Survivalise

Survivalise

Qu’emporter pour garder, suffisamment du monde d’avant tout en préparant le monde d’après ? Après un dérèglement climatique qui a bouleversé notre société, nous découvrons ce qu’il en reste, pour l’instant que nous, et envisageons de reconstruire une nouvelle société pour pérenniser notre survie.


Quel type de fin du monde ?

Dans un futur proche, le dérèglement climatique entraîne une succession de catastrophes climatiques sans précédent : la montée des eaux entraîne une multiplication des tsunamis, accompagnés par des coulées de boue, des éboulements et des glissements de terrain venant bousculer l’équilibre des plaques tectoniques, qui entraînent à leur tour, séismes et ouragans. Ces phénomènes longtemps niés par les puissances capitalistes se sont retrouvées face à leurs incohérences et leur aveuglement. Tous les pays sont touchés et la multiplication des crises empêche les gouvernements d’agir : tous les moyens sont dépassés. Les dernières émissions de télévision faisaient état d’une crise naturelle, humanitaire et sanitaire touchant le monde entier. En tant que survivalistes qui avaient prévu la fin du monde, nous nous sommes réfugiés dans un bunker. Après plusieurs jours enfermés dans cette pièce sécurisée, nous commençons à envisager une sortie. Après le déchaînement des événements météorologiques, les gens ont commencé à se battre pour récupérer les dernières denrées disponibles. Il reste peut-être des survivants mais nous ne savons pas combien, ni qui, ni où. Arthur s’étant dévoué pour aller explorer le monde extérieur, à la suite de l’apocalypse, nous décrit ce qu’il a vu : la plupart des bâtiments ont été rasés et les seuls encore debout sont à l’état de ruine, je n’ai rencontré personne dans les alentours, nous nous imaginons pour l’instant, seuls au monde. Il n’y a plus d’électricité et plus de nourriture dans les magasins. Pour l’instant nous survivons avec le peu de réserves dans notre bunker. Mais pour envisager notre pérennité, il va falloir que nous soyons autonomes et que nous tentions de penser notre situation. Bien sûr, nous avions tout prévu grâce à notre valise de livres post-apocalypse, pour survivre dans un monde qui est en rupture complète avec ce que nous connaissions avant. Nous avons pris le parti de répartir nos vingt livres en six catégories. Chaque livre est censé nous apporter une aide, philosophique, psychique, mentale voir sportive et physique. Le but de cette survivalise est bien de nous permettre de survivre et pas seulement, de pérenniser notre espèce si elle est menacée puis de recréer une société sur des bases « légèrement » différentes de celle qui nous a mené à cette situation cataclysmique.


1ère catégorie : survie :

US Army, Guide de survie de l’armée américaine, France Loisir, 1984 :

En tant que survivalistes, nous étions au courant qu’une catastrophe allait arriver sur Terre et causer une fin du monde. Nous avions étudié toutes les possibilités d’apocalypse et la multiplication de catastrophes naturelles nous paraissait la plus probable. On s’est alors penché sur la recherche d’un manuel de survie qui nous permettrait de survivre dans tous les milieux puisqu’on ne savait pas dans quel état nous retrouverions la planète suite à cette fin du monde. On devait être capable de survivre dans un marécage dû à des inondations, dans un paysage beaucoup plus chaud et aride que celui qu’on connaissait ou au contraire glacial (nous avions pensé à un éventuel changement de climat). Le manuel de survie le plus complet et qui abordait le plus de situations possible s’est révélé être celui de l’armée américaine. En effet, cet ouvrage est un guide très général abordant tous les aspects de la survie tels que la nourriture, l’eau, le feu, le climat, l’orientation, la faune, la flore, les soins, la construction d’un abri mais aussi la dimension psychologique, comment faire face à la peur et la panique, comment créer une ambiance favorable à la survie dans un groupe, etc. C’est donc un livre très pratique à court et moyen terme. La dimension psychologique nous paraissait importante afin d’arriver à cohabiter entre nous et surtout s’organiser pour pouvoir reconstruire un monde. Cette dimension permet aussi d’apprendre à contrôler ses émotions face à tout genre de situation afin de ne pas perdre pied et de garder son sang-froid, chose nécessaire pour rester lucide dans des conditions apocalyptiques.

Atlas routier et touristique France 2021 – Michelin, 2021 :

Dans le cadre de notre fin du monde, nous avons pensé que les catastrophes qui ont eu lieu, bien qu’elles aient  coupé tout accès à internet, aux différents moyens d’information, et détruit une grande partie des constructions humaines, pourraient avoir laissé des traces des infrastructures, comme les villes en ruine ou les axes routiers. Or nous considérons qu’il est essentiel de pouvoir se repérer dans notre environnement post-apocalyptique. C’est pourquoi nous avons choisi d’emporter l’Atlas routier et touristique France 2021 de Michelin. Il est l’Atlas géographique français le plus complet puisqu’il retranscrit, de manière topographique et avec des échelles de distance, tout le pays, en réunissant des cartes précises de chaque département. Ainsi, il nous permettrait de nous repérer aisément, d’identifier rapidement les voies de communication encore en place, et faciliterait grandement nos recherches en vue de subvenir à nos besoins puisqu’on y trouve les points et cours d’eau, les forêts, les villes… Or tout ceci est essentiel à notre survie ; c’est pourquoi cet atlas serait véritablement nécessaire dans notre monde d’après. De surcroît, en plus de nous prodiguer des informations importantes, cet atlas nous permettrait de conserver des savoirs géographiques qu’il serait important de préserver pour les générations futures, mais aussi des savoirs culturels puisqu’il présente en quelques lignes le patrimoine important de chaque département. (Enfin au niveau pratique, sa couverture plastifiée à spirale lui confère une résistance à toutes épreuves, pratique en situation post-apocalyptique !

