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La création des identités nationales : Europe XVIIIe-XXe siècle - Anne-Marie THIESSE

Fiche de lecture

mercredi 3 mai 2017, par Nathan Perrié

Anne-Marie THIESSE occupe le poste de directrice de recherche au CNRS depuis 1991. Elle est titulaire de deux doctorats en lettres. Elle a consacré une importante partie de son travail universitaire à l’étude de la culture populaire en France et plus largement en Europe. En 1999, elle publie La création des identités nationales, un ouvrage dans lequel elle expose le ou les processus d’avènement des nations en Europe. Les éléments qui appuient son développement ont diverses natures : elle prend en compte des éléments historiques (évolutions des institutions qui administrent les espaces concernées), des productions littéraires et culturelles, des évolutions sociologiques tout en mettant au centre de son raisonnement la question du sentiment d’appartenance à la nation. L’œuvre est rééditée en 2003, ce qui témoigne au moins de son succès, au mieux, de la pertinence du développement qui y est présenté.
L’apport de cet ouvrage est pertinent en ce qu’il entraîne la rupture avec un paradigme de la nation établit comme une entité naturelle, nécessaire, ce qui ressort souvent des discours à tendance nationaliste, comme on peut le trouver par exemple dans l’enseignement primaire. La nation est une idée construite et a été une succession de choix de la part du Peuple ou de communautés concernés par l’engagement national.
Le développement est dans cet ouvrage divisé en trois parties, respectivement intitulées « Identification des ancêtres », « Folklore » et « Culture de masse », et l’ouvrage se clôt sur une mise en perspective du mécanisme présenté en rapport avec la construction et l’institution supra-étatique que constitue l’Union Européenne. Chaque partie est divisée en chapitres et en points thématiques traitant de fragments de la construction d’une ou plusieurs nations. Le plan choisi par l’auteure montre une volonté de décomposer la construction en trois phases, schéma qui n’a a pas été
appliqué de manière synchrone dans l’ensemble de l’Europe. Ainsi, la question n’est pas ici abordée en suivant une logique temporelle, ni une logique relative aux espaces concernés. Dans cette présentation nous allons respecter le déroulement préféré par Anne-Marie THIESSE, puisque c’est ce déroulement qui révèle au mieux la coexistence et l’influence des espaces concernés au moment donné, selon les thématiques dégagées par le raisonnement. Nous allons aussi tenter de borner le raisonnement entre 1815 et 1914 (1815, puisque cela représente la borne qui nous sert en cours, et 1914 puisqu’on favorise ici le « grand XIXeme siècle »), bien que celui-ci nécessite l’usage d’éléments antérieurs à 1815.

« Rien de plus international que la formation des identités nationales », ainsi s’ouvre l’ouvrage. Malgré sa dimension (recherchée) éminemment paradoxale, cette phrase qui succède à la citation introductive dévoile l’espace dans lequel prend place la construction des identités nationales : l’Europe, et plus tard l’Eurasie. C’est aussi l’annonce d’une composante essentielle du développement, la formation des identités nationales a été une tâche commune à l’ensemble des peuples européens et un enjeu à l’échelle européenne, qui ont de cette manière constitué un capital culturel profitable à l’ensemble des nations européennes. La notion de nation rompt avec le paradigme d’Ancien Régime par les places occupées par le Peuple et le pouvoir d’administration. Celui-là n’est plus un sujet (du pouvoir), c’est de lui qu’émane le pouvoir et la nation, tandis que celui-ci est l’expression, le garant de cette nation et plus un régent tout-puissant existant par son unique naissance. La nation se créé à partir du moment où un groupe communautaire s’attache à prouver son exigence. La nation c’est aussi la mise en place d’un patrimoine commun de valeurs, de symboles. C’est la détermination de ces valeurs et de l’héritage en lien avec d’illustres ancêtres qu’il convient d’étudier. Les nations se sont formées avec les mêmes composantes, déclinées différemment.

La constitution d’une nation s’opère généralement par la découverte d’ancêtres glorieux aux peuples concernés qui remet en cause l’héritage gréco-romain comme seule source de culture légitime et qui occulterait une partie de l’Histoire des peuples.

