette extinction, et nous n’avons de nouvelles de personnes d’autres à l’heure où nous écrivons ces lignes. Nous sommes dans la région de ce qui était autrefois Poitiers, réfugiées dans une ancienne zone rurale désormais abandonnée. Nous espérons trouver un endroit pour nous établir durablement et trouver d’autres survivants, dans l’espoir de fonder une communauté et d’enfin pouvoir revivre – et plus seulement survivre. Notre seul bagage ? La collapsovalise. Une valise de l’extinction, une valise de l’effondrement de notre société, mais aussi et surtout une valise pour « l’après ».

Notre but est relativement simple : nous emmenons avec nous des ouvrages qui vont nous aider à survivre, à nous rappeler le passé, à penser le futur. C’est pourquoi nous n’emmenons que des livres en français et en anglais – langues que nous comprenons et maîtrisons toutes. Si cette valise est la nôtre, comme le montre notre catégorie « réconfort », elle est aussi et surtout destinée à être transmise aux générations futures – si elles existent. La collapsovalise assure une transition entre deux mondes – à notre image, en tant que survivantes ayant vécu « l’avant » et qui vivront « l’après » –  et s’inscrit également dans la durée. Nous offrons des clés aux générations qui vont nous suivre pour construire un monde nouveau, et, nous l’espérons, un monde meilleur. C’est pourquoi nous avons privilégié le nombre d’ouvrages dans des catégories que nous pensons utiles sur le long-terme plutôt que les ouvrages de survie à court-terme. Dans cette optique de transmission, nous avons essayé autant que possible de délivrer des perspectives différentes sur le monde, afin de ne pas refléter une image de l’ancien monde uniquement occidentale, blanche et privilégiée. C’est pourquoi le choix des auteurs et autrices était pour nous très important. Les ouvrages ont été choisis pour leur contenu mais également car nous adhérons au discours des auteurs, à ce qu’ils prônent. Nous avons tenté d’être les plus inclusives possibles, en choisissant des ouvrages écrits par des femmes et par des écrivains d’ethnies ou de nationalités différentes afin de multiplier les points de vue. Nous avons évité au maximum les œuvres dites « classiques », que nous avons toutes étudiées de nombreuses fois en classe. Non seulement ces œuvres ne correspondent pas forcément à ce que nous voulons retenir de l’ancien monde, mais elles ont également plus de chance – de par leur renom – d’avoir été sauvées par d’autres survivants. Néanmoins, nous avons conscience que la construction de notre valise et le choix restreint d’ouvrages que nous avons dû faire est imprégné des références dans lesquelles nous baignons depuis notre enfance. Nous nous sommes également donné la règle de ne choisir aucun livre religieux : notre valise se veut laïque. Si les religions de l’ancien monde doivent survivre ou se réinventer, ou même si d’autres religions doivent voir le jour, nous estimons que ces processus n’ont pas besoin de notre intervention. Nous ne détenons pas de vérité absolue et cette valise n’a pas pour but de donner des voies à suivre absolument. Nous nous contentons de donner des pistes, des conseils, des idées : à charge des personnes qui entreront en possession de notre collapsovalise de décider de s’y intéresser ou de les ignorer. Le monde d’après se reconstruira de toute manière avec ou sans nous. Nous tentons simplement d’apporter notre pierre à l’édifice grâce à cette sélection d’ouvrages, afin d’avertir des erreurs passées et d’aider les lecteurs à vivre dans un monde détruit et nouveau.