François GEMENNE et Aleksandar RANKOVIC, Atlas de l’anthropocène, Presses de Sciences Po, 2019 :

Ce livre récent (puisqu’il date de 2019) fait un constat alarmant de la situation actuelle. Il aborde ainsi la crise écologique qui balaye notre monde contemporain (changements climatiques, pollution, catastrophes naturelles, crises sanitaires…), évoquant alors une phase de déclin de l’espèce humaine (l’anthropocène). C’est donc un livre qui nous ouvre les yeux sur les conséquences écologiques de notre monde et notre mode de vie, sur ses dérives de consommation, d’abus et d’exploitation. Il s’érige alors comme un livre de constat de la situation actuelle, mais aussi comme un livre d’anticipation sur l’avenir de notre monde et de notre espèce si nous prolongeons dans cette voie. Cet Atlas est donc totalement novateur puisqu’il nous offre un point de vue bien différent de ce qui a été fait auparavant. Il permet dès lors d’aborder la fin du monde d’une perspective autre, puisque l’être humain ne s’y affirme plus en tant que dominateur de la nature, mais bien en tant que dominé, en être dépendant des volontés du monde. Ce n’est donc pas un livre de survie comme on peut le comprendre au sens premier, mais plutôt un livre de survie / de soutien mental. Il permet de relativiser la catastrophe, alors perçue comme inévitable, tout en éveillant sur le fait qu’il est vain pour l’Homme de tenter de dominer la Terre, préférant dès lors une approche où l’être humain tenterait d’établir une harmonie avec le monde et ses êtres vivants, une approche dans laquelle nous serions conscient de notre dépendance à ceux-ci. Cet ouvrage nous ferait alors réfléchir sur notre situation « pré-apocalyptique », qu’il serait alors impossible moralement de rétablir dans notre nouveau monde aux vues des dégâts considérables causés. Ce livre nous permettrait donc d’envisager un nouveau mode de vie plus sain, en accord avec la nature et les milieux environnants. Nous considérons donc que l’Atlas de l’anthropocène, qui aurait pu tout aussi bien s’inscrire dans la catégorie « comment en sommes-nous arrivés là », serait un livre essentiel pour notre survie puisqu’il s’inscrit, de plus, assez précisément dans le cadre de notre situation de fin du monde.

Martin CRAWFORD, La forêt-jardin, Eugen Ulmer Eds, 2017 :

Comme tous les survivalistes, nous avions conscience que trouver de la nourriture et en obtenir dans la durée serait un point primordial pour survivre après une apocalypse. Il nous a donc semblé logique d’ajouter à notre valise un manuel pour construire son propre potager. Cependant, on s’est rendu compte que les guides de jardinage étaient conçus pour cultiver des graines ou des plantes que l’on devait trouver en magasin. Hors ce processus nous paraissait impossible après une catastrophe qui aurait tout ravagé. Nous avons donc recherché une agriculture alternative et nous sommes tombés sur la forêt-jardin. En effet, ce type de culture permet de cultiver des plantes, des légumes, des arbustes afin de produire de la nourriture tout en respectant la nature : pas besoin de pesticide, d’engrais et peu d’entretien des sols. Cette agriculture nous a paru tout à fait adaptée à l’apocalypse que nous avions envisagé car cela entrait dans la reprise des droits de la nature après les catastrophes qu’elle a causées. De plus, cette agriculture insère dans le jardin des arbustes qui peuvent servir à fabriquer des matières non-comestibles mais utiles pour concevoir des objets du quotidien et des outils : du fil, du bois, etc.  Nous avons donc choisi un des livres les plus complets sur le sujet : La forêt-jardin de Martin Crawford. L’auteur est un spécialiste du sujet, il a travaillé plus de 20 ans dans l’agriculture biologique et l’horticulture, et est actuellement directeur du Agroforestry Research Trust, une fondation spécialisée dans l’étude de l’agroforesterie. Le livre qu’il a écrit présente tous les outils et les savoirs pour mettre en place une forêt-jardin allant de sa conception aux conseils de plantation. De plus ce livre n’aborde que les plantes adaptées au climat français, il répertorie donc des plantes que l’on peut trouver dans notre territoire bien qu’elles soient endommagées. Ainsi, grâce à ce livre, nous avons accès à plus de 500 arbres, arbustes, légumes, plantes grimpantes et toutes comestibles !


2ème catégorie : récits, poésies, etc. :

Jean ANOUILH, Antigone, Table Ronde, 2016 :

Il était important pour nous d’emporter une pièce de théâtre dans notre valise car nous souhaitions sauvegarder le plus de genres littéraires possibles. Antigone s’est donc révélée être la pièce la plus adaptée à nos yeux puisqu’elle délivre de nombreux messages aussi importants les uns que les autres.

L’histoire d’une jeune femme qui se bat pour ses idées jusqu’à la mort permet de transmettre une fougue et une hargne de se battre pour ce que l’on pense être juste qui est extrêmement important dans une société. Cette tragédie écrite par Jean Anouilh en 1944 possède également une lecture historique qui n’est pas négligeable. Mais c’est aussi une œuvre intemporelle simple. À toute époque, à tout moment, le lecteur, le spectateur, peut trouver une vérité dans la pièce, comprendre les valeurs véhiculées.

Il y a également tout au long de la pièce une question majeure et primordiale qui est mis en avant : l’opposition entre le bonheur et la liberté absolue. Il est ainsi nécessaire dans le monde d’après que l’on se questionne sur ce que l’on décidera de favoriser, quel régime parviendra le mieux à créer une balance entre les deux. Anouilh grâce à la pièce nous en donne les clés de lectures.

Antigone est une héroïne forte et tragique qui réussit à s’imposer face à un Créon totalitaire qui symbolise le pouvoir absolu. Elle véhicule des valeurs de détermination de liberté mais surtout de courage. Sa révolte s’oppose jusqu’au bout à des attitudes d’êtres humains injustes. Par son altitude, son caractère et ses actes, Antigone parvient à affirmer une liberté sans compromis tandis que les autres personnages s’enferment dans une crainte de pouvoir totalitaire.

Créon de son côté permet à toute personne découvrant la pièce de bénéficier d’une réelle réflexion sur le pouvoir grâce à l’auteur. Il est craintif, usé, fatigué. Il n’a pas envie d’exercer l’état de droit et se voit forcer de s’y exercer. Alors qu’Antigone symbolise le futur, Créon s’inscrit dans le pessimisme du présent. Il est le régime autoritaire remis en question tout au long de la pièce. À nouveau, ce roman permet une réelle réflexion sur l’opposition entre liberté et autoritarisme.

