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Fiche de lecture

Socialisme et démocratie. Sur l’allergie française à la social-démocratie - d’Almeida Fabrice

mercredi 3 mai 2017, par Oriane Augry

L’article étudié est extrait de la revue « Mots », un numéro spécial ayant pour thème la « Démocratie ». Il s’intitule Socialisme et démocratie. Sur l’allergie française à la social-démocratie. Publié en 1999, il a été écrit par Fabrice d’Almeida, un historien français, spécialiste notamment de l’Allemagne, de l’Italie, de la France, de la propagande par l’image et la manipulation, agrégé d’histoire, il est professeur à l’Université Paris II Panthéon-Assas, à l’Institut français de presse. Le thème principal de cet article est le socialisme et la démocratie. Il reprend l’idée de la démocratie dans l’idéologie socialiste depuis la fin du XIXème siècle. L’auteur reconnaît que les socialistes français ne se reconnaissent pas dans le terme de « social-démocratie », leur but premier est de créer une société équilibrée, la démocratie passe après.
Pour Fabrice d’Almeida, les socialistes français voient la question de l’institution comme secondaire comparé aux problèmes de société. Pour eux la démocratie est juste un moyen et pas une fin en soi. Ils rejettent l’idée de la « social-démocratie » pour définir l’identité du pays. Ce n’est pas nouveau si la tentative de lien entre social et démocratie est un échec. En effet, l’auteur expliquent qu’il y a déjà eu des essais, notamment en 1849. En Allemagne, dans les années 1840-1850, Marx publie son Manifeste du Parti communiste, comme le terme fait peur, l’utilisation de « social-démocratie » dans une société libérale fait nettement moins peur. Marx comprend cette logique mais la rejette, car pour lui il y a une baisse de la lutte prolétaire au profit d’un rapprochement avec la bourgeoisie, il est en désaccord avec ça, car selon lui il n’est pas possible de réformer un système si on tente de le reproduire. L’auteur explique que le Second Empire a détruit l’idée de social-démocratie en France, mais en Allemagne, les marxistes et les sociaux-démocrates continuent d’opérer. Si en 1891, Marx et Engels s’accordent à reconnaître l’expression de « social-démocratie » qu’ils ont longtemps combattue, Engels persiste à dire qu’il est communiste car il veut lutter contre la démocratie représentative. En France, les réticences marxistes ont été plus puissantes mais sont venues plus tard, donc pour l’auteur ce n’est pas Marx qui est responsable de la difficulté d’insertion du terme « social-démocratie » dans le pays. C’est notamment la montée du républicanisme français qui poussent les socialistes à s’inscrire dans une politique de plus en plus à gauche. Le terme « social-démocratie » est si peu présent en France qu’il fait surtout référence au socialisme allemand comme cela peut être remarqué dans de nombreux écrits, en 1903 et 1924 par exemple. En 1969 notamment, il y a eu des tentatives pour créer un parti social-démocrate mais ces principaux défenseurs étaient partisans de l’Algérie française et devinrent vite des membres de l’UDF et des partisans giscardiens, ils s’éloignent donc énormément de l’idéal socialiste français. Au XXème siècle, le terme démocratie est très rare que ce soit dans les affiches illustrées, dans les affiches slogans, dans la presse socialiste ou encore dans les brochure de la SFIO. On remarque un changement de doctrine à partir de la Seconde Guerre Mondiale, ou encore entre les années 1950 et 1970, et les socialistes subissent de nombreuses critiques pour l’utilisation du terme « démocratie ». Dans les années 1990, le rapprochement des deux termes ne provoque plus la même émulation. Fabrice d’Almeida explique cela par une chronologie en trois phases qui a vu le dépassement des idées marxistes dans le socialisme français. La première étape fut dans les années 1920, la France a commencé à vouloir adopter un socialisme qui ressemble à s’y méprendre au socialisme allemand et au travaillisme anglais. Ensuite, pendant la Seconde Guerre Mondiale, les socialistes ont pour but de faire évoluer la SFIO d’avant guerre qui se retrouva sans aucune crédibilité. Cette fois ci, ils ne sont plus du tout intéressés par le travaillisme mais veulent marquer leur identité en ralliant social et démocratie. L’idée n’obtint pas le succès de la majorité et est rejetée en 1946. La dernière étape de la démocratisation du socialisme s’effectue vers les années 1970 avec Rocard. L’idée mettra une vingtaine d’années à s’ancrer dans les esprits. Pour ce qui est des déclarations de principes de la SFIO puis du Parti socialiste, l’idée de démocratisation a mis plus de temps à s’installer. Au début du XXème siècle, la démocratie est totalement rejetée, l’idée marxiste prédomine. Mais en 1946, les textes vont changer. Il est maintenant déclaré que le socialisme français reconnaît des valeurs démocratiques. Pour l’auteur, la Résistance durant la Seconde Guerre Mondiale est le principal vecteur de ce changement. Si dans les années 1970, le terme démocratie apparaît plus pleinement dans les textes du parti, d’Almeida montre qu’il y a une certaine difficulté à utiliser ce terme, les socialistes ont toujours du mal à accepter l’institution.
La notion de démocratie s’est installée petit à petit dans l’idéologie socialiste. Si en 1905, elle était totalement rejetée, en 1969, elle est pleinement associée au groupe. Pour l’auteur, il s’agit de l’effacement de l’idéologie marxiste qui a permis ce rapprochement, et au final « la conception démocratique a retrouvé la tradition républicaine socialiste ». Dans les années 1990, les socialistes ont commencé à faire appel aux valeurs républicaines et démocratiques. L’idéologie de base socialiste qui était d’intégrer les classes sociales les plus démunies n’est plus la principale priorité du parti. Cependant, même aujourd’hui, l’association entre social et démocratie n’est pas pleinement acceptée par les socialistes, qui se refusent d’adopter ce modèle par pur conformisme européen. La lutte socialiste tend toujours à s’inscrire dans une visée d’aide sociale, pour intégrer les couches les moins aidées et représentées. Selon Fabrice d’Almeida, le rejet de la notion « social-démocratie » n’est pas seulement due aux accusations fomentées par les communistes qui ont tendance à beaucoup utiliser les termes « sociaux-traitres » ou « social-fascisme ». Le rejet s’inscrit dans la logique du socialisme qui attend de la société un « absolu » et refuse les compromis offerts par la démocratie. Il faudrait donc qu’un des deux termes soit soumis à l’autre, ce qui ne correspond pas à l’attente socialiste, ils défendent le socialisme avant tout.

