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Pratique de la prostitution:regard croisées entre régulation socioéconomique et rejet des normes

Commentaire de l’article de Louis Roger KEMAYOU, François GUEBOU TADJUIDJE et Marie Sophie MADIBA

jeudi 27 avril 2017, par Joséphine

PHILOSOPHIE POLITIQUE

Pratique de la prostitution:regard croisées entre régulation socioéconomique et rejet des normes, Louis Roger KEMAYOU, François GUEBOU TADJUIDJE et Marie Sophie MADIBA

La prostitution, aussi appelé le plus vieux métier du monde est un thème de grande polémique aujourd’hui. « Pratique de la prostitution : regard croisés entre régulation socio-économique et rejet des normes » est un article universitaire tirée de la revue « Pensée plurielle » datant de 2011. Cet article traite de la prostitution et de la place que cette activité occupe dans la société. Cette étude pluridisciplinaire mobilisant la sociologie, l’économie, la communication et l’anthropologie, est d’abord centrée sur un phénomène camerounais. La recrudescence de l’activité prostitutionnelle au Cameroun est significative d’une manifestation en réalité plus vaste. De quelle manière cet article, en traitant de la perception de la prostitution, parvient-il à démystifié une figure telle que la femme prostituée ?

Du latin prostituere, le mot prostitution se rattache aux significations de pro et statuere, alors il renvoie au concept de sphère publique, soit une activité hors de la sphère privée. Ce n’est qu’au XIXème siècle que le mot prostitution désigne une personne qui vend des services sexuels. L’article étudié ici dégage une volonté particulière de connaître et comprendre par le biais d’un contexte sociétal spécifique l’activité prostitutionnelle. Afin de pouvoir traiter et solutionner le phénomène, les auteurs nous livrent une étude précise de la prostitution menée par une éthnométhodologie dans plusieurs quartiers de la ville de Douala, la capitale économique du Cameroun.
Tout d’abord, les auteurs nous présentent les principales formes de prostitution. La prostitution est présentée comme une activité à plusieurs facettes. On apprend d’abord que la prostituée est largement reconnaissable à l’aide de différents codes vestimentaires et physiques. Le maquillage extravagant, le port de couleurs vives et de coiffures particulières, tout ces caractères sont distinctifs d’une personne qui se prostitue. Les chercheurs et auteurs de l’article répertorient alors deux formes de prostitution diverses. Premièrement, la prostitution sédentaire est présentée. Ce type de pratique désigne une activité se déroulant dans des lieux déterminés et identifiables. La rue, les poteaux des trottoirs, les rez-de-chaussées d’immeuble ou encore les différents bars et snacks sont les principaux lieux de la prostitution sédentaire. Ensuite, la deuxième forme de prostitution est rapidement exposée au lecteur. Il s’agit de la prostitution de luxe. Contrairement à la précédente, celle-ci n’est pas rattaché à des lieux précis. C’est une forme de prostitution itinérante, moins identifiable. Elle relève plus particulièrement d’un niveau de vie relativement élevé.
Ensuite, il est également possible de remarquer que l’article expose certaines justifications de cette activité prostitutionnelle qui dérange. Le phénomène de la prostitution tente d’être expliqué par les auteurs afin qu’il soit bien compris de tous. On peut analyser différentes motivations qui encouragent certains individus à se prostituer. C’est principalement la question économique qui se dégage de cette recherche exercée directement sur des personnes concernées. En effet, les auteurs parlent d’envisager la prostitution comme une « stratégie de survie » (page 13) pour les personnes qui exercent ce métier. La majorité des prostituées interrogées affirment qu’elle ce sont tournées vers ces pratiques par « faute de mieux ». Il s’agirait alors d’un choix de dernier recours. Cependant, on peut se demander pourquoi les auteurs ne parlent alors pas des autres facteurs qui peuvent motiver une personne à se prostituer. Selon moi, l’article n’appréhende qu’une motivation qui justifie que certaines personnes se prostituent. En revanche, celles-ci peuvent être diverses même si la justification économique reste principale.
De plus, la point de vue adopté par les auteurs semble quelque peu confus. Tout au long du texte, la position argumentative reste floue. Il est compréhensible qu’elle ne soit pas tranchante, cependant, il me semble difficile de juger cet article et d’y réfléchir de manière poussée. En effet, quelques contradiction sont à relever. Au début de l’article, il est affirmé que la prostitution au Cameroun fait partie intégrante de la société et que la perception de la pratique est petit à petit modifiée vers une meilleure acceptation. Ensuite, la prostitution est décrite comme s’exerçant loin des normes sociales locales et que cette pratique était victime d’un important mépris général ainsi que d’injures. Cette contradiction est représentative d’un sujet extrêmement difficile à traiter.