Dans le monde d’après sa première lecture nous permettra de nous échapper, de redécouvrir agréablement le style du théâtre et d’apprécier l’écriture d’Anouilh mais la seconde lecture nous permettra sans aucun doute de mener à une réelle réflexion politique. Grâce aux personnages, on pourra inculquer des valeurs importantes telles que le courage mais surtout la détermination, le militantisme et l’esprit critique. Anouilh possède en effet un réel regard critique sur chacun des personnages, même Antigone. Tout n’est pas justifiable et soutenir Antigone ou non permettra l’apprentissage du débat, de l’argumentation si les discussions sur ce livre se font.

Antoine de Saint-Exupéry, Le petit prince, Gallimard, 2012 :

Comment se contenter de peu ? Comment survivre dans le nécessaire ? Le Petit Prince est un livre court qui permet aux enfants comme aux adultes de s’approprier les nombreuses morales qui y sont contées. Véritable livre philosophique sur l’épicurisme, la rusticité et le bonheur, le Petit Prince nous permet aussi de voyager de planètes en planètes, de rencontres en rencontres, et nous partage ses pensées et les morales qu’il tire des tares humaines qu’il décèle. Le Petit Prince est à la fois un refuge pour voyager mais aussi une leçon pour reconstruire une société sur une philosophie de l’essentiel. L’éloge du bonheur dans la simplicité que met en scène Antoine de Saint-Exupéry au travers d’un enfant candide mais sage, constitue un point de départ pour une pensée philosophique de la survie et de la société à réinventer. Ce livre est aussi le témoin d’une vie extraordinaire menée par Antoine de Saint-Exupéry, français, pionnier de l’aéropostale. Un aventurier, remplit de courage et de volonté d’agir qui ne laissera sur Terre que sa gourmette et ce chef-d’œuvre qui reste à ce jour le livre francophone, le plus traduit, vendu et lu dans le monde, ce qui témoigne de l’universalité et de l’unanimité sur un homme et ses idées. Dans son roman, il conte le récit de ce petit être de lumière qui, perdu en plein désert, est amené à voyager dans l’espace. Il prend du recul sur ce qui lui arrive, sur ce qu’il voit. Il écoute ses interlocuteurs sans les juger : il comprend ou du moins il essaye. Le livre est court et écrit simplement, mais c’est ce qui fait son charme. Le livre va droit au but enchaînant rencontres, morales et sagesse. Mais si l’on ne connaît pas l’histoire de l’auteur, on passe à côté de la métaphore de ce livre dans lequel l’auteur se met en scène. Antoine de Saint-Exupéry dans une de ses escapades postales fut contraint de se poser en plein désert du Sahara. En trois jours, il a pu trouver de l’aide et réparer son avion. Ce conte est le récit allégorique de sa mésaventure. Au travers du personnage guidé par ce Petit Prince, le lecteur est happé par un enfant qui lui montre le monde tel qu’il le comprend.

Ce livre représente la philosophie que nous souhaitons apporter après un monde consumériste qui s’est conduit à sa propre perte, ainsi il permet d’éviter de reproduire nos erreurs et nous rappelle constamment que “l’essentiel est invisible pour les yeux” tout autant que « C’est le temps que tu as perdu pour ta rose qui fait ta rose si importante. ». Nous avons également conscience que c’est un “livre canon” mais nous pensons que celui-ci mérite d’être dans notre valise pour ce qu’il véhicule comme message. Nous pensons d’ailleurs que ce n’est pas pour rien qu’il est devenu un livre canon.

Arthur RIMBAUD, Les cahiers de Douai, Librio, 2018 :

Arthur Rimbaud est certes un poète de canon enseigné à l’école mais il est aussi celui qui nous a fait apprécier la poésie. Magnant les mots et le style à la perfection, il trace une image de la société avec une douleur esthétique mais surtout extrêmement forte. Emporter ses poèmes dans le monde d’après n’est pas seulement un moyen de s’échapper, de se souvenir du passé, c’est aussi emporter avec nous une réelle leçon de style, un moyen de sauvegarder la règle des alexandrins pour pouvoir, certes l’enseigner dans le futur mais aussi, afin de permettre aux générations suivantes de l’apprécier autant qu’elle nous a transformé nous, auteurs et autrices de cette valise.

Les Cahiers de Douai sont importants car ils relatent une ascension rêvée et une arrivée dans la capitale : Paris. Il y construit une symbolique de la capitale, y développe les idées des lumières qu’elle abrite et nous permet de nous retrouver chacun dans cette quête de l’ascension, cette quête de l’ambition. Elle y retrace les états d’âmes, permet de mettre des mots choisis avec style sur des sensations, des sentiments. À travers les Cahiers de Douai, il réussit à exprimer ses révoltes mais aussi et surtout sa découverte de jeune homme entrant peu à peu dans la vie adulte. En plus de nous toucher, ce recueil nous permet aussi de nous imaginer à la place de ce héros poétique, de vibrer à travers ses vers. Il nous offre, sous son écriture, la découverte d’une réelle aventure qui nous manquera tant et que nous souhaitons sincèrement aux générations futures.

À travers ses vers, il y brosse son propre portrait et réussit à transformer sa naïveté, sa pudeur face à ses premiers amours en un besoin d’insouciance, une envie de vivre peu importe le prix chez le lecteur. Les vingt-deux poèmes ne nous donnent qu’une envie, qu’un ressenti : la liberté et la révolte. Ils nous transportent dans un monde où les premiers essais poétiques d’Arthur Rimbaud nous font apprécier l’évolution simultanée entre son personnage et la richesse de son style qui s’accroît au fur et à mesure du recueil.

Mais l’évasion que nous permet d’obtenir ce recueil ne se fait pas uniquement à travers les poèmes, l’évolution de Rimbaud ou encore la soif de vivre qu’il témoigne, il le fait aussi à travers l’autodérision et la naissance d’un esprit critique nécessaire dans n’importe quelle société possédant les valeurs démocratiques que nous souhaitons donner au monde d’après. Ce recueil questionne également la conformité en ouvrant peu à peu son style sur la poésie moderne.


