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Quelle démocratie ?

Une démocratie à repenser

lundi 16 janvier 2012, par vincent pujol

L’émergence de la crise économique a provoqué une défiance à l’égard des institutions qui régissent notre société. Cette perte de confiance et de croyance en un système établi, remet en cause un certain nombre de principes et de normes auxquelles nous avons l’habitude de nous plier au quotidien. Il est donc légitime qu’un débat sur la notion de démocratie s’instaure afin d’en percevoir les incohérences et d’en améliorer la genèse. La candidate d’EELV, Eva Joly, et le journaliste Edwy Plenel, se sont réunis aux assises du journalisme afin d’entretenir un échange autour de la démocratie. L’ancienne magistrate et le directeur de Mediapart sont plus particulièrement revenus sur l’indépendance de la justice et la liberté de la presse qui sont au coeur d’un système démocratique idéal. Nous verrons ainsi les critiques qu’ils en font et les solutions éventuelles qu’ils proposent.

Eva Joly, candidate Europe Ecologie-Les Verts (EELV)

Edwi PlenelEdwy Plenel, directeur de Mediapart

Du 8 au 10 Novembre 2011, la ville de Poitiers a accueilli la cinquième édition des Assises Internationales du Journalisme et de l’Information. Cet évènement exceptionnel a réuni un certain nombre d’acteurs de la profession et de personnalités politiques, qui ont pu débattre ensemble autour de problématiques fondamentales. Lieu d’échanges et de réfléxions sur les différents thèmes de l’actualité qui ont animé cette dernière année, cette manifestation permet également d’évoquer le métier de journaliste, et son application en ce début de XXIème siècle.

J’ai ainsi eu l’opportunité d’assister à un certain nombre de débats. Deux d’entre eux ont particulièrement retenu mon attention. Le premier fût la confrontation tant attendue entre le provocateur Jean-luc Mélanchon, candidat du parti de gauche à la présidentielle de 2012, et Nicolas Demorand, directeur de la publication et de la rédaction du journal "Libération". La personnalité de ces deux hommes laissait présager un échange à la fois intéressant et très animé, qui tenu toutes ses promesses. Ce n’est pourtant pas sur cette formidable rencontre que j’ai décidé de porter mon compte-rendu mais sur celle entre la glaciale Eva Joly, candidate d’Europe-écologie les verts, et Edwy Plenel, fondateur et directeur de Mediapart. [1]

Ces deux interlocuteurs se sont entretenus autour de la question suivante "quelle démocratie ?". Ils ont ainsi aborder les thèmes qui figurent ci-dessous :

Libertés, pluralisme, indépendance, protection des sources et transparence, recherche de la vérité, respect de la vie privée et présomption d’innocence. Audiovisuel public, instance de régulation, aide à la presse.

Nous reviendrons sur chacun d’entre eux afin de rendre compte au mieux de cet échange d’une heure entre nos deux protagonistes.

Conditions nécessaires à l’établissement d’une véritable démocratie

 Une démocratie incomplète

  • Absence de protection des sources

La France est le berceau de la démocratie et les conditions dans lesquelles elle s’établit aujourd’hui ne sont pas tolérables. Lorsque Claude Guéant, ministre de l’intérieur encourage, voire demande explicitement au directeur du contre-espionnage de la police d’enquêter dans le but de trouver les sources des journalistes, le principe de secret des sources est violé au cœur même de l’état. L’affaire Bettancourt nous a permis de constater récemment que ce principe de protection des sources tend à être menacé par l’action et la pression des hommes politiques. Le journal Le Monde a en effet révélé que la DCRI a examiné les appels des journalistes dans le cadre de cette affaire. Cette pratique est anti-démocratique car elle s’oppose à la notion de confiance qui est un principe fondamental de notre démocratie. Sa généralisation pourrait amener le journalisme d’investigation à disparaître et contraindre ainsi la liberté d’expression.

  • Absence d’indépendance de la justice

L’affaire Bettancourt peut une nouvelle fois être mise en exergue afin de démontrer les incohérences intrinsèques de notre système démocratique. Pour Eva Joly, la connivence entre le procureur Courroy et le président de la république, ne fait aucun doute. L’enjeu pouvant être ici le financement de la campagne présidentielle de 2012.

Edwy Plenel rapelle que le parquet est indépendant en Italie, par exemple, et que des hommes politiques peuvent ainsi être mis sur écoute sans même qu’ils n’en soient conscients. La cour Européenne de justice a d’ailleurs récemment mis en exergue l’anomalie du parquet dans la justice française puisqu’il est à la fois juge et parti.

