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BBM, Bienveillance et Bonnes Manières

samedi 20 août 2011, par Millie Servant

Femme de Lettres et femme de l’être, elle a toujours un mot pour nos maux.

Elle s’appelle Brigitte Buffard-Moret, elle a donné naissance à notre formation et s’est ainsi inventée notre mère à tous.

Millie : Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Brigitte Buffard-Moret : J’ai un parcours qui montre que tous les chemins mènent à… Sciences Po ! Je suis une ancienne élève de l’Ecole Normale Supérieure de Jeunes filles, du temps où l’Ecole de la rue d’Ulm n’était pas mixte et où les demoiselles étaient dites « sévriennes » ; je suis agrégée de lettres classiques et après 11 ans de bonheur en tant que professeur de collège, j’ai fait une thèse puis une habilitation par lesquelles je me suis spécialisée dans la chanson des poètes du XIXe siècle : mon ouvrage d’habilitation a d’ailleurs reçu en 2007 un Prix de l’Académie française et mon nom a été proclamé sous la Coupole, ce dont je ne suis pas peu fière ! Mais, vous le voyez, tout cela est bien loin du parcours Sciences Po… en même temps que, vu cet éclectisme, il n’était pas si étonnant que cela que j’aie envie de tenter une nouvelle expérience !

Comment est née l’idée de la création d’une « Licence de Lettres - Parcours renforcé Sciences-Politiques » ?

On se lamente souvent de ce que les études de lettres n’attirent plus d’étudiants. Lorsque le doyen de l’époque m’a parlé de la modification des modalités d’entrée à l’IEP Paris (on n’y entrait plus après une année à l’université, mais on pouvait y accéder au niveau master), l’idée d’un cursus universitaire avec sélection m’a semblée innovante et propre à attirer des étudiants. Les quelque (adverbe donc pas d’s !) 200 dossiers que j’ai examinés chaque mois de juin pendant 3 ans m’ont montré que je n’avais pas tort…

Comment crée-t-on une telle filière au sein de l’Université ? Quels éléments vous ont paru essentiels pour former ce parcours ?

Il faut tout d’abord être une petite équipe à y croire car l’idée d’une sélection au sein de l’université ne va pas de soi dans le monde universitaire. Il faut aussi dans l’équipe combiner des talents variés : de la diplomatie, de l’esprit d’entreprise, une connaissance sans failles des rouages administratifs, et puis l’envie de consacrer beaucoup de temps à la construction d’un tel parcours.

Il faut en effet, pour la directrice du parcours, réunir une équipe pédagogique variée, avec des collègues qui n’enseignent pas que les lettres puisque sont proposés des cours d’histoire, de droit, de sociologie, de philosophie, de langues, d’économie, de cinéma et même des conférences de médecine ! Il faut disposer d’un certain réseau pour pouvoir offrir aux étudiants des rencontres avec des conférenciers venant du monde de l’entreprise, de la grande administration, de l’audio-visuel, du monde politique, médical… Il faut de la patience pour surmonter tous les obstacles matériels inhérents à une telle création.

Il faut aussi épauler les étudiants tout au long de leurs années d’études, être à leur écoute pour améliorer sans cesse la formation, leur offrir de nouveaux cours, une bonne préparation à l’oral, de bons stages en entreprise, des possibilités variées de séjours dans des universités étrangères : je suis allée ainsi avec une collègue négocier un accord avec King’s College à Londres et le séjour dans cette université a enchanté les étudiants qui ont pu en bénéficier…
J’ai eu la chance d’avoir autour de moi, tant pour la construction du parcours que pour sa gestion, des collègues de talent : je pense notamment à mon collègue Jean-Paul Sanfourche, ancien directeur d’IUFM, très au fait de tout ce qui était administratif, sans qui je n’aurais pas osé entreprendre ce travail titanesque, et à tous les collègues qui ont créé des cours spécialement pour le parcours. Et puis j’ai bénéficié de l’appui des personnels administratifs qui mettaient toute leur énergie pour que tout fonctionne : je pense en particulier à la secrétaire, Laurence Chevalier, qui savait elle aussi écouter les étudiants et qui trouvait toujours des solutions à tout, ainsi qu’à la gestionnaire administrative, Rosine Chaignaud, qui s’ingéniait à trouver toutes sortes d’équipements et de financements…

Y-a-t-il eu des obstacles à l’établissement de la convention avec Sciences Po Paris ? Si oui, lesquels ?

Non car là aussi j’ai eu des interlocuteurs remarquables tant à l’antenne Sciences Po de Poitiers qu’à l’IEP Paris : il y a eu bien sûr Richard Descoings mais aussi mon premier interlocuteur, Laurent Bigorgne, à cette époque directeur de la scolarité, dont Le Monde a fait un beau portrait dernièrement, homme d’écoute exceptionnel, qui a beaucoup contribué au succès de l’entreprise…

La formation une fois créée a-t-elle correspondu au projet initial ? Si non, quelles ont été les différences ?

Il faudrait peut-être plutôt poser la question aux étudiants pour savoir si eux sont heureux de ce qu’ils ont trouvé durant leurs 3 années d’études ! Mais si j’en crois ce que m’ont écrit ou dit ceux de la 1e promotion à la fin de leur licence, ils sont contents de ce parcours un peu particulier : il a quelque chose des classes préparatoires en ce qu’il demande un travail intensif et qu’on est dans une véritable classe où règne un esprit solidaire, me semble-t-il, mais il reste universitaire, c’est-à-dire qu’il y souffle un plus grand vent de liberté et d’espace que dans les classes préparatoires… Et puis les 1e promotions ont eu le privilège de contribuer à l’élaboration du parcours, de voir leurs suggestions en partie écoutées et d’être particulièrement bichonnées !

Si vous deviez choisir trois mots pour définir la formation, quels seraient-ils ?

Je vais un peu tricher en choisissant 3 groupes de mots ! Je dirai que la force de cette formation est qu’elle est ouverte sur de nombreuses disciplines, sur le monde géographique (par le semestre à l’étranger) et sur le monde économique (par le stage).

Le mot de la fin ?

Egoïstement, je dirais que pour moi ce fut une très belle expérience professionnelle, et je suis heureuse d’avoir pu montrer qu’une licence de lettres ouvre les portes d’univers aussi variés que passionnants, puisque 6 étudiants de la 1e promotion ont été reçus dans des masters prestigieux de l’IEP Paris, et que tous les autres ont également trouvé des masters qui leur convenaient, dans d’excellentes universités : leur dossier à chaque fois a retenu l’attention, preuve que les études de lettres contribuent à façonner des têtes bien faites !

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