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L’etat et la culture en France au XXème siècle, POIRRIER Philippe

Fiche de lecture, Histoire Culturelle Française

mercredi 3 mai 2017, par Joséphine

FICHE DE LECTURE

L’Etat et la culture en France au XXème siècle,

POIRRIER Philippe


L’Etat et la culture en France au XXème siècle est un ouvrage historique écrit par Philippe Poirrier. Il s’agit du dernier tome de La France Contemporaine, sous la direction de Jean-François Sirinelli. Cet ouvrage est publié en 2000 dans la collection « Inédit Histoire ». En lisant cet œuvre qui retrace l’évolution de la politique culturelle au XXème siècle en France, il est possible d’en distinguer les grandes notions qui correspondent aux séparations effectuées par l’auteur. Tout d’abord le système des Beaux-Arts, suivi par l’embellie du Front Populaire. La décennie d’André Malraux au ministère de la Culture, L’entre-deux Mai, le Centre Beaubourg, les années Lang, la politique des Grands Travaux et les critiques des intellectuels sont les différentes parties du découpage de l’ouvrage. Ces parties regroupent les notions principales de cette œuvre récapitulative d’une vaste période. La dernière partie complète l’ouvrage en insérant une ouverture vers une potentielle « refondation » de la politique culturelle dans les années qui suivent la fin du XXème siècle. 1959 est souvent considérée comme la date de l’an zéro des pô culturelles publiques en France. La politique culturelle correspond aujourd’hui à toutes les actions gouvernementales, administratives et territoriales orientées vers un enjeu culturel. Nous nous demanderons, comment la culture et l’Etat ont finalement pu coexister en une institution qui nous paraît si évidente aujourd’hui ? Nous étudierons d’abord la genèse de la mise en place d’une administration culturelle. Ensuite, nous étudierons précisément les politique et les caractères de deux ministres ayant écrit l’histoire de la politique culturelle. Enfin, nous exposerons la question culturelle à différentes échelles.

II) Au XXème siècle, le ministère de la culture regroupait la tutelle des quatre beaux-arts (architecture, peinture, sculpture et gravure), la musique, la danse, le cirque, les arts de la rue, le cinéma, le théâtre, l’opéra, les arts décoratifs, les monuments historiques, ainsi que de toutes les écoles correspondantes. Quelle est la genèse de cette institution ?
1.
L’histoire de la mise en place d’une administration.
Quels sont les étapes de la création d’une telle administration et d’une intervention étatique dans le domaine culturel ?
Le poids de l’héritage de la monarchie absolue française (Louis XIII et Louis XIV)
+ la logique mécénale et la centralisation culturelle de l’Ancien Régime.
+ L’intervention de l’État dans le domaine des arts et des lettres a toujours été forte en France. Elle s’est développée durant l’Ancien Régime (avec le mécénat royal par exemple).
1664 : Création de la Surintendance générale des bâtiments du roi. C’est l’acte qui inaugure le développement administratif de la culture au sein de l’Etat.
1789-1799 : Durant la période révolutionnaire :
Emergence de l’idée d’un patrimoine nationale
Création de trois institutions culturelles : Les archives nationales, la bibliothèque nationale et le musée central des Arts.
27 janvier-28 août 1870 : Mise en place d’un ministère des Lettres, Sciences et Beaux-Art. Ses attributions sont ensuite rattachées au ministère de l’Instruction publique.
1830-1848 : Pendant la monarchie de Juillet, mise en place d’administration des Monuments Historiques dans une logique de civilisation nationale en construction. En 1848, le nouveau régime met en place une administration unifiée des Beaux-Arts dans le cadre du ministère de l’intérieur. Mais il est difficile de réunir ces deux entités : l’art et l’Etat.
1881 : Le gouvernement Léon Gambetta instaure un ministère des Arts qui ne vivra que quelques mois.
1870-1940 : La Troisième République favorise l’éducation et la diffusion, avec les bibliothèques et les musées. Est créée la Direction générale des Beaux-Arts du ministère de l’Instruction publique. L’intervention de l’Etat moderne contribue à fixer des normes culturelles à Paris et dans les provinces. Elle donne une orientation nouvelle à sa politique artistique. L’Etat se concentre sur les tâches artistiques de service publics (enseignement artistique et protection du patrimoine renforcés, les artistes acquièrent le statut d’autoentrepreneur privé) → L’Etat modifie alors ses relations avec l’artiste : il se comporte désormais comme un client parmi d’autres et moins comme un mécène. 1906 : Suppression de la censure dans les théâtres. Acte à tonalité libérale de l’interventionnisme républicain. → Conséquences : stimulation croissance et diversification du marché de l’art.
. . . Le Front populaire introduit l’éducation culturelle et artistique, mais le Parlement rejette le
ministère de la vie culturelle proposé par Jean Zay, pour unir un secrétariat d’État à l’Éducation nationale et un autre à l’Expression nationale, comprenant lettres et arts, musées, archives et bibliothèques.
Après 1918 : La Grande Guerre provoque l’instabilité ministérielle + affaiblit le pouvoir du sous secrétaire d’Etat au profit du directeur général des Beaux-Arts (Paul Léon, Georges Huisman).
Nov 1944 : Création d’une Direction Générale des arts et des lettres confiée a Jacques Jaujard. (peu efficace)
1950-1954 : Le budget de l’Etat consacré aux Beaux-Arts . Il passe de 0,17% à 0,10%. Mauvaise gestion financière → C’est une constante dans l’histoire de la politique culturelle.
L’impossible ministère : La republicanisation d’une administration fortement marquée par les pratiques monarchiques et impériales n’est pas facile.