 La remise en cause de la Culture unique

La remise en cause de la légitimité hégémonique de la culture latine intervient à la suite de la traduction de vieilles légendes gaéliques par James Macpherson. Chargé par des nobles d’Édimbourg de cette traduction, il produit deux ouvrages : Fingal, an Ancient Poem, in 6 books, together with several other Poems, composed by Ossian ; the son of Fingal [...] (1761) et Temora (1763). Les textes traduits sont ordonnés et comblés par les soins du traducteur. Grâce à des traductions en d’autres langues que l’anglais, ces œuvres acquiert une notoriété importante à l’échelle européenne. Le contenu héroïque et le sentiment de découverte permettent cette notoriété, mais c’est surtout le fait de la prouesse stylistique qui est saluée. L’œuvre est comparée à l’Iliade d’Homère, et les cultures grecques et latines n’apparaissent plus comme l’unique source de culture ancestrale pouvant être revendiquée. Cela entraîne la valorisation du Peuple et l’intérêt pour sa culture jusque-là dénigrée, qui renfermerait des fragments de l’héritage de ces populations oubliés, occultées par la culture dominante des lettrés européens latinisés.
Cette redécouverte est aussi un moyen de lutter contre la culture savante prédominante éminemment française à l’époque, jugée trop codifiée. On oppose au modèle du salon comme pratique intellectuelle, celui de la culture qui a survécu aux âges dans la culture paysanne.
La nation n’est dans un premier temps pas pensée (au sens d’Herder) comme un ensemble s’inscrivant dans une hiérarchie. Tous les peuples doivent mener des investigations dans la culture populaire notamment (chants populaires) afin de pouvoir rencontrer leurs ancêtres. Cette démarche d’une nation est bénéfique et enrichissante pour l’ensemble des nations européennes.
Au cours de la seconde moitié du XVIIIe siècle, on voit les récits de bardes se multiplier sur tout le continent européen. Des manuscrits dont l’originalité n’a jamais été prouvée pour la plupart propose des récits de victorieux ancêtres, notamment résistants à l’invasion romaine (pour les bardes germaniques et gallois). Le modèle bardique induit une composante populaire, l’utilisation d’instruments populaires. Une tradition druidique « se met en place » à cette même époque, dans la recherche des rituels anciens attribués aux ancêtres gallois.
Les prémices de l’institution de la nation s’opèrent en France dans un contexte révolutionnaire. Malgré l’usage de la rhétorique classique et de références latines, le pouvoir révolutionnaire va tenter d’unifier le peuple de France par la désignation d’ancêtres communs. Les Gaulois sont ainsi préférés aux Francs. Les représentations nobiliaires en cours à l’époque veulent que cet ancien ordre regroupe les descendants directs des Francs, ce peuple victorieux qui aurait imposé son joug aux Gaulois. Dans ce contexte de fuite des nobles, le choix des Gaulois est donc éminemment politique. La représentation ossianique est aussi beaucoup utilisée par Napoléon Bonaparte. La présence d’un passé celte en Bretagne amène aussi l’alternative de l’appropriation de ces ancêtres. L’Académie celtique est fondée en France en 1805 afin de révéler ces vestiges convoités du passé.
La perception des frères Grimm qui ont vécu dans la première moitié du XIXe siècle est pertinente. Ils se prononcent en faveur de l’entraide des intellectuels d’Europe dans leurs quêtes de connaissances de leurs ancêtres. De plus, ils accordent un caractère également important à toutes les cultures européennes, et parlent d’un patrimoine culturel commun européen. Les études qu’ils mènent portent sur une diversité de sources, des contes, au droits, à la coutume etc. « Les Grimm ont livré simultanément un savoir, une méthode d’investigation et d’analyse ainsi que des principes pédagogiques. » Jacob et Wilhelm Grimm collaborent avec un grand nombre d’intellectuels européens.

