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Découverte d’une maison d’étudiants néerlandais

Extrait de rapport de mobilité

mercredi 3 mai 2017, par Nathan Perrié

[Pathan, le personnage principal, découvre la maison étudiante dans laquelle il va habiter durant son séjour d’un semestre aux Pays-Bas]

Avec les trois colocataires néerlandais qui l’accompagnaient, ils chantaient joyeusement en zigzaguant sur la centaine de mètres qui les séparaient de la maison. Il poussa la porte la plus éloignée de l’entrée de la rue d’un coup de pied en tournant la clé dans la serrure. Se rappelant ses spéculations vieilles d’une heure, Pathan en s’efforçant de ne pas le montrer eut la gorge prise d’angoisse, il retint un sanglot.
Dans le couloir de l’entrée, sur la gauche, un mur de caisses de bières vides doublait celui de plâtre. Dans ces boîtes, toutes sortes d’objets étaient stockés. Des bouteilles qui y trouvaient évidemment leur place, mais aussi des verres, des paquets de cigarettes vides, des mégots, des emballages vides, etc. Des plaques de marbre blanc tachées de manière indélébile faisait office de sol sur les premiers mètres de la pièce, remplacées par la suite par un carrelage blanc, banal, tout aussi maculé. Au sol gisaient d’autres mégots, d’autres bouteilles, celles-ci brisées, accompagnées de leurs éclats de verre. Sur le mur de droite, un tableau noir servait à organiser les attributions de chacun pour les repas communs, et à son pied des craies de couleurs étaient posées sur un radiateur. Enfin, peints sur deux parois distinctes, visibles dès le franchissement de la porte, deux corbeaux blancs, réalisés certainement par deux mains différentes, à deux époques différentes, dans des styles différents. Ces corbeaux étaient encerclés d’inscription, faisant résonance à l’année de fondation de cette maison de fraternité, ou à la fraternité elle-même. Pathan et Bitouan suivirent la file qui s’engouffrait dans ce taudis insoupçonné. Lars entra dans la première pièce sur la droite du couloir de droite. Pathan fut plus choqué encore. Le pavage gris et blanc du salon était sur toute sa surface recouvert d’une fine couche de bière, mêlée à des tessons, des mégots. Des traînées noirâtres étaient aisément perceptibles au milieu de la mélasse. Une table de bois remarquablement vermoulu occupait l’espace central. Elle était fendue dans le sens de la longueur. Chacune des deux parties de ce qui fut un jour un plateau se relevait, formant un objet parfaitement symétrique. La gouttière ainsi formée recueillait une épaisse couche de moisissures blanchâtres, résultat du vieillissement imperturbé de la bière renversée quasi-quotidiennement. Des canapés poisseux, imbibés, croûtés, délabrés étaient appuyés à trois des murs. Deux fenêtres donnant sur la rue, protégées par des rideaux tout aussi suspects, faisaient face à la porte d’entrée. Enfin, la couleur originelle des murs n’était plus identifiable. Sur chaque centimètre carré, des coulures de bière que l’on aurait certainement pu dater à la teinte avaient été provoquées dans des contextes flous. Dans certains coins même, des craies avaient été utilisées pour marquer les murs. La vue d’une immense croix gammée rose troubla Pathan. Des portraits étaient pendus au mur. En réponse, sur la cloison opposée, on trouvait des photos de groupe, dont certaines personnes avaient été effacées à l’aide d’un marqueur. À l’extrémité supérieure de l’œuvre incomprise porteuse du bâti, parfaitement centrée, une tablette présentait un corbeau empaillé, peint en blanc, agrippé à une branche épaisse, prenant une pose agressive et noble. Pathan interrogea Lars en anglais, le fixant de ses yeux grand ouverts :
« - C’est quoi cet endroit ?
- Cet endroit ? La maison ou la pièce ?
- Euh … Les deux ? répondit-il hésitant.