2. Grâce à quels facteurs et dans quel objectif le ministère de la culture s’est-t-il mis en place ?
Pour un ministère à part entière :
+ Etat d’esprit qui contribue à faire du culturel un secteur d’intervention publique
+ Projets qui visent à institutionnaliser une structure ministérielle
+ Dépasser et rompre avec les Beaux Arts. (Jeanne Laurent)
→ Création d’un ministère à part entière, confié à Malraux sous De Gaulle en 1959.

Quel est l’objectif principal de ce ministère ?
La démocratisation culturelle :
Rupture avec l’Education Nationale. Cette dernière doit faire connaître, le Ministère de la Culture doit faire aimer.
Philosophie d’action culturelle qui repose sur la rencontre du public direct avec l’oeuvre d’art.
Rupture avec les Beaux-Arts → remise en cause de l’académisme et soutien aux courants d’avant-garde.

Par quels moyens l’oganigramme administratif s’etoffe-t-il ?
Les nouvelles structures se développent :
L’organisation centrale est complétée par la mise en place de :
comités régionaux des affaires culturelles en 1963
conseillers régionaux à la création artistique en 1965
directeurs des affaires culturelles en 1968
→ Lent processus de déconcentration du ministère.

Cette montée administrative se heurtent à de nombreuses inerties et résistances. Le ministère de la culture est jeune et fragile et doit affronter l’Education Nationale et les Finances pour obtenir son autonomie.

3.
Comment cette administration fonctionne-t-elle et évolue-t-elle dans le temps ?
« Pour changer la vie, il faut une nouvelle culture. »
1973 : Le nouveau PS se dote d’un projet culturel puis d’un Secrétariat National à l’action culturelle animé par Dominique Taddéi.
1974 : Ce secrétariat élabore un texte général « Orientation générale d’une politique d’action culturelle ».
Un glissement de la démocratisation culturelle à la démocratie culturelle est clairement exprimé.
Les bases de la doctrine socialiste et qq propositions d’actions sont exposées : élargissement de la culture, la démocratisation pour tous, une décentralisation issue de la base, la création d’un grand ministère de l’action culturelle,ect.
Ce secrétariat est composé de certains énarques militants comme Catherine Tasca, Jerome Clement, Michel Berthod ou encore Bernard Faivre d’Arcier.
. . . Pdt cette période, la rue de Valois acceuille successivement neuf locataires. (E. Michelet, A. Bettencourt, F Giroud, M d’Ornano et A. Peyrefitte...). Deux ministres surtout ont su donner un souffle nouveau à la pô culturelle de l’Etat : Jacques Duhamel (volonté d’une pô libérale et interdisciplinaire de développement culturel) et Michel Guy.

Le secrétariat national de l’action culturelle est dissous après le congrès anti-rocardien de 1979 à Metz.
Mais surtout, par qui est incarné la politique culturelle française au XXème siècle ?

II)
Deux ministres en particulier ont écrit l’histoire de la politique culturelle française. Il s’agit d’André Malraux et de Jack Lang. Dans quelles mesures ces intellectuels, grand complice de leurs présidents, ont-ils menés leur politique culturelle chacun de leur façon ?
1.
Georges André Malraux est un écrivain, un homme politique et un intellectuel français. né le 3 Novembre 1901 à Paris et mort le 23 Novembre à Créteil. Il est considéré comme le véritable inventeur de la pô culturelle à la période contemporaine.
8 Juillet 1958 : Malraux est chargé de « la réalisation de divers projets et notamment de ceux ayant trait à l’expansion et au rayonnement de la culture française. ».
22 juillet 1959 : Marlaux reçoit le titre de ministre d’Etat chargé des affaires culturelles.