 Une nation une langue

La langue au XVIIIe siècle est un témoin des ségrégations sociales qui sont en place dans la société. Les langues nationales actuelles sont des inventions récentes nées d’une standardisation opérée soit par des groupes sociaux, des intellectuels ou l’organe étatique. Le parler d’une langue unique est cependant un facteur nécessaire à l’identification et au sentiment d’appartenance nationale. Il permet aux membres des différentes couches sociales et habitants de différentes régions de communiquer entre eux. L’enjeu principal est généralement de convaincre les éléments de la classe dominante de parler la langue de la population, ce qui paraît pour eux dégradant. En Allemagne, on doit convaincre que l’allemand peut être une langue savante (se substituer au français ou au latin). En France, l’uniformisation de la langue se fait surtout par l’’enseignement.
La langue est un facteur de désunion avant ces politiques d’unification et est un indicateur relevant les tensions sociales. L’exemple de la Norvège est cité, puisque la langue nationale doit être choisi dans le cadre d’une aspiration à l’indépendance et d’une autonomie relative vis-à-vis de la Suède qui l’administre. Le choix s’opère entre le riksmaal, parlé par la classe dominante et comportant une grande influence danoise, et le landsmaal, un parler plus populaire et revendiquant un éloignement à la culture danoise. On retrouve aussi l’expression de divisions politiques et sociales (mais aussi géographiques) au travers de luttes d’ordre linguistiques dans le cas du choix opéré au sein de la communauté juive au sujet de l’adoption du yiddish ou de l’hébreu comme langue nationale.

 Parrainage international d’une culture nationale

La perception du patrimoine national comme enjeu culturel européen (conception évoquée antérieurement) va trouver des application concrètes, notamment dans l’aide à la découverte du patrimoine des nations émergentes. Un exemple que l’on peut donner est celui des travaux de l’érudit français Claude Fauriel qui publie en 1824 Chants populaires de la Grèce. Dans cette ouvrage, il traduit des chants populaires grecs actuels et anciens, et fait remonter certains d’eux à l’Antiquité. C’est cette continuité historique culturelle entre les ancêtres illustres et les membres du peuples grecs qui permet d’affirmer que la Grèce est une nation émergente, qui doit être considérée au même rang que toute autre nation européenne. Cette production a une lourde signification politique. La Grèce est à l’époque une province de l’Empire Ottoman. La culture paysanne aurait permis de conserver une essence grecque malgré l’occupation. Ce fait sert d’argument pour appuyer la demande d’intervention pour libérer la Grèce, qui est rentrée en insurrection en 1821. Aussi, Fauriel expose la figure des klephtes, des brigands patriotes produisant des chants, reliés à l’héritage grec par leur caractère authentique, paysan.
Un autre exemple est celui de la constitution du patrimoine national hongrois. Les intellectuels russes vont aider à la genèse de ce sentiment national, car ils aspirent à assister les slaves à se libérer du joug turc. Cela s’organise selon le schéma habituel, par la collecte d’éléments de culture populaire, des proverbes et des chants et la publication de ces collectes. Certaines figures comme celle des frères Miladinov produisent des œuvres à vocation de susciter un sentiment national et souffrent de la répression violente des Turcs. Le but est de transformer les révoltes paysannes de subsistance et de refus de l’occupation en lutte nationale.
Un Etat des nations

L’empire austro-hongrois est le lieu de naissance de plusieurs nationalité. D’une part, la connaissance de ces nationalités est nécessaire pour l’administration, de l’autre, elle permet au pouvoir central de s’appuyer sur les divisions pour régner efficacement.
Dans plusieurs territoires, des manuscrits et des chants sont découverts, amenant à des postulat sur des grands ancêtres.
Des projets fleurissent, notamment celui de la confédération germanique, qui compte comprendre la nation tchèque et la Bohême sur laquelle elle est établie. Malgré le soutien aux début des patriotes tchèques aux Allemands durant la révolution de 1848, le rattachement de la Bohême à cet ensemble ne serait pas bénéfique aux Tchèques, qui seraient en position de minorité. La volonté est la même, par le libéralisme, d’enterrer les archaïsmes de l’Ancien modèle de grand ensemble, mais il y a désaccord sur la forme d’une nouvelle union.

