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Gérard Lefort

jeudi 16 juin 2016, par Justine Soulard

 Reproduction d’un article de Gérard Lefort dans Libération

 Biographie

Gérard Lefort, né en 1952, est un critique français de cinéma.
Il entre au journal Libération comme critique de cinéma, au début des années 1980 et deviendra peu à peu responsable à part entière du service culturel. Il est une des plumes de ce quotidien. Il y tient aussi une chronique hebdomadaire, Regarder Voir, où il analyse une photographie utilisée par le journal. Sa notoriété s’explique en partie par un ton très personnel, faussement léger, et un style assez littéraire mais il quitte le journal en2014.
C’est aussi un homme de radio. Il intervient depuis les années 1980 comme critique de cinéma sur France Inter où il a animé plusieurs émissions.
Il intervient enfin à la télévision. Il est chroniqueur sur Canal+ dans La Grande Famille puis Nulle part ailleurs mais également sur Arte avec La Minute à Gérard et Clipomania.

D’après l’article sur Wikipedia

 Artcicle

30 août 2013
La plainte des noyés

Comme un supplément d’image au film l’Inconnu du lac, d’Alain Guiraudie, cette photographie fixe un inconnu au bord d’un lac. Cet homme presque nu restera un inconnu,puisqu’il pose de dos. Pose-t-il ou le photographe l’a- t-il pris à son insu ? L’inconnu est soucieux de son confort, puisqu’il s’est assis sur un pliant et qu’il tient dans sa main droite un gobelet en plastique. Que boit-il ? De l’eau du lac ? Un soda ? La canette vide qui flotte derrière lui entre deux eaux semble valider l’hypothèse du Coca.

L’homme est replet et hâlé. Ce n’est pas la première fois qu’il vient bronzer ici, au lac des Ciments (Val-d’Oise), ancienne carrière de craie qui fut mise sous eau en 1968. Sous les pavés, la plage ? C’est ce que pensent les amateurs du site qui confluent de toute l’Ile-de-France pour s’y baigner. Mais depuis le 14 août, le lac est interdit, après trois noyades successives. On parle (Libération du 28 août), de remous dangereux, de courants traîtres…

L’homme scrute ce mystère mortel. Avec lui, pour peu que nous suivions en imagination la trajectoire de ses yeux, nous voyons plus loin. Insondable au regard, le lac des Ciments est peut-être très profond. Ses rives sont frangées d’arbres, pins ou sapins, persistants… C’est l’Ile-de-France, ce pourrait être les Alpes, un résidu de glacier. C’est son centre qui nous magnétise, là ou les baigneurs ont péri. Il nous vient des souvenirs d’épouvante qui nous subjuguent. Sans pousser sa barque jusqu’au Loch Ness, le cauchemar se dessine qu’un monstre aquatique est tapi dans les profondeurs, guettant la proie de quelques corps dont les bras et les jambes battant les flots sont autant d’appâts appétissants. Calmar géant, nautile démentiel, pieuvre archi-tentaculaire, ondines et sirènes, la faune abyssale est surpeuplée de créatures qui en veulent autant à notre vie qu’à notre raison.


Image d’un monstre aquatique, le Kraken

On n’aimerait pas se baigner dans le lac des Ciments, surtout la nuit, même à minuit.
Quelle idée d’ailleurs, quelle provocation ! Nager pour l’homme n’est pas un état naturel, il faut s’y mettre, apprendre. Brasser, crawler, papillonner, touiller, déranger, en somme, un élément qui ne mérite pas que nous en disposions comme d’une propriété au prétexte que, créatures amibiennes à peine améliorées, nous en procédons. Dans tout lac, eût-il les dimensions d’un océan, dans le moindre étang, il y a un monstre naturel qui guette, prêt à punir de mort une telle profanation.

L’homme du lac est-il perdu dans ce genre de divagation ? Bien des gens avant lui ont du s’assoir au bord du lac, lui poser des questions comme il le fait lui-même en ce bel après-midi d’été. Peut être est-ce là le secret du lac ? Toutes ces confidences et ces rêves, tous ces cris d’enfants s’éclaboussant et ces désespoirs de suicidés, toutes ces promesses et ces soupirs amoureux, ces plaisirs et ces peines qui, au fil du temps, s’y sont déposés et stratifiés. De cette image muette, de toute cette vase indicible, remonte une plainte. La plainte des noyés. Si triste, hélas, que sans doute elle sait le pourquoi de tout. Par-dessus l’épaule de l’homme pensif, dans la diagonale de son regard perdu, quelque chose de flottant se dessine, un brouillard d’autres voix, la brume d’autres chimères. Nous voilà à notre tour engloutis, absorbés, comme on l’est dans une pensée profonde.

 Extra

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