3ème catégorie : Histoire et sciences :

Vincenzo FERRONE et Daniel ROCHE, Le Monde des Lumières, Fayard, 1999 :

Étant chacun et chacune extrêmement attachés aux libertés et à un système démocratique, nous souhaitons ardemment apporter ces valeurs dans le « monde d’après ».  C’est pourquoi il nous a paru primordial d’ajouter un livre expliquant les idées des lumières dans notre valise. En plus de raconter une partie de notre histoire et de notre culture française, apporter « Le Monde des Lumières » de Vincenzo Ferrone et Daniel Roche nous permet également de sauvegarder ce qui nous a permis d’arriver à la DDHC. Ce livre a donc l’avantage d’expliquer avec précision comment sont nés les lumières mais il en donne également une définition claire et précise. Il explique la création et la portée de grandes œuvres charnières telles que l’Encyclopédie et définie des valeurs philosophiques comme la morale, la culture ou encore la religion. En plus d’être complet, ce livre permet l’éveil d’un esprit critique à travers l’explication des idées concrètes des lumières. Et lorsque l’on souhaite construire une démocratie, il y a rarement d’outil plus efficace que la remise en question d’idées pour son bon fonctionnement.  Ainsi ce livre permet également de comprendre que les lumières sont certes les précepteurs de valeurs démocratiques et de libertés mais aussi qu’il n’existe pas de doctrine fixe mais un système de pensée qui incite au débat, à la discussion. Les idées qui ont permis la transformation d’une ancienne société, du « monde d’avant » permettront grâce à l’intelligence critique de continuellement repenser le monde d’après, de le remettre en question.

Le second avantage de ce livre est sa forme. Il se présente d’abord tels un dictionnaire où chaque idée est détaillée à travers des rubriques. On peut par exemple chercher valeurs et idées sans avoir à lire l’entièreté du livre. Il rend donc la recherche d’informations extrêmement efficace et permet sa découverte lorsque le moment se présente sans assommer son lecteur d’information. Or cela permet alors de rendre les idées philosophiques sélectionnées sur un moment T beaucoup plus facile à enregistrer car leurs recherches sont nourries par une envie profonde d’en savoir plus sur ce sujet précis.

Le second avantage est qu’il délivre dans une cinquième partie l’historiographie des lumières dans sa globalité mais aussi des débats qu’ont suscités leurs idées. Cela permet alors une réelle remise en question et le développement d’un esprit critique important puisque le livre nous permet de voir que même les valeurs les plus importantes que nous avons voulu apporter dans le monde d’après, soit celles des lumières, ont d’ores et déjà été remises en question dans le passé (au XVIIIème siècle par exemple) et doivent l’être aussi dans le futur. C’est donc dans la quête d’un développement constant de l’intelligence critique que nous avons choisi ce livre parmi les centaines qu’il existe sur le sujet.

Collectif, Les sciences : les grandes idées tout simplement, Prisma Eds, 2015 :

Les événements de notre fin du monde conduiraient à la destruction de l’ensemble des connaissances et savoirs immatériaux développés par l’humanité tout au long de son Histoire. C’est pourquoi nous considérons qu’il est important d’emmener dans notre valise un ouvrage regroupant un maximum de ces savoirs, tout en les expliquant avec simplicité. C’est pour cela que, dans le cadre des sciences dites dures, nous nous sommes tournés vers l’ouvrage Les sciences : les grandes idées tout simplement rédigé par un collectif de spécialistes et chercheurs réunis par les éditions Prisma. Ainsi, ce livre réunit au travers de ses 352 pages des explications simples des plus grandes théories scientifiques de l’humanité. Celles-ci y sont classées de manière chronologique et accompagnées de schéma facilitant la compréhension de ces découvertes, souvent complexes. Les sujets abordés sont ainsi très variés : physique, chimie, astronomie, géologie, théorie de l’évolution, de mécanique des fluides, des structures moléculaires, etc… De plus, le classement chronologique de ces théories permet de comprendre le cheminement des scientifiques dans la quête d’explication et de découverte du monde qui nous entoure. À ces théories sont associées des fiches sur les scientifiques majeurs de l’Histoire, plus ou moins célèbres, ayant participé aux révolutions scientifiques de notre monde, expliquant leurs pensées et modes de travail, toujours en recherche de vérité. Cet ouvrage nous semble donc essentiel puisqu’il nous permettrait de conserver une trace simplifiée de ces scientifiques et leurs travaux, en regroupant ainsi des théories complexes ayant mis des siècles avant d’être pleinement comprises et expliquées. Ce livre serait donc important dans notre valise car il constituerait une base de notre savoir post-apocalyptique puisque réunissant un nombre important de savoirs affirmés et qu’on ne peut remettre en cause dans le domaine des sciences dures.

Dictionnaire Larousse – 2020 :

Quoi de mieux qu’un dictionnaire pour garder des souvenirs et des codes du passé ainsi que pour s’instruire et préserver la diversité de notre langue française. En effet, notre groupe de survivalistes a toujours mis un point d’honneur à tenter de préserver les grands savoirs de l’humanité. Nous avons pensé qu’un dictionnaire pourrait y contribuer parmi les autres ouvrages car il renferme un savoir fondamental : le langage. Grâce à ce dictionnaire, les règles de la langue française seront préservées : grammaire, orthographe, conjugaison, vocabulaire, synonymes, etc. De plus, les définitions des mots permettent de garder l’histoire qu’il y a derrière et la polysémie des mots. Les noms propres laissent aussi une trace de grandes figures mondiales qui ont marqué l’histoire de l’humanité et plus particulièrement la France. En bref, le Larousse en plus de revenir sur une histoire de notre société par les définitions et les sens donnés aux mots, nous permet de conserver une trace de ce qu’était la société au moment où elle publie son dictionnaire. Ce dictionnaire devient donc aussi un fragment d’héritage de notre société et traduit la conception que l’on avait de notre époque, notre monde, notre environnement. Avoir le dictionnaire le plus récent, c’est faire le choix de garder une trace de cette société qui a vu s’effondrer son monde et basculer dans un nouveau qui appelle à une refonte de nos modes de pensées, moins capitalistes, moins masculinistes, etc. Détenir un dictionnaire de cet “ancien monde” c’est avoir la possibilité d’en créer un nouveau, plus adapté à ce “nouveau monde” à partir des schèmes de pensées de l’ancien monde.