 Épopées fondamentales

Les épopées fondamentales sont des manuscrits retrouvées durant la première moitié du XIXe et qui assure la justification de la continuité entre les grands ancêtres et la culture contemporaine nationale. Ainsi, durant cette période, un nombre importants de manuscrits ont supposément été découverts, sans jamais pouvoir être authentifier.
C’est le cas du Kalevala finnois ou encore de Kalevipoeg estonien. En France, paraît le Barzaz Breiz qui se veut la transcription d’une épopée armoricaine. La question de l’authenticité est souvent soulevée de cette manière : la remise en cause ne s’effectue que lorsque la facticité ne remet pas en cause un sentiment d’appartenance national ou les fondements d’une nation. Le Barzaz Breiz est abandonné puisque inutile, mais le Kalevala est conservé puisqu’il établit avec succès la nation finnoise et pose les motifs et thèmes d’un art national.

 Histoires nationales

L’histoire nationale s’exprime sous la forme du roman. L’histoire nationale consiste en la réécriture du passé en perspectives des nouvelles découvertes accomplies. Ce mouvement est créé en Écosse. Il doit donner des leçons d’histoire et est parsemé de détails au sujet de l’habillement, du décor. Le roman historique de la première moitié du XIXe siècle, du fait de sa forme et des évolutions techniques est plus largement diffusé parmi la population que d’autres œuvres pouvant porter les mêmes messages (les récits ossianiques). Au théâtre aussi le thème des pièces est déplacé, d’un décor antique à un cadre plus récent mais historique. Les décors scéniques sont plus fournis et l’espace diégétique est généralement situé à l’étranger.
La question des monuments historiques se place aussi au centre des préoccupations. On passe d’une conception purement fonctionnelle des bâtiments à un désir de conservation voire de restauration. Des bâtiments sont rénovés, et même reconstruits selon l’imaginaire de l’époque que l’on désire incarner. Des bâtiments sont construits dans le but d’apparaître comme des bâtiments médiévaux (redécouverte et fascination pour le Moyen-Age).

 Folklore

A la base des construction identitaires nationales, le Peuple est perçu comme l’ultime détenteur des vestiges d’une culture des grands ancêtres. Dans un second temps son rôle se transforme. Le monde rural paysan, est vu comme une population heureuse, joyeuse, festive et libre, et se place dans les représentations en opposition au prolétariat urbain. Cette symbolique est forte, le monde paysan assoit la pérennité de la nation, sa viabilité, son caractère immuable. Après s’être concentré sur la collecte des chants populaires, les intellectuels concernés et les pouvoirs publics se concentrent sur la collecte de coutumes. Une fois encore, l’invention entre en jeu afin d’amener une représentation forte de cette population.

C’est sur le modèle de l’étude de populations exotiques découvertes au XVIIIe siècle (ou plutôt, on a chercher à connaître ces populations exotiques) que s’établit l’étude des populations rurales (discipline qui est baptisée folklore).
Dans les premiers temps de ces études, les enquêteurs se heurtent la plupart du temps au vide. On peut prendre l’exemple de celles qui ont eu lieu en Italie du Nord napoléonienne, lorsque le pouvoir central demande aux préfets de collecter des informations sur les chants typiques, mais surtout les costumes, les bijoux, les éléments de décoration. Cette démarche est réaliser dans le but de comprendre les populations pour mieux les administrer. Les retours de ces enquêtes sont lacunaires, peut être parce que les enquêteurs ne savent pas ce qu’il faut faire ressortir, parce que l’administration centrale place un espoir démesuré dans ces collectes ou parce qu’il n’y a pas de réelles disparités dans les coutumes. Cependant, des réformateurs comme le grand-duc Jean vont tenter d’améliorer le quotidien des ruraux, et de réelles coutumes. En quelques décennies, les coutumes sont établis, la campagne apparaît festive et pittoresque, ce qui participe au forgeage d’identités nationales, dans leur dimension folklorique, et à leur rayonnement touristique.
Une grande partie des nations d’Europe continue la collecte des chants populaires et entame la collecte de contes. Les chants et les contes sont collectés et publié en « idiome ». En France, cette collecte est organisée par les pouvoirs publics mais n’aboutit pas. Le rassemblement de ces éléments folkloriques en dialecte est plus représentative d’une notion « allemande » de la nation. Aussi, l’art musical est durant toute la période contaminé par les convictions nationales et les conceptions folkloriques. On va chercher dans les chants populaires l’inspiration pour créer une musique nationale (exemple : Bartók voyage à ces fins en Algérie 1913 et en Turquie 1934).
La colonisation de l’Inde au XVIIIe siècle par les britanniques les amène à étudier le sanskrit, un langage sacré. Le sanskrit montre alors des ressemblances avec des langues européennes telles que le grecque, le latin. On en conclut donc à une parentalité de ces langues. L’Europe et le patrimoine culturel européen ferait partie d’un plus grand ensemble et donc les populations de ces espaces auraient des ancêtres communs : les Indo-européens. Cette théorie qui emprunte le raisonnement scientifique de Darwin de la théorie de l’évolution amène à un racisme. Le terme « race » n’est pas à la base un terme de différenciation biologique, et coïncide étrangement avec la notion de nation. Cependant, c’est à cette époque qu’apparaît le racisme dans sa forme exclusive et scientifique, notamment avec les travaux de Chamberlain (1899). C’est lui qui théorise la race aryenne, qui serait une entité habitant autrefois la Scandinavie et qui aurait rejoint par la suite la Germanie. Le racisme au sens biologique a été favorisé par la concrétisation de la nation comme communauté politique et par les relations de pouvoirs d’individus dans une même nation.