BILAN de la pô de Malraux : Non seulement spécialiste des affaires culturelles, André Malraux s’est mis au service du pouvoir et de la France. Cependant, Malraux se retire de la vie politique en même temps que Charles de Gaulle en 1959. Les divers changements effectués par Malraux ont conduit à une triple rupture qui marque l’histoire de la politique culturelle française :
→ Education Nationale
→ Education populaire
→ Beaux-Arts
Bilan contrasté de Malraux aussi brillant par certains aspects que décevants par d’autres. Il a tout de même joué un rôle fondateur.
2.
Jack Lang, né le 2 Septembre 1939 dans les Vosges, c’est un homme politique français. Il a été à la tête du ministère de la culture de mai 1981 à mars 1993. Il est aujourd’hui président de l’institut du monde Arabe depuis 2013.
Jack Lang est nommé délégué national à la culture en et assume la charge du secteur culturel avec dynamisme. En 1981, il est nommé ministre de la culture, poste qu’il conserve sous les deux septennats de F. Mitterand. Jack Lang orchestre le soutien des mondes de l’art à la candidature du président avec lequel il a des relations privilégiées. Jack Lang traduit dans les domaines culturels la volonté de peser sur le devenir de la société. Sa gouvernance aux affaires culturelles marque quatre grandes ruptures :
1ère rupture : Une rupture quantitative. Dès 1982, le budget de la culture double et passe de 3 à 6 milliard de francs. Sur le long terme, cette rupture est capitale. Elle permet au ministère de la culture de passer à un autre niveau d’intervention.
2ème rupture : Une rupture de la démocratisation culturelle. Cette dernière s’efface au profit du libre épanouissement individuel par la création dans une logique de respect des cultures régionales et internationales. + Reconnaissance des pratiques culturelles jugées jadis comme mineures ( le jazz, le rock, la BD, la mode, le rap ou même le tag). Place mieux assurée de la culture dans la société contemporaine.
3ème rupture : Une rupture de la considération économique. Prise de conscience par le gouvernement de l’importance des industries culturelles. Culture désormais considérée comme une véritable activité économique. L’aide aux entreprises culturelles constituent l’une des priorité de la pô menée sous Lang. Elles permettent de soutenir plus de 230 entreprises culturelles. De nombreuses mesures fiscales contribuent au soutien du marché de l’art.
4ème rupture : Une rupture administrative. Une admin renforcée. L’admin culturelle s’est bcp modernisée (effectif augmenté, professionnalisation du monde culturel) + les établissements culturels développent de plus en plus d’activités marchandes.
5Ème rupture : Une rupture de logique. Lang met en place une logique de l’audimat. Le ministère, plus qu’auparavant, mène de très nombreuses mesures pour rendre visible son action. Communication omniprésente, rassemblement unanimiste à caractère festif, effet d’annonce, recherche médiatique. → succès public incontestable.
La limite : La démocratisation. La culture pour tous et par tous a sans doute fragilisé les fondements théoriques de la pô du ministère et permis la montée en puissance des critiques car cette culture avant tout médiatisable a contribué à masquer les actions en profondeur.

III) Quels sont les acteurs de la politique culturelle du XXème siècle ?
L’évolution de la culture au sein de l’Etat donne naissance à un nouvel enjeu politique à l’échelle nationale comme à l’échelle municipale.
1. Au XXème siècle, l’intervention de l’Etat dans le domaine de la culture est croissante. Ce livre a pour objectif d’en retracer les jalons et d’en dresser des bilans successifs. De nombreuses interventions étatiques se manifestent au sein de la capitale visant à combler l’Etat et l’art vivant :
– Notamment de prestigieuses institutions culturelles : L’Opera de Paris (C. Garnier) en 1875, le Musée national d’art moderne en 1947, Création de la catégorie des salles d’art et d’essai en 1961, Loi qui accorde aux artistes peintres/sculpteurs/graveurs de bénéficier de l’assurance maladie, maternité et décès du 26 Septembre 1964, Direction de l’Architecture en 1966, Centre National d’Art Contemporain en 1967, Création de la Direction du Livre en 1975, Le centre Beaubourg en 1977, Le Grand Louvre le 18Novembre 1993, la Bibliothèque Nationale de France le 30Mars 1995.
+ Les projets du musée d’Orsay, de la Cité des Sciences ou encore l’Institut du monde arabe sous VGE.
Les Présidents et leurs politiques culturelles :
« L’art […] est le cadre de la vie ou devrait l’être ». GEORGES POMPIDOU. Il prône la modernité. Il est convaincu qu’il doit tenir son rôle dans le domaine culturel.
Une configuration d’un l’Etat « ami des arts » qui va marquer durablement la pô culturelle de la 5ème Rep
Souhait de redonner à Paris un rôle de carrefour international dans les domaines culturels et artistiques
Volonté de s’ouvrir à l’art le plus contemporain
Le décès du Président en avril 1947 fragilise cpdt les projets (BNC et Beaubourg), mais le premier