Olivier NAY, Histoire des idées politiques, Armand Colin, 2016 :

Étant chacun fortement attaché à différents politologues et différentes idées philosophiques politiques nous avons eu énormément de mal à nous décider sur ce sujet. C’est afin de trouver un compromis que nous avons choisi de prendre un livre qui revient sur l’histoire de la science politique dans sa globalité. En effet, L’histoire des idées Politiques retrace les grands penseurs et les périodes charnières de cette discipline, nous permettant d’avoir une vue d’ensemble sur Aristote, Machiavel ou encore Marx.

Mais alors pourquoi un livre d’histoire des sciences politiques dans le monde d’après ? Ayant chacun choisit d’étudier cette matière, nous sommes profondément attachés aux valeurs et aux connaissances que nous apporte ce domaine. Nous estimons donc qu’il est primordial de sauvegarder ces connaissances dans le monde d’après. En plus de nous aider à reconstruire une nouvelle société, les sciences politiques sont au cœur même du développement de l’esprit critique. En effet les conclusions historiques, philosophiques et sociales qu’elles enseignent nous permettrons de construire le système qui sera à nos yeux le plus efficace pour la création d’un épanouissement individuel et collectif.

Histoire des idées Politiques d’Olivier Nay nous permet donc de comprendre comment l’homme réussit à appréhender son époque, son avenir mais aussi comment est-ce qu’il interprète son passé. L’auteur parvient à tisser un réel lien entre la philosophie, le droit, les religions, les grandes luttes politiques et la société. L’auteur permet également de revenir sur les grandes questions que se sont posés les personnages qui ont rythmé l’évolution de la science politique. Passant d’Aristote à Schopenhauer, il parvient jusqu’à notre époque contemporaine, soit peu avant l’apocalypse. Abordant les conceptions antiques de la question du citoyen, le questionnant avec l’arrivée de la monarchie, et le réinventant grâce aux lumières, il permet d’observer que rien n’est figé et qu’une évolution constante de la société est toujours possible surtout dans notre monde d’après.

Les régimes autoritaires et totalitaires sont aussi critiqués dans leurs ensembles. Or il est extrêmement important pour nous d’enseigner aux générations futurs les dérives d’un pouvoir exécutif trop fort. Cela permettra aussi d’expliquer pourquoi nous souhaitons ardemment réinstaurer la séparation des pouvoirs dans un futur plus ou moins proche et de rappeler que chacun doit avoir son rôle à jouer dans les futures décisions.

Mais conscient que notre culture du monde d’après sera fortement influencé par une vision du monde occidental, nous avons également choisi ce livre car l’auteur permet de mettre à la portée de toute et tous une critique rigoureuse des grands débats politiques et philosophiques qui ont créé la société occidentale.

À nouveau, on retrouve grâce à cette idée que tout peut être remis en question et que le développement d’une intelligence critique à travers la connaissance, est primordial dans le monde d’après.


4ème catégorie : Cabane :

Suzanne COLLINS, Hunger Games : La ballade du serpent et de l’oiseau chanteur, Pocket Jeunesse, 2020 :

Hunger Games est une saga extrêmement populaire et extrêmement chère à mon cœur puisque c’est cette dernière qui m’a fait apprécier la lecture d’une part mais aussi la science politique d’autre part. Ne pouvant emporter l’entièreté des aventures de Katniss Everdeen, j’ai décidé de me concentrer sur le quatrième roman : Hunger Games et la ballade du serpent et de l’oiseau chanteur. Je suis persuadée qu’il sera plus que bénéfique dans le monde d’après. Mais alors pourquoi ai-je décidé de prendre le dernier tome ? On pourrait penser que personne ne parviendra à comprendre l’histoire, qu’il ne parle pas réellement de Katniss et de ses aventures et donc que l’on perd complètement l’ambiance et le monde initial de Panem. Néanmoins, l’avantage de la ballade du serpent et de l’oiseau chanteur est qu’il ne s’inscrit pas dans une continuité du monde initial créé par Suzanne Collins, mais qu’il réinvente totalement le genre en devenant un « préquel ». On ne suit plus les aventures de la fille du feu, on se concentre sur la construction du régime totalitaire grâce au personnage de Snow.

Vulgarisant de nombreux concepts de philosophies politiques, l’autrice parvient à mettre à la portée de tous l’importance d’idées telles que celles véhiculées dans le contrat social de Rousseau. Le protagoniste est ainsi tout au long du roman tiraillé entre considérer l’homme comme un être initialement profondément mauvais qui nécessite donc une société autoritaire pour le maîtriser et l’homme qui est fourvoyé par la société en elle-même. C’est donc grâce au dénouement du roman que l’on découvre que la mécompréhension de simples idées politiques imaginées dans le Léviathan de Hobbes ou encore de la fin qui justifie les moyens de Machiavel peuvent mener à des dérives politiques dangereuses et autoritaires. Or, l’avantage de ce roman est qu’il permet d’enseigner ces idées en les vulgarisant. Le roman de Suzanne Colins n’a pas la prétention d’enseigner certaines idées de sciences politiques. Son objectif est bien plus d’éveiller l’esprit du lecteur pour qu’il aille se renseigner par lui-même. Et je suis persuadée que c’est en passant par la vulgarisation de certains sujets que l’on donne par la suite la passion d’une matière, l’envie d’aller plus loin.

Ce livre est donc parfait car il représente une échappatoire extrêmement agréable et une lecture prenante et intense mais il possède également un outil parfait pour passionner les futures générations sur des sujets tels que la philosophie et la science politique. Il permet donc de mettre en garde sur les dérives autoritaires sans passer par une leçon d’histoire contraignante pour les plus jeunes. Il nourrit la curiosité pour donner envie à la personne, lorsqu’elle finit le livre de faire ses propres recherches, de se renseigner par elle-même amplement sur le sujet.