L’un des points importants qu’il faut garder en tête lors de l’analyse de cette valise est sa non-exhaustivité. Nous avons dû faire des choix pour des raisons évidentes de transportabilité. Notre valise ne contient donc pas tous les événements du passé dont nous aurions voulu garder une trace, ni toutes les idées que nous voulons transmettre. C’est pourquoi nous comptons beaucoup sur la transmission orale : que ce soit pour l’éducation des futurs jeunes ou pour raconter des histoires, se remémorer le monde d’avant, compléter nos connaissances respectives et surtout transmettre de nombreuses valeurs qui ne pouvaient toutes être contenues dans la collapsovalise. Il était difficile de faire tenir la lutte contre le racisme, la discrimination des LGBTQIA+, la xénophobie, la haine entre religions, le sexisme, et tous les idées qui nous tiennent à cœur dans une si petite valise. C’est pourquoi nous espérons pouvoir transmettre ces valeurs fondamentales par oral – et pourquoi pas également par écrit grâce au carnet de notre valise. En effet, nous espérons pouvoir discuter avec les nouvelles générations et les éduquer sur de nombreux sujets grâce à nos idées et nos mots, et pas uniquement par le biais des ouvrages et des idées des auteurs que nous avons choisis.

Finalement, un dernier point plus pragmatique : cette valise contient 8 catégories, 18 ouvrages et un carnet. Si chacune des catégories a une particularité propre, certains livres peuvent correspondre à plusieurs catégories, puisque celles-ci sont liées les unes aux autres. Nous avons cependant fait des choix – priorisant ainsi certains aspects des livres en les incluant dans telle ou telle catégorie. Ces choix ne sont pas anodins, même s’ ils peuvent être discutés.

Survie

Le guide de survie de l’armée américaine , traduction de Léandre Michaut, 1981

Langage

Dictionnaire Le Robert , 2043

Histoire et sciences

La plus grande histoire jamais contée: des origines de l'univers à la vie sur Terre , Muriel Gargaud, 16 octobre 2017

The Natural History book , Kathryn Hennessy, 2010

Sauvegarder le passé

Album photo

Afin de décentrer notre point de vue occidental, nous avons choisi de former un immense recueil de contes du monde: voici Notre livre des contes

Comment en est-on arrivé là

Recueil de rapports , Auteures de la Collapsovalise, 2020

L'Événement anthropocène: La Terre, l'histoire et nous , Christophe Bonneuil et Jean-Baptiste Fressoz, 2013

Vivre dans les ruines

L'Intégrale de Maus , Art Spiegelman, 2012

La supplication : Tchernobyl, chronique du monde après l’apocalypse , Svetlana Alexievitch, 1997

Réconfort

Le Livre des mondes perdus , Vincent Villeminot, 14 octobre 2010

Persepolis, tome 1 , Marjane Satrapi, 2000

L'écoute aux portes de C. Ponti , de C. Ponti, 1995

Into the wild , Jon Krakauer, 1996

L’origine des Philippines - Mythes de la création , Hugues Jean de Dianoux, Marina Pottier-Quirolgico, 2003

Construire le monde d’après

L'écoute aux portes de C. Ponti , de J. Seymour, 1976

Un carnet et un crayon

L'esclavage raconté à ma fille , Christiane Taubira, 2015

Déclaration universelle des droits de l'humain , Assemblée générale des Nations Unies, 1948

Conclusion

Cette présentation de notre Collapsovalise touche à sa fin et nous voici maintenant équipées pour faire face à l’effondrement brutal tel que nous l’avons conçu dès les premières lignes de notre notice d’utilisation. Sac à dos enfilé, valise bouclée, boussole empochée, nous sommes désormais prêtes à vivre dans ce monde d’après. Nous avons de quoi organiser notre survie à court et long terme, de quoi se souvenir du monde d’avant et des choses perdues, de quoi dresser le bilan de cet échec. Mais nous avons surtout dans cette valise des ouvrages permettant d’assurer cette transition entre deux mondes, de transmettre des valeurs et connaissances certes imparfaites mais en lesquelles nous croyons, de vivre dans ces ruines et construire un monde d’après. Enfin, nous avons aussi de quoi survivre psychologiquement pendant cette transition vers l’inconnu. C’est donc l’esprit léger et la valise lourde que nous refermons ce chapitre et laissons le soin aux générations futures de prolonger notre démarche en inscrivant dans les pages vierges de notre carnet les mots, évènements et caractéristiques du monde d’après.

Postface

Se référer au document pdf envoyé à Mme Guidée



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