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Raoul Vaneigem, le "visionnaire oublié"

vendredi 7 avril 2017, par Léa Michaud

Raoul Vaneigem est un écrivain, philosophe et militant révolutionnaire belge, fils de cheminot. Il est né le 21 mars 1934 à Lessines, ville ouvrière dans laquelle il grandit. La lutte de classes y semble particulièrement combative et se confond avec la vie quotidienne à travers les bistrots et les fêtes. On retrouve d’ailleurs ce mélange entre fête et politique dans le reste de son parcours.
Il étudie la philologie à l’Université libre de Bruxelles entre 1952 et 1956 et devient par la suite professeur à l’Ecole Normale de Nivelles. Nostalgique de Paris où il se rend régulièrement, il converse avec Henri Lefebvre qui le met en contact avec Guy Debord qu’il rencontre en 1961, même année que la diffusion de sa chanson La vie s’écoule, la vie s’enfuit. Se tisse alors une amitié singulière entre les deux personnages. Le jeune belge découvre dans ce contexte le mouvement situationniste qui se développe pour « expérimenter la vie libre à travers la lutte organisée contre le capitalisme ».

Mais il trouve les situationnistes trop théoriciens et pense que leur revue s’apparente à un bulletin intérieur qui ne propose pas vraiment de piste pour l’action révolutionnaire. Entre 1960 et 1961, éclate une grève générale en Belgique en opposition au programme d’austérité du gouvernement de droite de Gaston Eyskens. Raoul Vaneigem décide alors d’intégrer l’Internationale Situationniste (IS). Dans l’ouvrage Banalités de base (1995), il s’attache à décrire la dimension humaine de ce mouvement révolutionnaire avec l’amitié, l’humour et les discussions arrosées. Il énonce ainsi : « L’aspect poétique et humain de nos relations a sans doute constitué la base la plus radicale de l’Internationale Situationniste, celle qui, aujourd’hui encore, résiste à la conjuration de la confusion et du chaos ». L’IS, à l’image de Vaneigem, insiste également sur l’importance de la poésie et de la créativité dans la perspective d’une critique radicale de la vie quotidienne.
L’IS s’appuie sur les écrits de Marx qui propose une analyse critique de l’idéologie et de l’aliénation. Le journal Le Monde énumère comme cibles des situationnistes : L’Église et la société bourgeoise, l’Université, les professeurs, les étudiants, le léninisme et la révolution chinoise. Le refus du travail reste un élément-clé de l’Internationale Situationniste ainsi que le refus du sacrifice, du paraître et du spectacle. Mais c’est bien la perspective de libération amoureuse et sexuelle qui choque le plus l’extrême droite.

En 1967, Raoul Vaneigem et Guy Debord publient des ouvrages dits complémentaires : le Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations pour Vaneigem, et La Société du spectacle pour Guy Debord. Raoul Vaneigem dénonce dans son livre l’aptitude de la société du spectacle à fabriquer ses mythes, à les absorber jusqu’à les rendre invisibles. Il invite alors à un « renversement de perspective », considérant que ce sont les contraintes qui empêchent la création.
L’œuvre de Vaneigem se divise en deux tendances. L’une, théorique, trouve sa justification dans l’idée que « la révolution n’est plus dans le refus de la survie, mais dans une jouissance de soi que tout conjure à interdire ». L’autre, tente de démontrer que l’esprit de la liberté et de la jouissance se rencontre dès le Moyen Âge dans le mouvement du Libre-Esprit. Cette approche est à l’origine de sa démission de l’IS, en novembre 1970, poussé par les autres membres, dont son ancien ami Guy Debord, qui lui reprochent son désistement en pleine période de troubles de l’année 1968.

Par la suite, il continue à écrire et publie en 1979 Le Livre des plaisirs dans lequel il renouvelle son invitation à une « jouissance sans entrave », qu’il présente comme une critique de la société marchande. Il dénonce de manière générale les dictatures, autant celle des bolchéviques que celle de Cuba, affirmant que toutes les révolutions ont trahi. Il publie en 1992 Lettre de Staline à ses enfants enfin réconciliés de l’Est et de l’Ouest, ouvrage dans lequel il qualifie le communisme stalinien de capitalisme d’Etat bureaucratisé. Il participe occasionnellement au journal Siné Mensuel créé par son vieil ami Maurice Sinet. Il y fait le constat que la démocratie actuelle n’est qu’un leurre et prône la démocratie directe.
En 2014, Raoul Vaneigem publie un livre d’entretiens avec Gérard Berréby Rien n’est fini, tout commence, dans lequel il revient sur sa trajectoire. Ecrivain au parcours atypique, on reconnaît à Vaneigem ses mérites : « il n’a pas eu besoin d’attendre la mort du Petit Père des peuples pour détester Staline et le stalinisme ; plus tard, il ne fut dupe ni du castrisme ni de la Révolution culturelle chinoise ». Pour certains, Raoul Vaneigem reste le « visionnaire oublié », clamant sans relâche la souveraineté de la vie sur la survie.

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