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La politisation extraordinaire du sport dans la culture fasciste

Depuis la création du Partito Nazionale Fascista à la Coupe du Monde de Football de 1934.

mercredi 2 décembre 2015, par Marie jacquillard

  Introduction

Au lendemain de la Sale Guerre, la crise qui touche l’Europe est totale. Ravagé sur le plan économique, sociale, morale, démographique, matériel ou encore politique, le Vieux continent développe en son sein un cancer qui ne fera que renforcer son instabilité, comme en témoigne l’entrée en guerre des grandes puissances dès 1939. En effet, dès 1919, des régimes autoritaires tel que le celui impulsé par le mouvement fasciste de Benito Mussolini en Italie, apparaissent. En mars, précisément, Mussolini rassemble autour de lui des ex-combattants, des nationalistes convaincus et des anarcho-syndicalistes rencontrés pendant ses années au Parti Socialiste Italien et donne naissance au « fasci italiani di combattimiento », groupes vite financés par de riches industriels, entre autres, dès les années 1920. Son objectif de départ n’est pas nécessairement la prise de pouvoir mais plutôt l’action préventive face à une autre révolution prolétarienne comme celle qui touche l’Italie entre 1919 et 1920 mais qui échoue. Ces « faisceaux » deviennent mouvements de masse dont le nombre d’adhérents passe de 200 000 à 700 000 en 1921. En 1922, Mussolini créer finalement le Parti National Fasciste et accède au pouvoir suite à son coup de force symbolique d’octobre appelé « la marche sur Rome » . Il obtient ensuite les pleins pouvoirs et en 1926 supprime les autres partis, la presse d’opposition, et enrôle massivement la jeunesse.
Par ailleurs, ce régime est extraordinaire dans la mesure où il sera l’exemple de base pour bon nombre de régimes autoritaires européens du XXe siècle. Mais il est le premier régime à proprement fasciste du XXe siècle et présente quelques caractéristiques qui lui resteront uniques. Par exemple c’est sous Mussolini que l’admiration et l’obsession pour le sport, tradition de la Rome Antique, reprend toute son importance en Italie. Et d’ailleurs, la pratique sportive, exceptionnellement contrôlée par l’État fasciste, devient inévitablement preuve d’adhésion à l’idéologie fasciste puisque « comme fin immédiate, l’éducation physique se fixe la santé physique et morale des individus[. Elle] a donc pour but naturel suprême l’honneur, la puissance et la grandeur de la Patrie » [1] écrit Emilio Gentile, professeur d’histoire contemporaine à l’université de Rome. En fait, le monopole étatique sur le sport est doublement symbolique pour le régime de Mussolini : d’abord, le contrôle de la pratique dont il fait l’objet amène le pouvoir à façonner physiquement les corps individuels, et en parallèle, la politisation des éléments de représentations du sport dans la société (stades, événements,…) permet au régime d’y trouver la légitimation idéologique de son intervention auprès du corps commun social. La question qu’il faut se poser est alors la suivante : comment l’idéologisation du sport en Italie, sous Mussolini, a-t-elle fait de la pratique sportive un des enjeux majeurs de l’autorité politique du régime fasciste, depuis la création du PNF jusqu’à la Coupe du Monde de football de 1934, période d’apogée du fascisme ? À l’aide des cinq documents présentés en annexe, il s’agira d’étudier le rapport entre mainmise politique sur le sport et contrôle des masses, pour ensuite s’intéresser au façonnage de l’ « Homme nouveau » par l’éducation sportive et enfin montrer en quoi le sport a été la vitrine politique de l’Italie fasciste sur la scène internationale pendant les années Mussolini.

Notes

[1Qu’est-ce que le fascisme ? Histoire et interprétation, Emilio Gentile, Folio/Gallimard, 2004.

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