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Dans la cour de l’école. Pratiques sportives et modèles de masculinité.

Fiche de relecture.

mercredi 2 décembre 2015, par Tom

Fiche de relecture d’article scientifique.

Article : Dans la cour de l’école. Pratiques sportives et modèles de masculinité de Delphine Joannin et Christine Mennesson.

L’article choisi s’inscrit dans le genre sociologique, il s’agit d’un compte rendu d’une étude faîte dans une classe de CM2 à l’encontre de 18 élèves (tous masculins) pendant un an. Durant cette période les deux sociologues ont observé, questionné et tiré des conclusions au sujet des différents modèles de masculinités perçus à travers le prisme de la pratique sportive. Le résultat de leur étude (accompagné de graphiques et tableaux) expose clairement des différences de masculinités entre les élèves de la classe. L’observation s’est déroulée la majeure partie du temps dans la cour de récréation, lieu où les masculinités règnent et se distinguent le plus. L’étude sociologique menée par Delphine Joannin et Christine Mennesson nous invite donc à nous interroger sur la question suivante : En quoi est-il possible de qualifier la cour de récréation de microcosme mettant en scène différents modèles de masculinités ? La première partie sera destinée aux trois types de masculinités mis en exergue par les sociologues, ce après quoi nous étudierons le rapport avec la société via la socialisation avant de conclure sur la pression de la société comme obstacle à l’affirmation de certaines masculinités.

 I. Les différentes formes de masculinité au sein de la cour d’école

D’après l’étude réalisée par les sociologues au sein de la classe de CM2, trois types de masculinités sont hiérarchisés par la pratique corporelle : une dite hégémonique, une autre appelée distinctive et la dernière marginale.
Commençons par expliciter la première, la masculinité hégémonique présente dans la cour de récréation. Elle fait référence à un groupe représentant un tiers de la classe (6 garçons sur 18) qui partagent tous une même idée principale, « la conquête de l’espace publique » - ici la cour de récréation. Les élèves appartenant à ce groupe sont qualifiés de « fans de foot », cela signifie qu’ils ont tous cette pratique corporelle en commun et défendent une même philosophie : une masculinité basée sur la force, la rudesse de la compétition, l’affrontement, la violence, la virilité et l’indifférence face aux normes scolaires. Pour eux la cour est endroit où les garçons doivent régner, les filles c’est dans la classe. Leurs « compétences agonistiques » leur permet d’établir une totale domination sur les autres (souvent par la violence et le conflit). Ce comportement rejoint la thèse d’Augustin sur la libido dominandi du masculin, c’est-à-dire la volonté de puissance et de domination, une sorte de compétition où la seule issue est d’arriver premier. C’est ici la motivation principale de la masculinité hégémonique.
Le second modèle de masculinité qui est abordé dans le texte est celui qui réunit la majorité des garçons de la classe : la masculinité maîtrisée dite distinctive. Elle s’éloigne de la précédente car la notion du partage et du collectif fait jour. Compte tenu des sports auxquels le second groupe joue, il peut s’agir du foot à l’école cependant avec la dimension d’apprentissage vers son prochain et la recherche du beau jeu. Pour ce qui est du rapport à l’autorité, la masculinité distinctive suit la dynamique du respect des normes scolaires. Ce modèle retrouvé dans la cour de récréation est révélateur de l’émergence de la masculinité liée au contrôle de soi émergée au début du XXème siècle. Un « capital scolaire » s’est donc transmis depuis le début du XXème et a contribué vers une masculinité de contrôle qui qualifie ce second groupe.
Enfin le dernier modèle, masculinité marginale, quant à lui ne concerne que trois élèves de la classe. Avant toute chose, attardons nous quelques instants sur la définition du terme « marginal ». Dans le Larousse, la définition se trouvant en face du mot est la suivante « qui se situe en marge de la société », en d’autres termes des personnes marginales seraient des personnes qui ne marchent pas dans le même sens que les autres, qui ne répondent pas à une « norme sociale ». Ici, le poids de la société est évoqué, nous auront l’occasion d’y revenir plus tard dans notre raisonnement. Ce modèle de masculinité marginale donc, regroupe une partie infime du reste des garçons de la classe qui ne s’intéressent pas aux mêmes choses que les autres. Le sport en fait partie. Leurs récréations se déroulent principalement avec des garçons plus jeunes, ou même avec des filles en faisant des activités dites « féminines ».

