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L ’ éclipse du savoir , de Lindsay Waters

... ou l’industrialisation du système universitaire américain

vendredi 17 mars 2017, par California boy weeeeeeesssssh, Justine Bichon


  L’auteur

Lindsay Waters, un oiseau rare

Lindsay Waters
Lindsay Waters

Lindsay Waters est à la fois rédacteur en chef pour la presse universitaire d’Harvard et un universitaire émérite très productif. En tant qu’éditeur de la presse universitaire d’Harvard, il espère laisser la trace de son passage en développant des idées en philosophie analytique ainsi que remettre au gout du jour les études de la littérature. Son originalité ? C’est un passionné de musique et plus particulièrement de rock, et il souhaiterait voir ces arts contemporains introduits dans le programme d’étude supérieurs.

« The humanities are deeply in the doldrums, but there is a way out. We’ve lost a sense of what it is that gets people turned on by art. We need to look at affect.  »

Interview de Lindsay Waters, "A New Literary History of America"

  Résumé

Un pamphlet sur la presse universitaire américaine

L’éclipse du savoir de Lindsey Waters est un essai traduit de l’anglais et publié en 2008 aux éditions Allia qui dépeint l’évolution du système universitaire américain qui s’est transformée en véritable usine de production, laissant de côté la transmission de savoir. Notre oiseau rare, en s’intéressant particulièrement à un segment de l’industrie de la presse universitaire, démontre que cette dernière a pris un mauvais tournant.

Voyons voir pourquoi...

  Développement

Le livre, d’objet culturel à objet pécuniaire

Véritable préoccupation, Lindsay Waters aborde le sujet délicat des problèmes aux seins des universités concernant la publication par une critique cuisante de l’omniprésence d’une « culture économique » au sein même de l’organe universitaire. Il affirme que la demande actuelle de l’économie de marché dans l’académie est nuisible, étouffante et autodestructrice ; devenant un obstacle de taille dans la quête du savoir et de la vérité. L’approche mercantile des universités a fait des ravages dans le monde florissant des humanités.

Si personne ne lit en réalité ces livres, pourquoi sont-ils toujours publiés ?

Dans l’ère post Seconde Guerre Mondiale, les universités ont soudainement commencé à percevoir de l’argent afin de consolider les recherches et les avancées technologiques. C’est alors que les administrateurs et doyens ont commencé à faire pression sur des maisons d’édition universitaires pour produire plus, et ainsi gagner plus. La production et le bénéfice sont devenus les mots d’ordre au sein de l’académie, au détriment de la connaissance et du savoir. Comme les humanités ne peuvent pas offrir des brevets à hauts potentiels lucratif ainsi que des avancées conséquentes en science et en médecine, la publication d’ouvrages en masse va devenir la marque d’accomplissement de l’université. Cependant il est impossible d’allier quantité à qualité : les universitaires vont être contraints d’écrire des ouvrages sur des sujets déjà étudiés ou bien dans lesquels l’objet d’étude ne sera que partiellement traité. Ce système économique au sein de l’université va être sévèrement critiqué par Lindsay Waters qui s’indigne de contempler le désastre d’un héritage littéraire qui s’effondre sous ces yeux, impuissant.

Une société normalisée contre la recherche de savoir

Dans le seconde partie de son essai, Lindsay Waters va dénoncer l’effort du gouvernement américain dans la préservation du savoir en instaurant une norme, dans laquelle chaque citoyen va essayer de se retrouver, selon les mots de Hannah Arendt : « la société américaine attend de chacun de ses membres un certain type de comportements, imposant un nombre incalculable de règles multiples, chacune tendant à ‘’ normaliser’’ les individus, à les faire se conduire selon la norme, à exclure la spontanéité et toute action remarquable ». Dorénavant, le fait d’avoir des idées fait peur, il y a une certaine hostilité envers la théorie. C’est de cette affirmation que se fonde le questionnement sur la pérennité du livre comme source de savoir, lorsque l’on voit une industrie de la presse universitaire qui va contrôler les écrits et empêcher la passation de savoir. Même si le désir de vouloir instaurer une norme dans laquelle l’ensemble de la société viendrait à entrer, il y aura toujours une minorité qui s’organisera pour protester. Lindsay Waters est pour une révolution et attend ce jour où les nouvelles générations vont se réveiller et vont vouloir avoir accès à ce savoir qui leur est dissimulé par les générations antérieures. La liberté sera totale lorsque l’on aura décidé de ne plus exercer de contrôle sur le savoir.

  Critique

Critique de Maxime Mienne

La qualité, et non pas la quantité, tel doit être le but des publications. Waters cherche à redonner de l’espoir et encourager ses lecteurs à lutter pour le changement des humanités. Il essaye de faire briller une lumière dans l’obscurité, détourner les humanités de son cours autodestructeur et rassembler universitaires jeunes et moins jeunes de la même façon, dans le combat pour sauver la promesse de l’avenir. Cet essai va ouvrir un constat édifiant d’un changement considérable dans l’industrie de la presse universitaire, cependant l’auteur ne va pas prendre en compte l’évolution générationnelle en omettant de parler des gains que peut rapporter un système plus rationnel et transparent comme celui qu’il critique. De plus, l’auteur va rester silencieux sur les nouvelles formes de transmission du savoir et diffusion de la connaissance, dépassé par l’avancée technologique de l’époque dans laquelle il vit.

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