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La vénus d’Urbino...

...ou le bac littéraire ?

vendredi 24 mars 2017, par Suzie

Au cours de notre première année, Pierre Martin propose un cours d’art du discours (l’appellation langue de pute ayant été refusée). Voici un exemple d’exercice : nous devions réinterpréter un tableau fameux. Ici, la Vénus d’Urbino devient l’allégorie du bac littéraire.

Nous avons longtemps pensé que ce tableau acheté par le Duc d’Urbino représentait une Vénus. Or l’analyse de Jean-Eude de L’Aglaé, éminent spécialiste de la peinture italienne du XVIème siècle, révéla que l’œuvre est l’allégorie du baccalauréat littéraire et non celle d’une anonyme Vénus comme le crurent nombre de fins spécialistes durant des siècles.
D’ailleurs la jeune fille au premier plan illustre la bonne élève. En sa nudité repose la sensibilité à fleur de peau de l’étudiante prolifique qui aime disserter, sans pour autant rejeter la rebelle impertinence que nous devinons en la position affirmée de sa main gauche. Elle est là, reposant sur son bureau qui est son dortoir. Elle présente timidement le fruit de son travail avec le doute et l’attente de celui qui offre un bouquet de rose. Son monde est peuplé de discrètes références cachées derrière quelques métonymies. Ainsi, l’être douillet semblant être bercé par les bras de Morphée au bout de ses pieds, n’est autre que le petit chat qu’Agnès dépeint en la célèbre réplique de l’École des femmes : « Le petit chat est mort ». La sombre tapisserie tendue en retrait de la lycéenne illustre la métonymie de la philosophie via l’allégorie de l’allégorie de la caverne. Aussi, nous pouvons deviner derrière la claire crinière de l’élève, la lumière des flammes sur la sinistre paroi caverneuse identique à mille racines qui désirent infiltrer les fruits de la philosophie dans les replis de l’esprit de la jeune fille.
À l’arrière, la mauvaise élève, celle pour qui l’instruction est une option. Agenouillée telle une fidèle à la prière, elle rejette les restes de la veille surveillée, à sa gauche, par Dionysos qui se révèle à la lumière de la fenêtre au travers d’une vigne, mesquine comme l’ivresse de la disciple. Jean-Eude de L’Aglaé tient à signaler la domestique observant l’élève tel un chat jugeant l’insignifiant humain lui servant sa pitance quotidienne : avec dédain mais attention. Elle porte sur son épaule, ce que les profanes appelleraient une peau de bête ou d’ours, un large linge utile pour lustrer les expulsions matinales de la puérile noctambule autant que pour sauver les ouvrages de savoir cloitrés dans la malheureuse malle.

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