D’après ces trois exemples de masculinités observés, nous voyons bien qu’une classification est possible, elle l’est dans la cour de récréation comme dans la société. Les différents modèles expliqués ci-dessus apparaissent comme un héritage transmis par le processus de socialisation, que ce soit la famille, les pairs, l’école, l’entourage.

 II. La masculinité : une construction sociale

En effet, la masculinité est une construction sociale (devenir homme) qui se forme tout au cours de la vie. Bourdieu théorise le concept de socialisation primaire et secondaire. La primaire représente la famille et la secondaire l’école, les pairs, l’univers professionnel, culturel, sportive...
Un des facteurs prépondérant de construction de la masculinité est l’appartenance à une classe sociale. D’après les études de Delphine Joannin et Christine Mennesson, nous pouvons voir que dans l’échantillon observé, les enfants correspondant à une masculinité hégémonique sont tous issus d’une origine sociale populaire, ceux au second groupe d’origine sociale moyenne et favorisée et ceux du troisième groupe de classe moyenne. Malgré un échantillon faible (faire des statistiques sur seulement 18 individus n’est pas forcément très représentatif) nous pouvons tout de même voir des corrélations. En d’autres termes, l’origine sociale influence le degré de construction de masculinité. Une fois de plus, la cour de récréation reflète la société dans le sens où, au jour d’aujourd’hui nous ne trouvons pas la même masculinité dans les couches populaires que dans les couches plus élevées, la codification de la masculinité entre les différents groupes sociaux n’est quasiment jamais la même. En ce sens l’appartenance à une classe plus ou moins basse dans l’échelle sociale est un des déterminant dans la construction du modèle de masculinité.
La socialisation elle, qui se déroule tout au long de la vie, est également de processus de formation de l’identité d’un enfant, et donc de sa masculinité. Que ce soit – en reprenant les deux degrés de socialisation de Bourdieu – la socialisation primaire ou secondaire, l’inculcation de normes et de valeurs vont influencer l’individu et vont lui permettre de se forger sa propre identité. Dans le cas de l’étude sociologique trois grandes caractéristiques sont prises en compte : les caractéristiques sociales, scolaires et sportives. La socialisation primaire est la principale puisque dès son plus jeune âge un enfant se verra transmettre un capital social par cette première instance qui est la famille. De fil en aiguille un processus de mimétisme va tendre à se retrouver chez l’enfant qui, à son plus jeune âge apparente ses parents comme des modèles. Ceci étant dit, en faisant un parallèle entre la cour de récréation et la société, plusieurs similitudes dus à ce mimétisme pourront être perçues. La socialisation secondaire quant à elle est exercée par la pairs et tout l’entourage en général, l’école étant un grand acteur puisqu’un enfant dans sa jeunesse passe plus de temps à l’école que chez lui dans une semaine. L’école, comme nous avons pu le voir regroupe plusieurs autres modèles auquel un enfant peut s’apparenter et construire socialement sa masculinité. Nous avons pu le mentionner précédemment, dans la cour de récréation les groupes se forment plus autour d’activités sportives (notamment les « fans de foot »), du « capital scolaire » et le respect des normes, le rapport avec le féminin... La distinction de plusieurs modèles de masculinité au sein d’une classe de 18 garçons montre la diversité qu’il peut y avoir si nous étendons l’échantillon à toute la société. La socialisation et les différents contacts avec la famille et l’extérieur permettent une création multiforme de modèles.

La présence de différents groupes de masculinité dans la société est dûe en partie aux différentes socialisations auxquelles un individu fait face. Néanmoins, tandis que certains modèles de masculinité s’affirment (la masculinité hégémonique qui se doit de dominer), d’autres se taisent sous le poids de la pression sociale.