Cet article exprime une volonté d’appréhender et de comprendre le sujet délicat qu’est la prostitution dans le contexte de son appartenance à la société.
Il est effectivement primordial de connaître les facteurs sociétaux qui encouragent un tel phénomène à s’étendre. La prostitution, à Douala comme ailleurs, est une activité contraire aux moeurs camerounais. Elle ne respecte pas les valeurs qui représentent le pays. Cependant, les auteurs sont clairs sur le fait que c’est cette même société de valeurs qui est le facteur principal d’une telle activité prostitutionnelle. Tout d’abord, l’industrialisation est considérée comme facteur. Par le biais de construction abondante de ville là où n’existait aucune tradition urbaine, de nouveaux rapports entre individus s’instaurent. L’exemple de Douala choisi par les auteurs est représentatif car sa configuration urbaine particulière ainsi que son insuffisance au niveau de la gestion de la ville encouragent l’évolution de la prostitution. De plus, la mondialisation, prédispose aux brassages des populations d’origines culturelles diverses. Alors, les auteurs expliquent que le « socle socio-culturel » change. Ensuite, la forte activité touristique de la ville de Douala amène à en faire un haut lieu de la prostitution. Aussi, les nouveaux moyens de communication et d’informations ont changé la donne et ont participé à accentuer la prostitution par le biais des réseaux qui n’ont désormais plus de frontières. Le contexte médiatique, les programmes qui traitent largement d’argent et de sexualité dans la société dans laquelle la prostitution prend place contribue également à l’épanouissement de l’activité.
En plus d’être en voie de large expansion, la perception de l’activité est simultanément en train d’évoluer. L’évolution de l’activité en elle-même donne lieu à une nouvelle perception de celle-ci. Aujourd’hui, nous sommes face à une banalisation de la prostitution. Elle est plus ou moins régulièrement perçue par chaque personne. Elle ne choque plus désormais. Mais comment est-elle comprise ? L’article nous apprend que la prostitution est perçue de deux manières différentes par la société. Premièrement, l’activité prostitutionnelle ou le recours à celle-ci est assimilée à « un palliatif à une perversion sexuelle qu’on ne peut satisfaire dans une relation amoureuse normale avec sa compagne de tout les jours » (à la page 12). Est-ce réellement l’explication principale d’un phénomène vieux comme le monde et en véritable expansion actuellement ? L’autre façon dont est comprise la prostitution par la société est comme un « exutoire pour les couples en conflits », soit une sortie de secours pour les situations amoureuses difficiles. Une fois de plus, il me semble que est appliquée une généralisation de la vision adoptée par la société de la prostitution. Une majorité se retrouve dans ces deux appréhensions de la prostitution. Cependant, les raisons imaginées par la société sont largement plus diverses et elles ne sont pas mentionnées ici.
Enfin, l’article donne lieu à un élargissement du problème que constitue la prostitution. Cependant, les répercussions que peut avoir un tel phénomène sont très nombreuses et diverses. Alors, il aurait été intéressant de se pencher davantage sur ces questions. En effet, l’article ne les aborde que très partiellement. La prostitution est un problème en soi. Autour d’elle, de nombreux facteurs sont en jeu et il est nécessaire de ne pas les négliger. On peut par exemple mentionné les conséquences dramatiques sur le statut de la femme dans la société qui est particulièrement affecté par le stéréotype de la femme au service de l’homme. La prostitution est la parfaite représentation de la femme comme objet lorsque la réflexion sur le sujet n’est pas précise. La vision de la femme ainsi que le traitement exercé à son égard peut être considéré comme influencé par une image de la femme dominée par l’homme. Cependant, de nos jours on peut voir naître un phénomène particulier soit la prostitution masculine. On peut alors penser que les choses sont en train de changer. La prostitution évolue avec les avancements de son temps même si les conditions dans lesquelles elle est exercée sont majoritairement très précaires. On en arrive à une deuxième répercussion de la prostitution sur une autre facette de la société, la précarité. La précarité est le pilier de la motivation qui pousse des personnes à se prostituer. Comme nous l’avons vu précédemment, les raisons économiques sont les principales causes d’une telle expansion. La prostitution touche alors à différentes faiblesses de nos sociétés actuelles. Ensuite, la prostitution participe à un désenchantement de l’autorité des pouvoirs publics. En effet, ceux-ci ne sachant pas comment appréhender le problème, n’agisse pas de manière concrète. « Il faut réellement une sensibilisation sur la loi et une collaboration efficace avec la justice préventive car il s’agit là d’une situation qui non seulement ternit l’image de la femme et de toute la société, mais aussi celle des pouvoirs publics jugés laxistes » (à la page 12) Il est difficile de comprendre comment la pratique de la prostitution tende plutôt à faire davantage d’émules, notamment auprès de la jeunesse camerounaise en dépit des mesures prises par les pouvoirs publics dans le but d’éradiquer la pratique. Pour finir, les mœurs et les valeurs locales dans le cadre de la capitale économique du Cameroun sont réellement atteintes. La configuration et l’ampleur grandissantes des réseaux témoignent d’un rejet des normes sociales. En revanche il est possible d’affirmer aujourd’hui que la pratique prostitutionnelle est un phénomène légitimé socialement donc politiques également. Cependant, sa pratique continue d’être qualifiée par les pouvoirs publics de « désordre social » (à la page 15).

L’article « Pratique de la prostitution : regards croisés entre régulation socioéconomique et rejet des normes » permet de mieux comprendre le phénomène sociétal qu’est la prostitution et permet également aux lecteurs de comprendre que par faute de pouvoir venir à bout de ce phénomène, il faut préférer l’appréhender de manière plus concrète et précise. Cette étude nous présente la prostitution dans un cadre particulier mais tout de même plutôt représentatif du phénomène mondial. L’évolution de la perception et de l’activité en elle-même sont caractéristiques d’un phénomène qui se déclare comme modifiable. Pour conclure, je définirais cet article comme particulièrement intéressant mais je suppose que certains sujets comme les causes et les conséquences qui méritaient d’être précisément traités n’ont été que survolés. Le sujet de la prostitution reste un sujet extrêmement difficile à solutionner.

Voir en ligne : Pour aller plus loin — article entier

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