La première critique que j’émettrais concernant les propos de Fabrice d’Almeida, c’est que c’est avec l’émergence de la démocratie que sont nés les partis comme le parti socialiste. Donc si le terme démocratie n’apparaît pas clairement dans les écrits du pari, il est indéniable que celui-ci s’inscrit dans un principe démocratique et n’est pas totalement indépendant du fait. Vincent Desmeuliers dans la revue de Mauss, exprime ce propos. Selon lui, les partis nés au moment de l’émergence de la démocratie sont des « partis de masse », et sont apparus pour être des représentants du peuple. Seulement ceux-ci reproduisent la hiérarchie qui était déjà existante.
Le terme social-démocratie est apparu à la fin du XIXème siècle en 1848 plus exactement. A ce moment de l’histoire, les sociaux-démocrates se voulaient fortement influencés par le courant marxiste, et Marx a lui même reconnu ce terme. Au final, ne pas vouloir se définir en tant que social-démocrate ne peut être réellement lié à la présence du marxisme et du communisme. En effet, les revendications du courant social-démocrate à la fin du XIXème siècle sont révolutionnaires, elles tendent à l’instauration du suffrage universel et à l’amélioration des conditions de vie de la classe ouvrière. Ce n’est seulement qu’à partir de la Première Guerre mondiale que l’on observe une rupture entre la social-démocratie et l’idée de révolution. Pendant la Seconde Guerre mondiale, la position révolutionnaire de ces partis a totalement disparue. Pendant l’entre deux guerres, les socialistes français abandonnent totalement l’idée de suivre le courant marxiste, Léon Blum, fervent défenseur de la social-démocratie, rejette fermement le communisme léniniste. Dans le texte, Fabrice d’Almeida parle d’un rejet en bloc de la social-démocratie du socialisme française, pourtant dès 1920, la SFIO appelle à un socialisme démocratique. Selon Blum toujours, le marxisme ne peut plus être la base du socialisme. En partant de ce principe, on peut voir que les socialistes français n’opposent pas fermement l’idéologie socialiste à une conception institutionnelle telle que la démocratie. La démocratie leur permettrait d’établir cette égalité qui est leur fondement, au travers d’un ordre et d’une justice institutionnels. Selon Fabrice d’Almeida, les socialistes ne veulent pas être considérés comme des sociaux-démocrates car leur but premier serait d’assurer la construction d’une égalité des classes. Or, l’idéologie première de la social-démocratie est d’atténuer les effets négatifs d’un libéralisme pur et dur, mais aussi de travailler sur les inégalités de la société.
C’est aussi la volonté de ne pas reproduire le modèle allemand, qui s’affirme complètement comme étant social-démocrate, que défendent les socialistes français. En effet, l’histoire de l’Allemagne au cours du XXème siècle est plutôt chaotique et il n’est pas envisageable de produire le même phénomène. Dans une moindre mesure, la situation de l’Allemagne même après la Seconde Guerre mondiale ne semble pas être un modèle à adopter, de plus la social-démocratie semble s’affaiblir face aux nouveaux enjeux du XXème siècle. Il ne faut pas oublier que la social-démocratie n’est pas un modèle parfait. En effet, la social-démocratie ne peut fonctionner que dans un modèle où l’économie est en croissance. C’est à dire qu’en temps de crise économique, la pensée social-démocrate ne peut être efficiente. De plus, le modèle social-démocrate que ce soit sur le modèle social, ou environnemental ne prend en compte que les débats entre les institutions, sans vouloir laisser la place à la communauté ou aux acteurs plus privés.
Là où Fabrice d’Almeida a raison, c’est lorsqu’il parle de l’évocation de la démocratie non assumée. Car si Léon Blum appelle en 1920, les partisans socialistes à se rallier à la social-démocratie plutôt qu’aux idées marxistes, il est vrai qu’aujourd’hui, et par le passé, les socialistes ne voulaient pas être assimilés à ce principe de social-démocratie, considéré comme une traitrise par les partisans d’une gauche plus radicale. Le terme social-démocrate est connoté péjorativement.

Cet article permet de situer dans un juste contexte la position des socialistes français au cours du XXème siècle face à l’émergence de la social-démocratie. Cependant, cet article ne nuance pas les raisons de cette « allergie ». En effet, selon l’auteur le rejet de la social-démocratie par les socialistes semble être un acte non réfléchi, comme si le refus de s’accorder sur un modèle démocratique n’était pas raisonnable. En effet, il ne prend pas en compte des points comme les limites de cette social-démocratie de plus en plus axée sur une vision libérale capitaliste. De ce fait, je pense que Fabrice d’Almeida aurait pu plus nuancer ses propos, car si le modèle socialiste tend à s’éloigner du modèle social-démocrate, c’est dans l’optique de ne pas reproduire un modèle limité.

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