 La nation illustrée

Deux nouvelles catégories du pittoresque apparaissent en peinture : le paysan et le paysage. Pour ce qui est des paysages, on représente la nation comme des grands ensembles sans traces d’activités humaines ou parcellaires. Le choix des éléments représenté est parfois politique, dans un jeu d’opposition avec d’autres nations. Le cas de la France est spécifique, on représente une série de paysages régionaux, et la France se revendique comme une « sorte de l’idéal de l’Europe ».
Les costumes traditionnels n’apparaissent qu’au XIXe siècle. Auparavant les vêtements des populations rurales étaient plus ternes. Ces populations souffrent au XIXe siècle d’une pauvreté moins importante. L’habillement conserve sa signification sociale, mais acquiert une signification territoriale ou nationale. Les costumes traditionnels sont dans un premier temps adoptés par les élites, dans le cadre du patriotisme. Le costume paysan est vite considéré comme un élément folklorique difficile à dater car ancien.
Les expositions universelles sont l’occasion d’établir une vitrine du folklore des nations présentes. L’exposition universelle de Paris en 1878 est marquée par l’établissement d’un intérieur avec mannequins costumés par la nation suédoise. C’est ce modèle qui prévaudra ensuite dans les musées ethnographiques dans les décennies qui suivent.
Les musées ethnographiques ouvrent dans toutes les nations d’Europe. Ces musées sont des éléments censés renforcer le patriotisme. On collecte des objets pour l’étude des populations. Aussi, ces lieux renforcent le patriotisme et donne des motifs et thèmes aux artistes. A titre d’exemple, la salle France du musée du Trocadero de Paris ouvre en 1884 (prévu après la venue de la délégation suédoise). Les initiatives visant à l’ouverture de musées ethnographiques entraînent les autres nations européennes à en instituer aussi.
On remarque une opposition importante entre le modèle promut par l’avènement du folklore et la croissante efficacité de la technologie industrielle qui fait évoluer les habitudes de consommation. La production de biens de manière artisanale est crédité à cette époque d’un esthétisme particulier. L’artisanat présente un objet de créativité, tandis que la machine ne fait que répéter et produire les mêmes pièces.
La nation s’exprime enfin dans ce qu’elle a de plus commun. Les objets utilisés, distribués par l’État doivent être à l’image de la nation et sont des signes importants. Leur apparence a été pensée afin de représenter la nation (paysages, personnages emblématiques). Ainsi, les timbres-postes comme les billets de banques sont des éléments emprunts de l’identité national, malgré leur caractère commun.

Pour conclure, nous pouvons dire que la construction des identités nationales, malgré l’apparente unicité de chaque nation, s’est exécuté selon un paradigme commun. Nous avons ici abordé les questions qui relèvent plus de l’ordre culturel au sens artistique et de la représentation commune et de la distorsion de la culture pour les besoins de la nations. Toutes les nations d’Europe (ou du moins la plupart) possèdent à la fin du XIXe siècle une langue unifiée, des monuments culturels, un folklore et des paysages typiques. La réalisation de cette construction s’est faite par entraide, par observation et compétition avec les nations voisines.

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Photo du film L'invention de la race, des représentations scientifiques aux (...) Michel Foucault

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