Blandine Le CALLET, La ballade de Lila K, Stock, 2010:

Lila K est une fille arrachée à son monde très jeune. Alors qu’elle réapprend à vivre dans un centre spécialisé. Du monde d’avant le centre, seuls quelques souvenirs lui reviennent en mémoire. Les sensations qu’elle avait auprès de sa mère la réconfortent et lui donnent l’envie de les retrouver. Mais ce monde d’avant est bien lointain. Peu de gens acceptent le fait qu’une petite fille puisse vouloir retourner dans un enfer où elle se sentait pourtant si bien. Des médecins et infirmiers passent la voir pour la réadapter à la société car après avoir passée quelques mois dans un carton dans un placard, la petite Lila ne sait plus ni parler ni marcher. Mais cette société est bien différente de Lila : elle aime les livres mais n’ont plus droit de cité ; elle n’aime pas le contact humain mais la solitude n’est pas socialement acceptée, etc. Ainsi Lila va repartir en cachette à la recherche de sa mère au travers de dossiers administratifs. Durant tout le récit, Lila fait le deuil progressif du monde maternel auquel elle a été arrachée. Avoir ce livre après l’apocalypse est essentiel pour entamer, comprendre et poursuivre le deuil d’un monde perdu. Ce livre expose aussi une critique du monde dans lequel il est paru et permet de faire ce lien entre monde d’avant et monde d’après. Un monde d’avant qui imposait ses imaginaires collectifs sur des volontés personnelles niant l’individu, louant le collectif, et un monde d’après à construire sur les cendres fumantes de cet ancien monde qui s’est conduit à sa propre ruine. Il permet aussi de comprendre comment survivre, s’adapter à un monde dont on ne veut pas et qu’on ne connaît pas. La ballade de Lila K est un de ces livres qui vous sautent dessus, et qui à chaque lecture, vous offrent une nouvelle perspective. C’est aussi un de ces livres qui parlent à chacun, dans le roman de Mme Le CALLET, on apprend à faire son deuil, à se battre seul contre l’ordre établi, à aimer, à faire confiance, à accepter le passé sans pour autant le cautionner, en bref on apprend à vivre, à construire le futur en s’appuyant sur le passé. La ballade de Lila K c’est une cabane, un refuge pour y chercher l’élan d’espoir nécessaire pour s’attaquer à toutes les batailles qui peuvent nous attendre dans ce monde incertain.

Laetitia COLOMBANI, Les victorieuses, Lgf, 2020 :

Les Victorieuses c’est l’histoire du combat féminin pour leur égalité face aux hommes, pour la lutte contre la pauvreté, et pour le soutien des femmes qui ont trop longtemps été mises de côté. Laetitia Colombani agence son roman sur une alternance de deux histoires : l’histoire réaliste de Blanche Peyron, bénévole de l’Armée du Salut et fondatrice du Palais de la Femme à Paris, et l’histoire fictive de Solène, brillante avocate mais trop prise par son travail qui la pousse à un “burn-out”. On assiste à travers le roman à de multiples constructions : la construction d’une foi envers la solidarité et la sororité chez Blanche Peyron, aboutissant à la construction d’un refuge pour femme, la reconstruction de Solène grâce au bénévolat et à l’écriture de lettres, la reconstruction d’un grand nombre de femmes pauvres, immigrées, délaissées au sein du Palais de la femme et grâce à la bienveillance des bénévoles qui y travaillent. Ce livre est un livre qui fait du bien, un livre humain, un livre qui montre que l’essentiel de la vie est de trouver sa voie afin de s’épanouir. C’est un livre qui donne espoir, qui donne envie de construire un monde plus égalitaire, plus tolérant, plus à l’écoute. C’est un livre cabane dans plusieurs sens du terme : on nous permet de trouver un refuge au Palais de la Femme et d’y suivre le quotidien, on nous permet de trouver un refuge dans des combats essentiels, on nous permet de trouver un refuge au sein d’une famille constituée de femmes venant de tout horizon. C’est aussi un livre historique grâce à la biographique de Blanche Peyron et à l’évolution de l’Armée du Salut qui sont racontées, mais réaliste aussi dans les histoires des femmes du refuge et dans le récit de la vie de Solène tous les jours (la pauvreté qu’elle observe à Paris, son burn-out, sa reconstruction, son engagement).

 J’ai choisi ce livre car il m’a profondément touché du fait de sa sensibilité et de son combat (auquel je me sens très concernée), mais aussi pour le fait que comme je viens de le dire, c’est un livre-cabane dans toutes ses dimensions. Ainsi, je pense qu’en temps d’apocalypse, ce dernier peut permettre de trouver une échappatoire réaliste tout en permettant de garder à l’esprit des bribes d’une réalité passée, afin de ne pas commettre les mêmes erreurs. Le combat féministe du livre peut permettre à la société qui va se reconstruire d’effacer ce patriarcat qui met de côté la moitié de la planète et donc de penser une société novatrice fondée sur l’égalité de tous.

Jean-Baptiste OUDRY, Les fables de Jean de la Fontaine illustrées, Selliers Diane De, 2009 :

Ce livre des fables de Jean de la Fontaine, illustré par Jean-Baptiste Oudry, regroupe l’entièreté des 243 fables de l’auteur dans un unique recueil. Cette œuvre de La Fontaine est par ailleurs considérée comme un classique de la littérature française et est internationalement reconnue comme un texte majeur de notre culture. Ce sont des lignes où s’animent, la plupart du temps, des animaux anthropomorphes accompagnés d’une morale plus ou moins explicite (souvent favorable à la réflexion, la ruse ou la simplicité plutôt qu’à l’orgueil et la force), qui ont marqué mon enfance et au-delà par la dimension à la fois divertissante des fables, mais aussi par les morales variées que l’auteur transmet. Ce livre, en plus d’être une cabane pour moi, revêt donc d’une dimension transgénérationnelle qui permettrait de satisfaire les adultes comme les enfants, auxquels peu de livres de notre valise s’adressent. De plus, cette version superbement illustrée permettrait aussi bien d’inscrire l’œuvre dans la catégorie “sauvegarder le passé” puisque chacune des fables est accompagnée de son dessin réalisé par Jean-Baptiste Oudry. On y voit donc de nombreux animaux qui pourraient, dans le cadre de notre apocalypse, avoir été décimés. Cela permettrait donc de conserver une image d’eux, unique souvenir de ces espèces, accompagnée des traits de caractère personnifiés et accentués qui leur sont attribués dans les fables. De surcroît, emporter avec nous les fables de la Fontaine c’est diversifier notre panel artistique puisque le genre des fables est unique, à la croisée de la poésie et de la caricature, et Jean de la Fontaine en est un représentant majeur puisqu’il est considéré comme son inventeur en France. C’est pour toutes ces raisons, qu’en plus d’être une “cabane”, ce livre aurait son importance dans le cadre de notre monde post-apocalyptique.


