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Allégorie de la SCNF

Exercice d’écriture

mardi 25 avril 2017, par Claire Lepoutre


Art du discours
Trouvez dans le tableau de la Vénus d’Urbino une allégorie de la SCNF.

La SNCF

Cette œuvre d’art est une allégorie manifeste de la SCNF. De fait, les regards roulent sur l’effarouchée pudeur de la Vénus étendue comme les trains se commutent de part et d’autre du pays du raffinement et de la bonne chair.

Allongée au premier plan, la Vénus hypnotise le spectateur et le retarde dans ses affaires. La déesse tient la pause stablement, durablement, alors qu’un bouton de fleur s’échappe tout juste négligemment de sa main entr’ouverte. Ainsi, malgré l’apparente passivité de l’immortelle modèle, les éléments continuent de se mouvoir autour d’elle à une vitesse supérieure de ce que son attitude laisse imaginer. C’est ce que ressent le passager assis devant une fenêtre de wagon, enfoncé de manière stable dans son siège, qui voit le passage s’accélérer. Lorsqu’il regarde le paysage sa vision se brouille également, de même que lorsqu’il croise les yeux en amande de la Vénus du tableau.

L’entreprise reste pérenne comme l’en atteste la longueur des cheveux d’or de la déesse, symbole de fertilité. Les bijoux sont les seuls habillements que celle-ci possède, comme s’ils avaient une valeur particulière, comme si un admirateur aimant les lui avait offert et qu’elle ne pouvait s’en défaire ; les bijoux de la Vénus-SCNF sont les symboles de richesse et de beauté que procurent l’image de la France à l’entreprise-Etat.

D’autre part, le drapé blanc à moitié défait sur lequel la divinité a pris place rappelle les draps blancs des wagons-lits, d’autant plus que le personnage de la Vénus est encadré par un rideau sombre qui reproduit l’obscurité de la nuit. La fenêtre à l’arrière-plan, à partir de laquelle on entrevoit le ciel bleu, apporte une profondeur au tableau semblable à la profondeur d’un quai de gare dans laquelle le regard du voyageur peut se plonger et se prolonger. De même, le parallélisme du tableau divise l’œuvre en deux espaces distincts mis en valeur par la séparation du rideau. Cette construction géométrique est analogue au parallélisme des rails et des quais de gare. La structure binaire qui divise le premier plan du second rappelle également la division entre classes. D’un côté, un petit chiot dort paisiblement sur le matelas moelleux ; il a pour lui de l’espace et sa proximité avec la Vénus dénote d’une certaine intimité, en comparaison d’avec la jeune fille tenue à l’écart au fond du tableau. Le chiot est une allégorie de la première classe habituée et paisiblement installée pendant que la jeune servante accroupie à l’arrière-plan est une allégorie de la seconde classe qui cherche de la place là où il n’y en a pas, c’est-à-dire, dans sa valise.

Par ailleurs, le second personnage féminin au second plan est en position débout, en position de supériorité. La seconde servante plus âgée évoque ainsi l’autorité du contrôleur, fonction rappelée par son costume peu orthodoxe (une peau d’ours) mais évidemment réalisé par un grand couturier, ainsi que par une chevelure casquée.
Enfin, pour finir, le pot de fleur solitaire sur la fenêtre évoque de manière évidente le wagon-bar ; en effet, le wagon-bar est l’espace où l’on se recule pour trouver plus de respiration.

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