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L’immigration mexicaine aux Etats Unis

Témoignage

vendredi 24 mars 2017, par Margaux RAGGI

Aujourd’hui, la frontière entre les Etats Unis et le Mexique est faite d’une barrière en ferraille que des millions de gens tentent de traverser chaque année. Traversée qui n’a rien de facile avec des agents de la sécurité du territoire qui attendent de l’autre côté, qui cherchent les gens qui ont traversé illégalement, dans le desert ou dans les villes aux alentours. Tout est fait pour empêcher les mexicains et les habitants d’Amérique Latine en général de mettre ne serait-ce qu’un pied aux Etats Unis. Ricardo Lujan est un jeune homme de 22 ans. Il a quitté le Mexique lorsqu’il n’en avait que 8 et a accepté de partager son histoire.

Après avoir vécu au Mexique toute votre vie, qu’est ce qui a déclenché votre départ pour les Etats Unis ?

Je vivais avec mes parents et ma soeur, qui a cinq ans de plus que moi, dans la banlieue de Guanajuato. Economiquement parlant, la vie était difficile mais mes parents réussissaient toujours à s’en sortir. Lorsque j’ai eu 5 ans, c’est devenu de plus en plus dur et mon père a réussi à obtenir un visa de travail pour les Etats Unis. Il est donc parti seul. Son objectif était de nous envoyer de l’argent pour que nous nous en sortions au Mexique, et de revenir ensuite. Il n’a jamais eu les moyens de revenir. Je ne l’ai pas vu pendant trois ans. Dans les années qui ont suivi son départ, les cartels de drogue ont commencé à se développer de plus en plus. Ce qui devait arriver arriva. Un jour ma mère a ouvert la porte de notre maison et a trouvé un paquet dans lequel il y avait des membres de corps humain. C’était pareil pour tout le monde… On a clairement compris qu’il était temps de mettre les voiles.

On parle beaucoup de cette traversée comme une des plus dangereuse au monde, comment avez vous préparer votre depart ?

L’année de mes 8 ans, mon père m’a téléphoné pour savoir si j’aimerais le voir pour mon anniversaire. Evidemment j’ai dit oui ! Je pensais qu’il allait venir nous retrouver, et en voyant ma mère pleurer, j’ai compris que c’est nous qui allions faire le voyage. Il nous a été impossible d’obtenir des papiers, alors nous sommes partis. Nous avons pris l’avion jusqu’a la frontière, passé une nuit dans un motel, et un homme a fini par arriver. Il m’a séparé de ma famille et m’a emmené. Ma mère hurlait mais elle n’a rien pu faire. Je suis alors parti avec cet homme, il m’a emmené dans une voiture, puis une seconde, puis une troisième dans laquelle j’ai rencontré une famille. Une fois au poste de frontière, la jeune fille de la famille m’a demandé si je parlais anglais, j’ai répondu non. J’ai donc du faire semblant de dormir pendant une demie heure, le temps que nous nous faisions inspecter.

A cet instant le plus dur était derrière vous, comment vous êtes vous senti à l’idée de revoir votre père ?

Le plus dur était à venir en fait… Je me suis ensuite fait kidnappé par une jeune femme pendant une semaine. Elle ne voulait pas me rendre à mon père si il ne lui donnait pas plus d’argent. J’ai donc vécu dans un sous sol, avec un lit, un miroir et une télévision pendant une semaine. Elle venait m’apporter à manger une fois par jour, et me disait sans cesse « tu ferais mieux d’oublier ta famille, car eux ils t’ont oublié ». Elle me faisait regarder en boucle un film sur une petite souris qui mangeait des enfants. Je me répétais sans cesse « tu peux pleurnicher ou agir ». Encore aujourd’hui je me répète ces quelques mots, pour ne pas oublier d’ou je viens. J’ai sérieusement cru que j’allais mourir là bas. Et puis, mon père a réussi à réunir l’argent et elle m’a emmené dans une station service ou je l’ai enfin retrouvé.

Qu’est-il arrivé à votre mère et à votre soeur ?

Encore aujourd’hui, je n’en sais rien. Je sais qu’elles ont du traverser le desert, qu’elles ont été abandonnées par le passeur car ma soeur avait du diabète et était trop lente, mais c’est tout. Je n’ai jamais eu la force de leur demander de me raconter leur histoire, et je sens bien que quoiqu’il arrive, c’est quelque chose qu’elles ont envie d’oublier.

Êtes-vous maintenant protégés par le gouvernement ? Êtes-vous en mesure d’obtenir ce dont vous avez besoin pour étudier ?

L’administration Obama a mis en place un ordre exécutif nommé Deferred Action for Childhood Arrival (DACA). Cet acte stipule que les enfants scolarisés qui sont éligibles pour ce programme ne seront pas les immigrants renvoyés en priorité. Techniquement, nous ne sommes pas les criminels les plus dangereux donc ils peuvent nous garder encore un peu. Pour que nous soyons membres de ce programme, mes parents payent quelques centaines de dollars chaque année pour ma soeur et moi. Ce programme nous permet d’obtenir des bourses, notre permis et de pouvoir travailler. Malheureusement, suite à l’élection de notre récent président, il est très difficile de savoir ce qu’il va advenir de cet ordre exécutif.

Qu’entendez vous par « je me bats » ?

Et bien, depuis que j’ai 17 ans, je raconte mon histoire un peu partout. Ça a commencé chez un avocat, en présence d’un agent des services d’immigrations, d’un policier et de mes parents. J’avais peur de me faire renvoyer chez moi le jour de cet entretien. Mais non. Alors depuis, je suis allé à plusieurs reunion de congrès, que ce soit le congrès national, ou celui de l’état de Californie ou d’Oregon. Il y a quelques mois, je suis allé prononcer un discours devant le capitol, pour encourager les gens qui comme moi, se battent encore et encore. Je veux que les gens mettent un visage sur une situation, je ne veux pas être un problème parmi tant d’autre, et pour ça je dois marquer les esprits en racontant mon histoire. Si cet enfant de 8 ans a réussi à sortir de ce sous sol vivant, alors je dois pouvoir réussir à faire mettre en place des solutions. Aujourd’hui plus que jamais, je me bats pour faire comprendre la situation des immigrés illégaux de notre pays aux Américains. J’espère réussir à vaincre la haine ambiante qui est apparue suite à l’élection de Donald Trump.

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