5ème catégorie : Sauvegarder le passé :

Collectif, Le livre des sports, Gallimard jeunesse, 2012 :

Ce livre, qui réunit près de 100 sports, est considéré comme une vraie bible du domaine. Ainsi, au travers de ces 160 pages, cet ouvrage décrit précisément et en image, l’histoire et les règles des sports abordés. Or nous considérons que le sport et la santé physique doivent constituer une part importante de notre monde d’après, car bien souvent négligé dans le monde « pré-apocalyptique ». De surcroît, le sport est vecteur de cohésion et d’unité, mais aussi d’évasion ; ce sont des valeurs essentielles à la survie physique et mentale dans notre monde post-apocalyptique. Or grâce à ce livre détaillé et précis, nous pourrions réhabiliter ces sports dans notre monde d’après, afin de les faire revivre pour le bien de tous. De plus, nous avons considéré que, pour notre valise, au-delà des savoirs scientifiques et intellectuels, les savoirs sportifs et physiques avaient eux-aussi une place importante dans l’histoire de l’humanité, et qu’il était essentiel d’en conserver des traces. En effet, ces sports qui proviennent du monde entier ont, pour certains, des origines très lointaines, se sont perfectionnés tout au long de l’Histoire pour gagner en compétitivité, en attrait pour les joueurs, mais aussi plus récemment en attrait pour les spectateurs (afin de gagner en audience). Nous pensons donc qu’il est important de conserver ces évolutions (qu’elles soient considérées comme positives ou négatives), qui permettent à elles seules de retracer les mentalités de la société dans laquelle elles ont été mises en place. C’est pour toutes ces raisons que nous considérons que le Livre des sports est un ouvrage essentiel pour notre monde d’après, tant pour se souvenir de ces biens culturels immatériels que constituent les différentes disciplines, que pour notre survie mentale et physique.

Henry DUNANT, Un souvenir de Solferino, Pas d’édition précise, 1870 (date de publication originale) :

Solférino est une ville italienne où, en 1859, l’armée française de Napoléon III alliée aux armées sardes vainquirent les armées austro-hongroise de l’empereur François-Joseph. Ce petit livre est le témoignage bouleversant d’un homme d’affaires suisse de retour d’Afrique du Nord. Henry Dunant ayant rendez-vous avec l’empereur Napoléon III en personne, il doit se rendre à Solférino. Arrivé dans la ville italienne, il y découvre le champ de bataille jonché de cadavres, de corps mutilés, d’hommes agonisants. Frappé par cette vision d’horreur, il se rend dans le village voisin et rencontre les femmes, enfants, vieillards qui ne se sont pas battus. Face au massacre qui s’étend devant leurs yeux, Henry DUNANT organise, avec les personnes du village, le secours aux blessés. Un grand mouvement, un élan humanitaire s’empare de la ville, où chacun fait don de soi pour secourir des hommes. Les secours sont organisés et sont soignés tous les hommes peu importe leur nationalité. Henry DUNANT obtiendra même la libération de médecin autrichiens prisonniers de Napoléon III pour soigner les blessés. Ce passage de l’histoire marque un tournant humanitaire mondial : enfin on prend conscience de l’humanité de chacun et que les conflits ne sont pas une finalité. Après cette expérience éprouvante, Henry DUNANT diffuse son livre dans les cercles de réflexions européens. Rapidement il fait sensation et génère une volonté humaniste européenne. Ce livre sera le point de départ du plus grand mouvement humanitaire mondial : la Croix-Rouge. Cette organisation permettra la reconnaissance des blessés de guerre et sera aussi un vecteur d’émancipation des femmes. Pour son œuvre, Henry DUNANT obtiendra le premier prix Nobel de la Paix, aujourd’hui, la Croix-Rouge est l’organisation la plus “nobélisée” avec quatre prix Nobel de la Paix (1901, 1917, 1944, 1963). Garder ce livre avec soi durant l’apocalypse, c’est conserver un fragment de l’humanité qui témoigne d’un tournant historique. Ce livre conserve, à la fois, le pire comme le meilleur du monde d’avant. Avoir ce livre pour reconstruire une société dans le « monde d’après », c’est assurer des bases humanitaires et égalitaires entre les hommes. De ce livre ressortent 7 principes fondamentaux et une devise : Indépendance, Impartialité, Humanité, Unité, universalité, Volontariat, Neutralité, et « Tutti fratelli ». Traverser l’apocalypse avec un livre remplit de volonté d’agir et d’élan fraternel, puis reconstruire une société avec un livre chargé de valeurs égalitaires et universelles ; tout cela rend ce livre indispensable pour notre survivalise. À la mémoire, d’un homme, d’une idée, d’un élan fraternel et de la plus grande organisation humanitaire de “l’ancien temps”.

Déclaration Universelle des Droits de l’Homme – Organisation des Nations Unies (compilation de toutes les traductions du texte), 1948 (date de publication originale) :

Lorsque nous avions prévu qu’une catastrophe arriverait, nous avions assimilé le fait que nous devrions reconstruire une société nouvelle. Bien sûr, nous avions en tête de construire la meilleure société possible, basée sur les bienfaits de l’ancienne mais également en supprimant les horreurs et les inégalités de celle-ci. Il nous a donc paru évident de choisir un ouvrage de droit universel, introduisant les bases de l’égalité et de la liberté pour tous. Ainsi, la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme s’est imposée dans notre valise. Ce texte de droit a été élaboré de 1946 à 1948, soit après l’affreux conflit mondial de 1939-1945, par plusieurs membres d’origines différentes et représentant toutes les régions du monde, puis elle a été adoptée par l’Assemblée générale des Nations Unis le 10 décembre 1948 à Paris. Ce texte a ensuite été signé par 50 membres sur 58 de l’Assemblée générale des Nations Unies (les 8 qui n’ont pas signés se sont seulement abstenus) et sert aujourd’hui de référence et de fondement pour les droits de l’homme. En choisissant ce texte, nous savions qu’il n’avait aucune valeur juridique dans le monde actuel. Nous avions donc l’ambition de le rendre effectif dans notre société, et qu’il servirait de base pour nos autres textes juridiques. De plus, le langage qu’il utilise peut nous servir de modèle en termes de rédaction juridique. Ainsi, ce texte pourra nous servir de modèle dans plusieurs dimensions. Par ailleurs, nous savons que ce texte est l’un des textes qui a le plus été traduit dans le monde : en effet, en 2019, on comptait 518 traductions. Une compilation de toutes ces traductions nous assure donc une portée universelle au cas où l’apocalypse touche le monde entier et pas seulement la France. Une telle compilation nous permet en plus de constituer un aperçu des langues existante (un souvenir historique de la pluralité de notre monde) ainsi qu’une base de traduction.


