Accueil > Critiques > Critiques cinématographiques > I am we : Sense8

I am we : Sense8

mercredi 25 novembre 2015, par Yannis Moulay

I am we : Sense8, la claque

Décidée à donner du poids à la plateforme Netflix, Sense8 est une série dont la première saison est sortie en 2015 et compte 12 épisodes. Réalisée par des grands noms du cinéma, notamment les Wachoskis, connus pour leur célébrissime trilogie Matrix, Sense8 rivalise avec les séries les plus populaires du moment. Alors, vrai chef d’oeuvre ou effet de mode ?

Mais Sense8, c’est quoi ? Et bien l’histoire de 8 personnes éparpillées à travers le monde qui, sans ne jamais s’être vus auparavant, développent une sorte de connexion émotionnelle et psychique les unes avec les autres. Bien supérieur à la simple télépathie, ce lien permet aux sensitifs du même Cluster (Cercle) de partager leurs émotions, leurs sensations, leurs langues et leurs compétences propres. Il permet en outre à un sensitif de « visiter » l’esprit d’un autre et de lui parler à tout moment. Aussi difficile soit-elle à appréhender, cette faculté inédite et précieuse leur vaudra néanmoins d’être les cibles d’une organisation secrète intergouvernementale décidée à les supprimer de la surface du globe. Si l’idée de base est intéressante et constitue une source inépuisable de situations rocambolesques, la force de la série réside véritablement dans ces personnages. Entre Londres, Nairobi, San Francisco, Chicago, Séoul, Mexico, Berlin et Mumbai, chaque personnage principal est doté d’une personnalité complexe qui se dévoile au fur et à mesure de l’histoire. Tous s’ancrent dans une culture et un combat qui leur sont propre, en plus de leur combat commun. Sense8 transcende tous les codes, fait exploser les cases et les prévisions, unit les religions, orientations et identités sexuelles, ethnies, classes sociales en une bouffée d’air frais incroyablement rafraîchissante. Ces différences radicales font la richesse de leur lien et la condition de leur survie à tous. Côté musique, pas de bande originale à la Utopia ou autres séries dotées d’un compositeur propre. Tout provient de groupes, orchestre ou bandes éclectiques dont le mélange est fidèle à l’identité plurielle de la série. On a du classique de Beethoven au célèbre Sigur Ros en passant par 4-Non Blondies, Avicci, Lykke Li ou The Who. Attention aux frissons lors de scènes de musiques inoubliables !

Pourquoi j’insiste autant sur le caractère différent et pluriel. Parce que ça change ! Enfin un personnage transidentitaire dont l’histoire n’est pas tournée autour du changement de genre, mais qui est bel et bien reconnu pour ce qu’il est. Adieu donc, les scénarios attendus, personnages stéréotypés, et platitudes bienséantes. On est touché par l’émotion, on rit, on est tendu de stress, bref, une vraie bonne histoire prenante. Faire évoluer simultanément 8 personnages avec cohérence n’est pas simple mais la série y parvient sans tomber ni dans le cliché télépathique ni dans le Deus ex Machina facile. L’équilibre est là jusqu’au bout et tiendra, espérons-le, tout au long de la deuxième saison à venir.

On peut toutefois regretter une action un peu lente à se mettre en place. Les moins patients n’auront peut-être pas l’envie de dépasser le premier épisode, réellement introductif et peu représentatif de l’effervescence à venir. De plus, le générique « « (très important, le générique) » », plutôt « simple et standard », ne lui rend pas forcément honneur. Mon conseil est de ne pas rester sur sa première impression et de faire l’effort de continuer pour véritablement juger la série à sa juste valeur.

Plus qu’intelligente ou jolie à regarder, je dirais que Sense8 est une série science-fiction où l’imagination fait écho et honneur à la réalité, aussi dure soit-elle. Au-delà du fantôme d’une organisation dangereuse, les obstacles et épreuves que traversent Kala, Sun, Lito ou Riley sont résolument réels : traditions écrasantes, honneur familial, difficulté du coming-out, oubli du passé … C’est une beauté résolument humaine que nous offre Sense8. En ce qui me concerne, c’est un vrai coup de coeur !

Partager

Commenter

TAGS

EN IMAGES

La Chambre des Communes canadienne Mathieu Lindon Affiche du film Pierre Jourde La cerise sur le béton

Visiteurs connectés : 1