- Alors, la maison c’est une maison de fraternité, ou association étudiante si tu préfères, commença-t-il en éructant. Son nom c’est Augustinus. À la base c’était une association catholique, ce qui n’est plus vraiment respecté. Dans tous les cas, c’est la plus grosse association étudiante de Leiden, y a plus de 1500 membres je crois. On a une grande maison pour faire des soirées sur Rapenburg, je sais pas si tu pourras y entrer. Après, cette maison c’est « De Witte Raaf », The White Raven en anglais. Elle a été construite au seizième siècle, et c’est une maison d’Augustinus depuis 1978. En gros, c’est une maison où on retrouve le principe de hiérarchie qui s’applique en fonction de l’ancienneté dans Augustinus, les plus anciens dominant les nouveaux. Pour départager les personnes qui arrivent simultanément, c’est toujours les hommes au-dessus des femmes. Ensuite, si y a plusieurs hommes ou femmes, ils font une partie de Beer Basketball. Normalement pour rentrer dans cette maison il faut soit faire partie d’Augustinus, soit être dans le processus d’entrée (bizutage, approbation par les membres, etc). Bon pour toi, on fait une exception, vu que tu sous-loues la chambre d’Ieke, et que tu restes que six mois. Tu aurais que les désavantages, le bizutage, sans pouvoir profiter d’une place élevée dans la hiérarchie ensuite. Tu vois les portraits ? Ils sont rangés dans l’ordre hiérarchique. Ieke la plus vieille, est au-dessus, ensuite Bas qui est arrivé l’année suivante et ainsi de suite, jusqu’à Cléo, Bauke, et Joris qui sont arrivés cette année.
- Et ça change quoi, la place dans la hiérarchie ?
- Bah tu dois faire tes preuves quand t’es en bas quoi. Au début t’es un larbin, tu dois faire le ménage (sic), quand on doit se répartir des tâches tu récupères celles que personne ne veut faire, tout le monde peut utiliser ta chambre à peu près comme il le souhaite. Ça c’est dans la maison, mais aussi à Augustinus, tu dois faire le ménage. Bref je suis bien mieux à ma place. »
Lars était rentré dans la maison il y avait de cela un peu plus de 5 ans. Pathan ne comprenait pas. Il cherchait les motivations qui pouvaient pousser un individu à se soumettre volontairement à cette chaîne de pouvoir, sans comprendre simplement par ailleurs ce que représentait cette fameuse association étudiante. Lars proposa à Pathan de jouer au Beer Basketball, un jeu qui consistait sommairement à parvenir à lancer une capsule pliée dans le verre plein de bière de l’adversaire. Si le lancer était réussi, le détenteur du verre buvait. Pathan refusa poliment redoutant notamment l’insalubrité de la vaisselle utilisée, et des capsules qui atterriraient inévitablement dans le liquide alcoolisé qu’il devrait boire. Lars défia alors Anoir, un étudiant trappu aux cheveux gominés d’origine franco-marocaine qui maîtrisait relativement le français.
[...]
Ieke ouvrit la porte de la salle commune, accompagnée d’autres résidents. Après une courte conversation elle proposa à Pathan de lui montrer la chambre qu’elle allait lui laisser dans une semaine. Ils montèrent à l’étage par des escaliers recouverts de moquette. Dans la cage d’escalier, un autre corbeau les fixait. Le bâtiment comptait un nombre incalculable de porte pour répondre aux normes de sécurité incendie. Ils en passèrent plusieurs, elle ouvrit finalement la porte de sa chambre. C’était une pièce de taille moyenne qui présentait deux grandes fenêtres, une table un grand lit et quelques petits meubles à rangements. Des poutres paraissaient au plafond. Des affaires de diverses natures, étonnantes parfois jonchaient le sol, on pouvait les voir déborder à l’orée de chacune des pièces de mobilier. Le parquet stratifié adhérait par endroit, la matière mystérieuse retenait des particules de poussière. Des étagères exposaient des pièces de décoration, d’art africain. Accrochés aux cloisons, un cadre contenant une peinture d’un trois-mats dominait le lit, une reproduction d’un Magritte avait été placé aléatoirement. Ieke rompit le silence : « Je vais ranger un peu, mais je vais laisser l’essentiel de mes affaires. Je les pousserai sous le lit. Par contre, tu ne pourras emménager que dans deux semaines. » Pathan devait assister à la semaine d’intégration de l’université la semaine suivante. Ieke lui proposa d’occuper une chambre qui ne servait point en attendant. Se tâtant dans un premier temps, il accepta. On entendait crier à l’étage inférieur. La pièce commune était placée sous le plancher de la chambre que Pathan allait occuper.

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