Accueil > Critiques > Critiques essais > Les bourgeoisies européennes au XIXème siècle

Les bourgeoisies européennes au XIXème siècle

Jürgen KOCKA

jeudi 27 avril 2017, par Joséphine

Les bourgeoisies européennes au XIXème siècle , Jürgen KOCKA

Les Bourgeoisies européennes au XIXème siècle est un ouvrage historique dont la première date de publication est 1996 dans les Editions Belin. Il rassemble 46 auteurs de nationalités diverses qui coordonnent leurs efforts, sous la direction du professeur d’histoire allemand Jürgen Kocka, afin d’étudier l’émergence des sociétés bourgeoises dans l’Europe du XIXème siècle. Le livre est traduit de l’allemand et de l’anglais. Comment cette œuvre nous livre-t-elle un panorama complet de la naissance et de l’évolution d’une identité collective en Europe par le biais d’éclairages comparatifs ? L’œuvre comprend 13 chapitres distincts. Dans la pluralité de ces parties, les différentes dimensions des bourgeoisies européennes sont étudiées, soit les dimensions économiques, sociales, institutionnelles, politiques, culturelles et symboliques.

L’étude comparative des divers historiens se centrent principalement sur les modèles allemand et français. C’est l’objet du premier chapitre écrit par Jürgen Kocka lui-même. Ce chapitre est primordial pour la suite de la lecture. Il définit tout d’abord le terme de bourgeoisie sous tous ses aspects. En effet, il s’agit d’un groupe ou état ayant des privilèges juridiques avec un statut social et un style de vie particulier (éducation et profession). En langue allemande, le terme peut également être synonyme des termes citoyen ou civil. Par la suite, les caractéristiques et attributs qui différencient la bourgeoisie des autres classes sont exposés. On apprend d’abord que « c’est dans l’opposition à l’autre que se conquiert une identité collective ». La bourgeoisie est alors opposée à la noblesse et nettement distincte des classes inférieures. Outre les aspects économiques et intellectuels, des facteurs culturels se dessinent peu à peu et sont développés plus tard dans l’ouvrage. Le modèle allemand est ensuite décrit de par son ascension jusqu’en 1840, puis par son point culminant de 1840 à 1870 et enfin par une classe bourgeoise sur la défensive jusqu’à la première guerre mondiale. Dans le second chapitre, la place considérable qu’occupe les hommes d’affaire est étudiée.
Dans la deuxième grande partie des Bourgeoisies européennes au XIXème siècle nous est présenté les divers modèles nationaux de bourgeoisie en Europe (chapitre 4 à 8). L’étude débute par le modèle de la « middle class » anglaise –terme qui équivaut au terme de « bourgeoisie » français- qui émerge à partir de 1790. Elle évolue jusqu’en 1830 avec un sentiment de classe grandissant. La religion anglicane leur permet de maintenir une cohésion malgré les divisions internes. Ensuite le développement de la bourgeoisie hongroise est expliqué. Avec un retard important sur les autres modèles européens, celle-ci se développe à partir du XVIIIème siècle. De plus, au XIVème siècle, cette classe reste secondaire. C’est au tour de la bourgeoisie polonaise de faire son entrée. Celle-ci est particulièrement difficile à étudier car à l’époque avait lieu un important brassage des bourgeois allemand-juif, et polonais. La bourgeoisie est sous oppression lorsque la Pologne perd son indépendance mais cela n’empêche pas une relativement lente émergence d’un sentiment de classe. La bourgeoisie italienne, quant à elle, à partir de 1880 devient la classe politique dominante par excellence car l’administration étatique centralisée limitait le pouvoir socio-économique de la noblesse. Cette situation a été favorisée par des facteurs politiques internes et externes qui ont permis un changement radical de la société. En fin de seconde partie, les différentes mœurs bourgeoises sont décrites. En particulier le sens de l’honneur qui dicte les comportements de la haute société bourgeoise. Ce que l’on peut appeler la basse bourgeoisie est moins concernée par ce sens de l’honneur. Il peut être définit par un ressenti qui a à voir avec l’éthique personnelle et le sentiment du devoir, selon les conceptions propres à son groupe. Il est susceptible de déterminer une conduite, un comportement social. L’honneur dans la bourgeoisie est davantage rattaché à la famille. Le terme d’honneur a une connotation archaïque aujourd’hui, cependant c’est à l’époque qu’il prenait tout son sens. Il constituait une particularité nationale notamment en Angleterre.
La troisième et dernière partie (chapitre 9 à 13) est centrée sur une comparaison détaillée des modèles de bourgeoisie française et allemande. Tout d’abord nous apprenons que la bourgeoisie française était le modèle de référence de ce type de classe en Europe. En effet, il était admiré et considéré comme l’avenir de la bourgeoisie allemande. Cependant les conflits sociaux sont différents en France et en Allemagne au XIXème siècle ce qui amène à des évolutions diverses de chacun des modèles. Un des majeurs aspect qui les différencient est le pouvoir politique de la noblesse qui est beaucoup plus important en Allemagne. En conséquence, cela laisse moins d’ouverture politique à la bourgeoisie, celle-ci manque alors d’homogénéité. Ensuite, l’ouvrage distingue la petite et la grande bourgeoisie en France et en Allemagne à la fin du XIXème siècle. Leur principal point commun se trouve dans la possession de moyen de production. La distinction est alors visible dans l’importance du travail manuel, la taille de l’entreprise et au niveau de propriété. Ces facteurs ont une incidence sur le niveau d’indépendance qui distingue les deux types de bourgeoisies. Les valeurs bourgeoises restent similaires, cependant les questions sociales et la « bonne conscience bourgeoise » n’atteignaient pas la petite bourgeoisie. Le statut juridique de la femme dans la société bourgeoise est également étudié. En effet, il était courant pour les bourgeois de discuter du rôle restreint des femmes, de leur exclusion sociétale, politique et juridique. Pour finir, le dernier chapitre est consacré à une étude des théâtres français et allemands. Le théâtre est alors défini comme une réelle institution culturelle qui prend un rôle d’espace public au milieu du XIXème siècle. Il permet une efficace communication (ou dichotomie) entre l’Etat et la société.

Les bourgeoisies européennes au XIXème siècle est un ouvrage particulièrement complet issu d’une monumentale étude. Il rend admirablement compte du rôle qu’a pu tenir une classe de cette ampleur dans le développement des sociétés européennes à cette époque et les moyens mis en œuvre pour construire une telle identité collective. Cependant, à la lecture du livre, il peut être déstabilisant que chaque chapitre soit écrit par des auteurs différents. Les styles d’écritures sont différents, il arrive qu’il y ai des répétitions. Aussi, cela crée des césures entre chaque partie ce qui délie le discours. En outre, cela apporte à la nature de l’ouvrage une caractéristique remarquablement enrichissante.

Voir en ligne : Compte rendu de l’ouvrage

Partager

Commenter

TAGS

EN IMAGES

Prototype de salle de rédaction du futur The day after tomorrow, Roland EMMERICH (2004) "Gated Community" La Chambre des Communes canadienne La Culture Le premier jour bis

Visiteurs connectés : 10