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Figure de Mai 68 : Alain Geismar

Biographie

mardi 25 avril 2017, par Mathilde Renaud


De gauche à droite : Alain Geismar, Jacques Sauvageot et Daniel Cohn-Bendit

Alain Geismar est né le 17 juillet 1939 à Paris, dans le 16e arrondissement.
Après des études au lycée Carnot à Paris, Alain Geismar suit les cours de l’École nationale supérieure de la métallurgie et de l’industrie des mines de Nancy. Il rejoint l’Université de Paris-VII Jussieu en 1963 comme assistant. C’est en 1965 qu’il devient le secrétaire général adjoint du Syndicat national de l’enseignement supérieur (SNESUP), qui représente l’opposition à l’orthodoxie du PCF, avant d’en prendre la tête deux ans plus tard.
Le 3 mai 1968, à la suite de l’intervention policière à la Sorbonne le SNESUP rejoint le mouvement de protestation des étudiants. Alain Geismar est un des principaux dirigeants du soulèvement étudiantaux côtés de Daniel Cohn Bendit et Jacques Sauvageot.
Alain Geismar avoue cependant "ne jamais avoir rêvé d’être révolutionnaire" et être entré en révolte presque par accident.

Le sursaut gaulliste du 30 mai – un million de manifestants sur les Champs-Elysées pour soutenir le Général de Gaulle – et l’écrasante victoire aux élections législatives qui suivit la dissolution de l’Assemblée nationale. a marqué un tournant dans la vie politique de Geismar, celle de la Gauche prolétarienne, formation poursuivant le combat politique de Mai et préparant aussi une lutte armée jugée alors imminente.
Alain Geismar en est la figure emblématique aux côté de Benny Lévy.
La Gauche Prolétarienne ou GP est une formation maoïste dite spontanéiste (du courant politique Mao-spontex. Elle se dit hériter du mouvement du 22 Mars et de l’UJC (union des jeunesses communistes marxistes-léninistes). Le journal La Cause du Peuple, est sa ligne éditoriale.
La GP n’est cependant pas une organisation communiste au sens strict : il y a une direction qui décide de tout hors de la base, celle-ci n’étant pas formellement membre de l’organisation. La démarche est purement mouvementiste. La Gauche Prolétarienne finit d’ailleurs par s’opposer régulièrement au PCF.

LE GP procède notamment à une relecture des événements de Mai 1968 au crible de la Grande Révolution Culturelle Prolétarienne, laquelle reprend la terminologie maoïste de la "guerre de partisans". Les maoïstes français instrumentalisent la « révolution culturelle » chinoise qu’ils présentent comme une révolte spontanée de jeunes gardes rouges partis à l’assaut de l’appareil d’État et du Parti communiste présentés comme corrompus par la bureaucratie.
Selon l’idéologie d’Alain Geismar, la spontanéité révolutionnaire des masses françaises a été brisée par la stratégie des appareils, "révisionnistes », et il fait des allusions directes à la période de l’occupation, au fur et à mesure de l’extension des actions violentes de la GP parallèle à la répression à l’égard des militants.

En effet dès sa création, le thème de la violence révolutionnaire est au centre de la problématique de la Gauche Prolétarienne : Alain Geismar, un des auteurs du livre Vers la Guerre Civile1, publié début mars 1969, souligne que le pouvoir de domination de la bourgeoisie est menacé de destruction par la force politique qui a émergé de Mai 1968.

Mais à cause de ses nombreuses actions violentes (attaques au cocktails Molotov, séquestrations de patrons d’entreprises…) La Gauche prolétarienne est officiellement interdite (par les lois Marcellin) le 27 Mai 1970 mais Alain Geismar continue son action à travers le journal La Cause du Peuple.
A cette époque, il recherche le soutient d’intellectuels et prend alors contact avec Jean-Paul SARTRE, pour proposer la direction de publication du journal.
Il formera aussi un « Secours Rouge » créé sur le modèle de l’organisation émanant du Komintern pour assurer la défense politique et juridique des victimes de la répression comme les deux directeurs de la Cause du Peuple, Jean-Pierre Le Dante et Michel Le bris. Des manifestations violentes ont lieu le jour de leurs procès et Alain GEISMAR est recherché. Il se cache alors dans un appartement parisien, mais il est arrêté le 25 juin 1970.

Il fera l’objet de deux inculpations successives 
- la première pour "provocation directe suivie d’effets à des violences ou voies de fait envers les agents de la force publique".

  • la deuxième pour reconstitution de ligue dissoute.

Il est condamné à 18 mois de prison ferme. Après cela Alain Geismar reste très discret jusqu’en 2008 où paraît son livre « Mon Mai 68 ». Il admet avoir traversé à l’époque une période de dérive politique, d’aveuglément idéologique qui frôla le terrorisme. Période qui s’acheva avec "l’expérience d’auto-gestion des Lip" : c’est alors que lui et Benny Lévy, , décidèrent en 1973 de dissoudre une organisation qui venait de faire la preuve de son inutilité.

Il fut par la suite, entre autre, membre du comité national du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et inspecteur général de l’Éducation nationale (1990), conseiller chargé de l’éducation, l’université et la recherche, auprès du maire de Paris Bertrand Delanoë jusqu’à sa retraite, en juillet 2004.
Il est actuellement maître de conférences à l’Institut d’études politiques de Paris.

Un parcours plutôt paradoxale...

Ouvrages :

  • La révolte étudiante : les animateurs parlent (avec Jacques Sauvageot et Daniel Cohn-Bendit), présentation d’Hervé Bourges, Éditions du Seuil, collection « L’histoire immédiate », 1968
  • Vers la guerre civile (avec Serge July et Erlyn Morane), Éditions et publications premières, collection Stratégies, Denoël, 1969
  • Pourquoi nous combattons. Déclaration d’Alain Geismar à son procès (20, 21 et 22 octobre 1970), Paris, Maspero, 1970
  • Minutes du procès d’Alain Geismar, préface de Jean-Paul Sartre, Paris, France, Editions Hallier, Documents
  • L’Idiot International, 1970
  • L’engrenage terroriste, Paris, France, Fayard, 1981

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Couverture de "La femme qui tremble : une histoire de mes nerfs", (...) Michel Foucault

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