6ème catégorie : Comment en sommes-nous arrivés là ? :

Eduardo GALEANO, Les veines ouvertes de l’Amérique Latine, Pocket, 1981 :

Dans cet ouvrage publié en 1971, l’écrivain uruguayen revient sur l’histoire de ce territoire latino-américain de l’arrivée des colons espagnols à la période contemporaine à la sortie de cette œuvre. Retraçant l’histoire de ce territoire, l’auteur conte la spoliation des territoires par les colons espagnols arrivés par la mer. Puis il revient sur la négation de l’individu par son asservissement dans les hacienda des colons espagnols. Après l’ère des empires coloniaux, s’installent d’autres empires… impérialistes. L’expansionnisme américain en Amérique Latine est retracé dans ce livre selon une analogie avec les colons espagnols qui contribue à penser l’impérialisme comme nouveau colonialisme. S’appuyant sur les mécanismes de spoliation des terres, d’asservissement et d’appauvrissement des individus, institués par les colons espagnols, l’auteur compare ces mécanismes avec ceux utilisés par les grandes multinationales qui mettent en place des schémas semblables. Véritable critique, historique et contemporaine, du sacrifice d’hommes sur l’autel du consumérisme, de la mondialisation et de la rentabilité. Tout en argumentant et documentant cette faillite sociale organisée par des politiciens véreux, corrompus, aveuglés par le dieu Dollar, l’auteur entreprend de montrer les limites de cet expansionnisme colonial mené par des multinationales en s’appuyant sur le désastre écologique. La spoliation des terres s’accompagne d’une volonté de les utiliser à profusion sans aucune crainte étant donné que ces terres n’ont aucune valeur pour ceux qui les exploitent sinon, la valeur de ce qu’elles donnent. Ainsi les multinationales les plus puissantes aidées par des politiciens corrompus, apparaissent être les nouveaux conquistadors du nouveau monde. Ce livre, centré sur un territoire qui a subi la mondialisation et le développement du modèle consumériste occidental, permet de retracer une histoire de ce soi-disant “progrès” mais du côté de ceux laissés de côté par ce développement. Contrairement à ce que l’on peut trouver en Occident sur le développement et la globalisation, avoir un livre écrit par un auteur qui a subi cette histoire de la grande marche du monde occidental, assure notre remise en question permanente. Ce livre tant d’histoire que politique, est un témoignage tragique du développement d’empires coloniaux puis impérialistes puis commerciaux, qui ont fait le monde dans lequel nous nous retrouvons aujourd’hui. Ce témoignage est une sauvegarde écrite d’une société, tellement gangrénée par ses idées impérialistes et consuméristes, qui a commis les pires atrocités et a conduit à la ruine de ce monde. Ce livre est divisé en deux grandes parties qui deviennent des maximes tant pour se souvenir de cette histoire que pour élaborer une nouvelle conception du monde futur : “La pauvreté de l’homme comme conséquence de la richesse de la terre” ; “Le développement est un voyage avec plus de naufragés que de navigants”.

100 photographs : The Most influential of All Time, Special Time Editions, 2018 :

Cet ouvrage regroupe les 100 photographies les plus influentes de tous les temps, du moins, depuis que la photographie existe… Donc ce livre, écrit en anglais, permet de retracer à travers l’image l’histoire récente de notre société. Non seulement, cet ouvrage nous permet de conserver les traces d’une autre langue pour témoigner de la diversité humaine présente avant l’apocalypse, mais aussi ce recueil de photographies traduit l’importance de l’image dans l’histoire récente de notre monde. En effet, ce livre nous propose de revenir sur ces images qui ont marqué le monde, ou du moins notre monde occidental, et qui ont, dans leur mesure, contribué à changer ou faire basculer ce monde. Chaque photo témoigne d’un moment de bascule, de bifurcation de l’histoire et témoigne à sa manière d’un passage d’un monde d’avant à un monde d’après. De Marilyn MONROE saluant des soldats américains à la photographie de cet homme défiant les chars communistes sur la place Tian’anmen. Chaque photo évoque un moment de, plus ou moins, bouleversement politique. Chaque personne apparaissant sur ces photos, devient par ses actes, par son engagement, par sa lutte, un acteur décisif qui bouscule l’histoire mondiale. Cet ouvrage, à l’instar, d’autres présents dans notre survivalise, est empli d’espoir, de volonté d’agir, de témoignage de la force du battement d’aile du papillon. Ce livre nous offre non seulement la possibilité de conserver l’importance de l’image puis il nous montre comment les événements politiques ont basculé grâce à, parfois, de petits gestes qui peuvent avoir de grandes répercussions. Conserver cet ouvrage avec nous, c’est non seulement conserver une trace d’un passé récent, d’avant l’apocalypse, mais aussi conserver les témoignages de résistances individuelles face à l’implacable marche du monde qui nous était décrite comme inéluctable dans le monde d’avant mais que l’on souhaite modifier dans ce monde d’après. Ce livre permet de comprendre comment le monde d’avant en est arrivé à cette apocalypse, comment des actions réalisées par chacun d’entre nous peuvent faire basculer le monde. Cet ouvrage nous permet dans l’après apocalypse, de comprendre le poids des images dans le monde d’avant, entendre l’influence de certaines personnes, et nous encourage à nous engager pour nos idées, nos convictions.

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