  • Une transparence nécessaire à l’établissement de la démocratie

La candidate d’EELV considère que l’immunité présidentielle est à la fois archaïque et contraire à la démocratie car elle s’oppose au principe de l’égalité de tous devant la loi. Le 8 novembre 2011, la cour d’appel de Paris a rendu un arrêt qui étend le champs du secret et de l’immunité au collaborateur du président de la république. Des magistrats plaide ainsi en faveur d’un certain laisser-faire qui prive la justice de son action envers des hommes politiques.
A cela s’ajoute un manque de transparence des actes administratifs qui exclut le citoyen des actions entreprises. Les exemples sont nombreux. Edwy Plenel dénonce le manque d’information sur les décisions prises par le gouvernement vis-à-vis de la guerre en Lybie. Notre pays entre dans un conflit sur la décision seule du chef de l’Etat, ce qui est déjà anti-démocratique, et l’ensemble des décisions prises et des actions menées concrètement sur le terrain demeurent secrètes pour le citoyen Lambda.
Eva Joly évoque quant à elle une autocensure de la presse. Des problèmes fondamentaux sont soulevés puis abandonnés alors qu’aucune solution n’a été trouvée.

  • La structure du capital dans les médias

TF1 est la chaîne qui réalise le plus d’audience en Europe. Bien que privée, son programme dépend de la commande publique. La plupart des Journaux sont détenus par des hommes d’affaires ou bien des groupes qui dépendent également de cette même commande. Cela détermine les affaires dont ils rendent compte.
Le fait de voir le président déterminer les journalistes qui vont l’interviewer est une anomalie car cela crée un climat de défiance à l’égard des questions posées et des propos tenus.
Cette connivence nuit à la fois aux hommes politiques et aux médias. Elle provoque une crise de confiance envers ces deux institutions qui sont alors décrédibilisés et qui perdent leur impact sur la population.

  • Supprimer la procédure pénale de diffamation

Elle limite les possibilités et le courage des journalistes car ils doivent avancer des preuves concrètes à leurs propos. La liberté d’expression est ainsi diminuée car chaque parole doit être justifiée. Eva Joly pense ainsi qu’un certain nombre de problèmes soulevés doivent être réglés dans le débat public et non par la justice.

 Quelles sont les propositions d’Eva Joly pour rétablir l’écosystème démocratique ?

En premier lieu, la candidate d’EELV assure que si elle était élue présidente de la république, elle ferait voter une loi qui assure la transparence des informations. De même, elle établirait une loi qui interdit la prise de participation majoritaire des sociétés qui dépendent de la commande publique dans les médias. Il est anormale de voir Bouygues détenir TF1.Elle aborderait également le problème du devoir de réserve afin de permettre aux fonctionnaire d’avoir une totale liberté d’expression. Elle veut restaurer un espace publique qui réunit, et dans lequel chaque individu doit pouvoir participer aux différents débats de la vie quotidienne.
Elle prône une république exemplaire qui placerait le citoyen au centre et qui diminuerait les prérogatives exessives du chef de l’état.

 Des déséquilibres démocratiques

La démocratie française possède de graves déséquilibres internes. Les pouvoirs y sont trop concentrés. L’indépendance de la justice et la liberté du journalisme sont au cœur de l’équilibre démocratique et ont aujourjourd’hui tendance à être remis en cause. Il devient urgent de restaurer ces piliers et de s’ouvrir au débat public, si nous ne voulons pas basculer dans un système oligarchique. La crise à la fois économique et institutionelle a révélé des disfonctionnements anciens spécifique au type de régime que nous avons mis en place. En somme, Eva Joly considère que la démocratie est une culture en mal-être, et qu’il est temps de remédier à ses incohérences, car son champ d’application semble se réduire d’années en années.

Edwy Plenel souhaite quant à lui un retour à une démocratie originelle que nous avons perdu par trop de confort. Chacun doit avoir la possibilité de participer à la vie et au débat publique. Si ces conditions ne sont pas respectées alors nous tombons dans une oligarchie, dans laquelle les décisions ne sont prises que par une minorité d’individus. Protester, échanger, se faire élire, gouverner, ce sont ces termes qui doivent caractériser la démocratie.

Voir en ligne : Journalisme.com

Notes

[1La conférence est à retrouver sur le site journalisme.com

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