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Paul errait nonchalamment dans la cour quand...

vendredi 31 mars 2017, par Marion Devauchelle

Paul errait nonchalamment dans la cour quand la cloche sonna. Tous les enfants se ruèrent vers la cantine. Paul, toujours en retrait, suivit le mouvement. Dans la queue on se bousculait, on se donnait des coups de coude. C’était à celui qui serait servi le premier. Comme d’habitude, Paul fut servi le dernier. Comme d’habitude, il eut un dessert différent des autres. "Le dessert des grands", plaisantait la cantinière. Comme d’habitude toutes les tables étaient prises. Excepté une. Toujours la même. Paul s’avança et s’assit, seul. Les enfants ne le regardaient pas. Lui pourtant les observait. Il guettait de son œil aiguisé leurs réactions à la vue du contenu des plateaux. Il cherchait à deviner, derrière les traits de chacun, s’ils appréciaient ou non ce qu’on leur avait servi. Il posa son regard sur le petit garçon assis à la table d’en face. Il tordait le cou pour voir si le chenapan avait touché à son repas, lorsqu’il croisa le regard de sa voisine de table. Ce qui lui fit baisser les yeux sur son propre plateau.
Dans une barquette en plastique, figurait en guise d’entrée une espèce de savon boueux, translucide et gélatineux, retenant prisonnier un œil, iris bilieux et cornée blanchâtre, autour duquel lévitaient quelques boulettes vertes assez suspectes. Dans son assiette en porcelaine, trônait un empilement caoutchouteux de lauzes fauves et ictériques, véritable bloc cubique d’où suintait un ciment pâteux. Enfin, dans un seconde barquette, une sorte de pneu jaunâtre dégoulinant et flasque, aux forts relents de gnôle, asphyxiait sous un amoncellement de grumeaux bariolés. Mis bout à bout, ces différents mets formaient un menu plutôt diversifié, pour ne pas dire incohérent.
Ce pneu jaunâtre, c’était un baba au rhum, cet empilement de lauzes, c’était des lasagnes, ce savon boueux, c’était un aspic, et le jeune homme attablé, qui, fourchette en main, triturait son assiette avec une moue de dégoût, c’était Mr. Paul Bonneau le maître d’école.

Rédaction et édition : Marion Devauchelle

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