« Là est une des énigmes giscardiennes. Cette intelligence pointée de façon si aiguë sur les problèmes de notre temps[...] sera passée à côté du phénomène culturel. » VALERY GISCARD D’ESTAING.
Net retour au classicisme
Désintêret pour une large part de la politique culturelle.
Une libéralisation de la société française qui ne passe pas par une pô culturelle.
Modeste place à la culture institutionnalisée qui se traduit par un affaiblissement financier et structurel du ministère .

FRANCOIS MITTERAND. Le ministère de la culture a su conforter son ancrage au sein des structures gouvernementales.
Il marque, non sans débats et polémiques, son empreinte dans le paysage culturel.
Il instaure une pô des ’Grands Travaux’ (Opera Bastille, BNF et Grand Louvre)

– L’heure des partis politiques. Les années 70 assistent à une autre inflexion d’envergure. Désormais les partis pô de gauche s’approprient la question des pô culturelles. Jusqu’alors seul le PCF possédait un discours théorique cohérent à ce sujet ( la culture, trésor accumulé des créations humaines doit être partagée par tous). Le PCF privilégie l’acte créateur.
1972 : Elaboration d’un programme commun de gvt entre le parti socialiste et le mvmt des radicaux de gauche → Une véritable dynamique politique est mise en place. La troisième partie du programme commun inclut les questions culturelles sous la rubrique emblématique ’Changer la vie’. Sur ce terrain la concurrence avec le PS se fait plus vive. La pô culturelle devient alors propre aux différents partis. Ce phénomène est lié à celui de la prise de conscience des questions culturelles dans les villes.

2. Comment les collectivités locales prennent-elles de l’importante sur le plan culturel ? Quelles en sont les conséquences ?
Le rôle incitateur de l’Etat se conjugue avec les collectivités locales (abrégées ’CL’).
Les points d’ancrage de la vie culturelle dans les villes de provinces :
Développement des musées à l’échelle municipale → construction identitaire de la ville + mise en avant de la notoriété culturelle affichée
Théâtre municipal (il reste important pendant l’Entre-deux guerres durant lequel l’institution muséale .) Après 1945, pô théâtrale visant à une réappropriation populaire de la culture qui sera surtout efficace à Paris.

Innovations :
Modernisation dans le domaine des bibliothèques avec des « lectures publiques », des bibliobus + lancement des bibliothèques centrales de prêt dans le cadre départementale
Sous Malraux : chaque région musicale doit avoir son conservatoire, son orchestre, son théâtre lyrique et son animation
Les maisons de la culture (=lieu de contact entre le public et les chefs d’oeuvres) → collaboration entre l’Etat, les CL et les artistes. → prise de conscience des questions culturelles par les villes même si ce projet est un échec relatif.
Un critère important : l’environnement urbain des villes. Ce sont les villes-centres d’agglomérations qui disposent des plus nombreux équipements, qui ont le budget le plus important et qui offrent une animation multiforme.
Le volontarisme municipale reconnu sous le ministère Duhamel : « la pô culturelle ne peut être le fait de l’Etat seul ; un rôle capital revient aux collectivité locales ».
La culture devient un enjeu à l’échelle municipale et les pô culturelles se diversifient.

. . . Fin des années 90 : La crise économique devient insoutenable, des difficultés budgétaires touchent le budget des villes et remet en cause le volontarisme municipal dans le domaine culturel.

Pour conclure, il est possible d’affirmer que le caractère instable de l’histoire de la politique culturelle publique qui a trouvé ses racines dans les institutions de l’Etat français au XXème siècle est finalement entré dans la conscience collective. A l’époque contemporaine, les contestations et les remises en cause de la culture entre les mains de l’Etat étaient souvent virulentes notamment lors de la politique des Grands Travaux ou encore concernant les politiques culturelles publiques à l’échelle municipale qui étaient considérées au seul profit de la bourgeoisie. Cependant, la politique culturelle est aujourd’hui pérenne et conserve une grande importance notamment dans un contexte nouveau de société mondialisée.

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