En vue d’une réception migratoire simplifiée ?

En vue d’une réception migratoire simplifiée ?

Introduction : 

Nous avons souhaité construire notre projet autour de la question migratoire de Poitiers. Alors qu’en 2015, la guerre en Syrie et les différents conflits au Moyen-Orient avaient conduit à ce que l’Europe a appelé « une crise migratoire », cela s’est souvent traduit par un accueil restreint et souvent dépréciatif et mal organisé. Pourtant, la prise de Kaboul en août dernier a remis au cœur des enjeux politiques, la question de l’accueil des réfugiés. Plus récemment, c’est évidemment la guerre en Ukraine qui a donné corps à ces réflexions, avec la fuite de millions d’Ukrainiens pour se protéger de la guerre en cours. 

Pour dresser un rapide panorama chiffré des personnes à bagage migratoire en France, il faut savoir que le dernier rapport du Ministère de l’Intérieur datant du 20 janvier 2022, décompte près de 300 000 personnes accueillies au cours de l’année 2021 en France, sur une population totale de 67.39 millions d’habitant.e.s, soit 0.44% de la population. À l’échelle de la Vienne et particulièrement de Poitiers, ce sont 722 personnes qui se sont installées dans la ville ce dernier mois. Nous le constatons, les migrations sont toujours croissantes, et au regard du réchauffement climatique, des conflits, des problèmes sociétaux que notre monde pourrait connaître dans les prochaines années, ce phénomène s’accélérera. C’est pourquoi, notre territoire doit être aménagé pour pouvoir les accueillir, et ce dignement. 

C’est au croisement de problématiques urbanistiques, sanitaires, sociales que nous avons décidé de nous attarder pour tenter d’ébaucher des solutions pour cet accueil. Or, ces solutions impliquent des questions pragmatiques incontournables telles que: « que faire lorsqu’on arrive dans un pays pour s’y réfugier », « vers qui se tourner », « comment faire au niveau sanitaire ? », « où se loger », « quels documents vont-nous être demandés ». Face à celles-ci, nous nous sommes rapidement confrontés à l’imbrication complexe et sous-jacente à la question de l’accueil des personnes à bagage migratoire. 

Nous nous sommes donc tourné.e.s vers trois associations de Poitiers, à savoir Buddy System Refugiés, le Toit du monde et le relais Georges Charbonnier ainsi que vers une étudiante au sein du master de migrations internationales de Poitiers, Ana-Clara. Les différents échanges que nous avons pu avoir avec elleux nous ont permis de comprendre plus justement les démarches à réaliser lorsqu’une personne à bagage migratoire arrive sur Poitiers. Également, cela nous a permis de redéfinir les besoins de notre projet et de l’adapter plus justement. En l’occurrence, un podcast qui recense ces fameux besoins qui sont les nôtres.

Avant le constat, vous pouvez écouter ces fameux entretiens dans notre PODCAST :

Les associations consultées : Toit du Monde; Relais Charbonnier; Buddy System Réfugiés.
Présentation de notre projet lors de la conférence: « Comment retrouver le sens du collectif ? », Poitiers, 17 Mars 2022

Constat des entretiens : 

Les entretiens avec ces trois organismes nous ont permis de cerner les besoins récurrents. Tout d’abord, un lieu d’accueil et d’accompagnement doit être accessible à tout le monde, donc de disposer d’accès pour les personnes à mobilité réduite également. Parler d’accessibilité c’est aussi parler de transport. De fait, la plupart des logements sont en dehors du centre-ville, ce qui nécessite d’emprunter les transports en commun en étant capable de se repérer malgré une langue et des codes différents. Favoriser la centralisation spatiale était donc une de nos premières idées pour contrer cette difficulté mais les entretiens nous ont alertés sur les risques d’exclusion des personnes à bagages migratoires. La centralisation administrative est également à écarter au risque de briser toute diversité des services.

La meilleure option est donc de créer un lieu de coopération où les différents services/organismes peuvent échanger sans pour autant fusionner en une seule et même entité. En effet, Buddy System met en valeur la nécessité d’espace de réunion, tant pour l’association elle-même que pour des discussions interassociatives. Par ailleurs, une association comme toit du monde qui travaille via plusieurs pôles note la perte d’information et le ralentissement des démarches causées par la division des services internes en plusieurs bâtiments. Un lieu de rencontre du tissu associatif permettrait donc de faciliter les échanges et la construction de projets communs.

D’autre part, il faut que le lieu choisi soit également un lieu de repos et ce pour au moins deux raisons. Premièrement, les personnes ayant un logement le soir se retrouvent dépourvues d’un lieu de secours pour s’abriter. Deuxièmement, un lieu de repos permettrait de favoriser les échanges, de trouver du réconfort et de favoriser l’apprentissage de la langue française, par exemple. Ce lieu devrait être accessible pour tous, y compris la population sans bagage migratoire, afin de faciliter l’intégration de nouveaux arrivants. Le mélange des populations permet de retrouver un sens du collectif sans doute moins évident aujourd’hui tout en invitant à l’ouverture sur l’autre et sur le monde. 

espaces de nuit et de repos

Enfin, face au besoin permanent d’argent des organismes aidant et aux difficultés liées au marché immobilier, il paraît judicieux de lier établissements publics et privés. Cela permettrait de faciliter le développement de projets, l’aménagement d’un lieu. C’est aussi une manière de retrouver le sens du collectif en unissant deux fonctionnements administratifs différents.

Conclusion

Il nous est à présent permis de conclure sur ce projet. Vous l’aurez compris, même si ce projet peut paraître utopiste, il permet d’interroger les politiques publiques actuelles et de soulever des questions qui nous semblent importantes. De ce projet, nous avons également pu tirer des éléments de réponse à cette question relative au sens du collectif dans notre société. En effet, nous sommes plutôt convaincus par le fait que l’idée du collectif n’a pas disparu, il ne s’est pas perdu.

La question, je crois, ne se pose pas en des termes aussi binaires que perdre ou gagner du collectif. Nous avons été témoins du tissu associatif que Poitiers connaît pour aider à l’accueil des personnes à bagage migratoire, c’est pourquoi je crois plutôt que nous assistons à une transformation du sens du collectif.

Celle-ci implique sans doute un renouvellement des formes de coopération que nous connaissons aujourd’hui car elles semblent presque inefficaces, les microcosmes d’entraide doivent se réinventer afin de se dynamiser sur l’ensemble d’un territoire. Je crois que croiser le questionnaire de Bruno LATOUR à la réflexion d’Edgar Morin dans son ouvrage:  “Changeons de voie”, permet de mettre en relief l’idée : “qu’à force d’oublier l’essentiel pour l’urgence, on oublie l’urgence de l’essentiel”. 

Toujours est-il qu’au fil des rencontres que nous avons pu faire, nous avons pu voir à quel point les personnes pouvaient s’impliquer et que l’envie et le courage de s’engager sont bel et bien présents.



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