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La parade du petit Nicolas

Atelier d’écriture

vendredi 10 mars 2017, par Maud Picart

Chaque nouvel arrivant de la licence lettres - Sciencespo aura l’occasion d’explorer, aux côtés du mythique professeur Pierre Martin, les confins de la langue française. D’exercice en exercice, nous découvrons avec envie les contraintes tordues imposées par notre maître. Cette fois-ci, il nous demande de réaliser une description satyrique d’une personnalité politique française. Le texte une fois achevé, nous voilà obligé par une deuxième consigne de faire précéder notre description par la définition d’un animal dont l’analogie avec ladite personnalité devra apparaître comme évidente une fois la rédaction achevés.

 

 
Le Paon

 
  • PAON : Grand oiseau de l’ordre des Gallinacés, portant sur la tête une aigrette en couronne et caractérisé, chez le mâle, par la beauté de son plumage bleu-vert et la longueur de sa queue, dont les plumes ocellées se redressent lorsqu’il fait la roue.
 


Le paon. — En cette fin d’après midi, le soleil inondait la cour de la ferme au point que je dus baisser rapidement le pare-soleil du siège conducteur, si je voulais avoir la chance de me garer sans écraser une seule des petites bestioles qui peuplaient la ferme de mes parents. Je réussis l’exploit de me garer en marche arrière entre une botte de paille et un parterre de géraniums sans entendre le moindre couinement de mauvaise augure. Point mort. Frein à main. Je coupai le moteur et détachai ma ceinture avec soulagement. Je restai assise quelques minutes, regardant avec nostalgie cet endroit où j’avais grandi. La cour, comme dans mon souvenir, était bruyante et en perpétuelle agitation. Poules, coqs, canards, oies, dindons, canetons, cailles se partageaient l’espace restreint en un concert de piaillements, caquettements, cancanements, gloussements, coqueriquements, criaillements et autres roucoulements. Des plumes, des fientes, des graines se partageaient l’asphalte ; un dindon coursait une jeune oie, elle-même cherchait des noises à des cailles plus jeunes qui s’enfuyaient de tous les côtés. De la paille volait dans tous les sens, les pattes crissaient sur les gravillons, faisant s’envoler d’ici et là des nuages de poussières beiges. Je collai mon nez contre la vitre et j’aperçus, au milieu de ce tohu-bohu de plumes multicolores, un plumage lisse et ordonné, au reflet bleu vert si caractéristique. Le paon fendait l’assemblée de gallinacés avec suffisance, une patte après l’autre, délicatement et sûr de son bon droit ; l’Empereur de la basse-cour faisait son inspection générale.

Le port altier de sa petite tête me fit sourire, je revoyais l’allure de l’ex-président de la République à travers cette façon de fendre les masses avec assurance et dédain. Petit corps sec et strict toujours tiré à quatre épingles, démarche calculée, sourire travaillé, la tête fière dont le regard balayait les foules avec suffisance, silhouette hautaine, enveloppée dans un duo complet bleu canard, qui gagnerait à se pencher et à écouter, Rolex qui, si vendue sur E-bay, permettrait probablement d’envoyer à l’université toute une fratrie d’asiatiques. Telle était la ligne de conduite de ce méprisant énergumène — être ou paraître, le choix était rapide, telle était sa manière de comprendre la politique.

Pourtant cet homme de taille légèrement en dessous de la moyenne était loin de l’indiscutable beauté du paon. Ses cheveux sombres étaient clairsemés, ses oreilles pointues étaient disproportionnées, ses joues pendantes étaient d’un grain pâle et ses lèvres fines étaient méprisantes quand elles s’activaient en un sourire cruel. C’était ce mélange de dédain, de vanité percheuse et de suffisance infatuée qui incarnait cette inclinaison pour la politique du spectacle et de la démagogie dans laquelle la parade gracile et le roucoulement hypocrite étaient deux disciplines élevées au rang d’art.

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