 III. La masculinité face à la pression de la société

Qu’est-ce qu’un vrai mec ? Quels sont les codes qui permettent de juger si un individu rentre dans les cases de la société ? Ces interrogations sont d’actualités à cause de la pression sociale exercée par une société stigmatisante.
« Je [une sociologue] discute avec Arthur d’une émission sur les volcans. Mohamed l’interpelle, suscitant le rire de Kevin : ’’Tu en as pas marre de parler de truc d’intello ?’’ ». Dans ce passage, Mohamed et Kevin qui appartiennent au modèle de masculinité se moquent d’Arthur, fils d’ingénieurs, premier de sa classe appartenant au second groupe. Dans cette situation, nous pouvons constater que des moqueries sont présentes dans la cour de récréation entre les élèves parce qu’ils n’ont pas en commun les mêmes intérêts. Dès lors qu’un individu s’éloigne d’une moyenne il est stigmatisé. Dans ce cas là Arthur se voit coller une étiquette « Intello » sur son front, son identité au vu des autres sera résumée à ce vulgaire stigmate, il se trouve « discrédité, car il n’arbore pas les attributs classiques de la masculinité ». De plus, Arthur dit « déteste[r] » le foot, ou plutôt implicitement détester l’image du sport directement associé à ses camarades, les fans de foot. Compte tenu de son capital scolaire et ses faibles compétences sportives, Arthur sera donc valorisé lors des temps de cours (lieu de classe destiné aux filles) et non dans la cour de récréation où règnent les garçons. Ainsi, bien qu’Arthur appartienne au second groupe il reste en marge de toutes les activités corporelles pratiquées par les autres garçons. Son tort ? Ne pas correspondre aux normes de la masculinité érigées par la société. L’emploi du mot « société » représente ici la mauvaise facette de la socialisation secondaire, à savoir les médias : la publicité, la TV... reflet d’une image de la masculinité artificielle et uniforme.
Le second cas est celui du troisième groupe, de la masculinité marginale dont nous avons déjà eu l’occasion d’évoquer. Dans cette catégorie composée de trois garçons se distingue deux comportements différents : deux enfants accordent plus d’importance à des activités destinées aux plus jeunes tandis que l’autre passe l’essentiel de son temps avec les filles de sa classe à s’occuper avec des activités « de filles ». De par cette différence nous pouvons remettre en cause ce système de classification puisqu’il démontre qu’un modèle de masculinité n’est pas uniforme. Bref. Ces trois garçons sont qualifiés de marginaux car ils ne correspondent pas eux aussi aux critères de la masculinité. Les propos défendus par le premier groupe sont qu’il faut s’imposer auprès des plus jeunes et des filles pour leur montrer qui est l’homme, qui est celui qui domine. Pour beaucoup d’entre eux, il est impensable de partager des activités avec des filles dans une cour de récréation tout d’abord parce que c’est « bidon et ça sert à rien » mais surtout parce que cela va à l’encontre de la masculinité. Pour une fille, se mettre à faire des choses dites « masculines » consisterait plutôt à se mettre au niveau de l’homme, alors que c’est l’inverse pour les hommes qui font des choses traditionnellement féminines, cela heurte la construction de masculinité si chère aux yeux de certains. La masculinité apparaît comme un travail qui n’est pas inné, qui se construit sur le long terme et un simple écart peut être néfaste pour cette construction, à ce propos Rousseau disait « Le mâle n’est mâle qu’en certains instants, la femelle est femelle toute sa vie ». La société fait face (même si de moins en moins au fil du temps) à une pression phallocratique, un simple opposition binaire où celui qui n’est pas un vrai mec est une fille. Afin de repousser cette pression sociale qui s’exerce sur des individus qualifiés de « marginaux », peut-être faudrait-il que la société accepte les différents types de masculinité et intègre que l’homme peut être autre chose qu’un mec viril.

En somme, nous avons pu voir les raisons pour lesquelles la cour de récréation dans laquelle nos sociologues ont enquêté est un microcosme sur les questions de masculinités : elle distingue plusieurs profils forgés par la socialisation qui se regroupent et diffusent leurs idées aux dépends de l’émergence de d’autres modèles alors muets. Un gros travail de sensibilisation est à faire concernant les masculinités dans la société, il faut parvenir à s’éloigner de l’image du mec viril et de la fille studieuse afin de redéfinir les termes et ne plus marginaliser certains individus. La seule critique qui selon moi paraît négative concerne la faible jauge d’enfants enquêtés ce qui fragilise la composition de certains groupes (notamment le troisième).

ROY Tom

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