Accueil > Critiques > Critiques cinématographiques > L’homme irrationnel

L’homme irrationnel

Woody allen

vendredi 18 décembre 2015, par Manon B

 Synopsis

Un campus universitaire. Face à ses étudiants, un prof de philo démontre la friabilité de tout principe éthique. Quelqu’un affirme que le mensonge lui est étranger. Réponse de son pygmalion : “Mais si des SS nazis vous demandaient où est cachée Anne Frank, faudrait-il mentir ou dire la vérité ?” Le nouveau film de Woody Allen se situe dans cet entre-deux, cette zone inconfortable entre bien et mal, là où n’existe plus ni balises morales, ni certitudes, mais plutôt, pour le spectateur, le spectre jubilatoire et épineux d’un dilemme moral.

Et telle sera la voie empruntée par cet éminent professeur, célèbre mais torturé, alcoolique et impuissant. Ce rôle de Diogène engourdi marque le grand retour de Joaquin Phoenix qu’on n’avait plus vu si bon depuis Two Lovers de James Gray, passant ici du spleen adulescent à la tristesse bedonnante de la middle age crisis.
Abe Lucas se perd tant dans sa vie d’homme et d’enseignant : à l’essai qu’il ne parvient pas à terminer faute d’inspiration s’ajoutent les assauts érotiques d’une collègue mariée (Parker Posey) et le culte que lui voue une étudiante (Emma Stone).

 Deux rapports opposés à l’existence

Si la première partie du film s’articule sur la rencontre entre la jeune étudiante et le professeur en mal de vivre introduisant un tandem idéalisme/ pessimisme soulignant ainsi de manière caricaturale deux rapports opposés à l’existence. Cependant, l’Homme irrationnel a la bonne idée de prendre à mi-parcours un virage inattendu, laissant de côté la comédie de mœurs plaisante pour une fable noire.
Miné par son nihilisme, Abe va saisir sa seule chance de retrouver goût à la vie : l’accomplissement d’un meurtre.

 Dialogues pleins d’humour macabre

Cette bascule du personnage en assassin inscrit L’Homme irrationnel dans le prolongement de Crimes et délits et Match Point. Mais l’absence de mobile – sinon d’offrir un sens à sa vie, voire d’opérer une sorte d’exploit artistique – offre une résonance plus forte encore avec le couple de gays psychopathes de La Corde d’Alfred Hitchcock qui transcendent leur crime en happening mondain.
Allen creuse, lui, le versant existentiel du crime “gratuit” : son sentiment de délivrance, l’absence de culpabilité, dans un enchevêtrement de dialogues pleins d’humour macabre et d’une admirable perversité.
ce crime profite in fine à l’homme, plutôt qu’à l’assassin, puisqu’il le libère peut-être de son surmoi. Tuer le “juge”, c’est avant tout détruire le gendarme en soi-même pour s’offrir la vie hédoniste qu’on a toujours rêvée tout en se l’interdisant.

Pour voir la bande annonce cliquez ici

Partager

Commenter

TAGS

EN IMAGES

David Johnston, Gouverneur Général du Canada École et éducation nouvelle Mathieu Lindon

Visiteurs connectés : 2