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Rapport de stage à la BNP Paribas

mercredi 18 mai 2011, par Antoine Léaument

Introduction

La fin de l’année 2007 a connu l’explosion de la bulle immobilière américaine et l’effondrement du système des subprimes (titrisation de crédits immobiliers accordés aux ménages les moins solvables et garantis sur le foncier), plongeant l’économie mondiale dans une récession sans précédent, comparable dans son ampleur à la Grande Crise de 1929. Décriées pour leur responsabilité directe dans le déclenchement de la crise, les banques ont été l’objet de nombreuses attaques politiques et médiatiques : trop de prise de risque, immoralité, gigantisme économique obligeant les Etats à « sauver » de la faillite ces établissements too big to fail, au détriment de l’équilibre de leur budget… la liste est longue et non exhaustive.

Mais, finalement, qu’est-ce qu’une banque ? La verve dont ont fait preuve les économistes contre le système bancaire est-elle justifiée ? Les banques vont-elle trop loin ? C’est pour tenter de répondre à ces questions que j’ai choisi d’effectuer mon stage à la BNP Paribas, première banque de dépôt dans la zone euro et l’une des cinq plus importantes capitalisations boursières du CAC 40. L’objectif premier de cette expérience passée au sein du plus grand groupe bancaire de France était de comprendre de l’intérieur le fonctionnement d’une telle entreprise : comment la BNP crée-t-elle de la valeur ? Quel est le rôle des conseillers ? Comment est structurée une banque de détail ?

Une seconde raison m’a poussé à choisir le secteur bancaire pour effectuer mon stage : passionné par l’économie et la finance, j’espérais apprendre un certain nombre de choses sur le fonctionnement des marchés boursiers, mais aussi – et surtout – sur les produits structurés que proposent les banques pour les investisseurs (OPCVM). La crise financière (encore elle !) a montré que les acteurs économiques – et notamment les particuliers – avaient une faible connaissance du fonctionnement des marchés ; pis encore : la multiplication des produits financiers et leur complexification a été l’une des origines même de la crise, à tel point que les banques sont arrivées à acheter des produits dont le contenu réel avait été dilué sur les marchés… et le risque qu’ils portaient en eux également (ce sont les fameux « actifs toxiques »). En choisissant ce stage, j’espérais également en apprendre un peu plus sur les produits financiers et sur les raisons pour lesquelles les banques elles-mêmes finissent par ne plus savoir ce qu’elles achètent.

Je n’escompte pas travailler un jour dans le secteur bancaire et ce ne sont donc pas des objectifs professionnels qui ont motivé mon choix. En somme, si j’ai choisi ce stage, c’est avant tout par désir de compréhension, par volonté d’obtenir des outils d’analyse ; en cela, mon projet s’inscrit clairement dans la logique de la Licence Lettres voie Sciences-Po : ouvrir les horizons des étudiants et leur apporter des outils de compréhension du monde et de la société. En effectuant mon stage à la BNP durant sept semaines, j’espérais donc observer de l’intérieur le système bancaire, si décrié… et finalement si peu connu et compris, alors-même qu’il est au centre de la vie économique. Qu’est-ce qu’une banque ? Quel est son rôle ? Comment fonctionne-t-elle ? C’est à ces questions que j’espère répondre à travers l’expérience que j’ai vécue au sein de la BNP.


Historique de la BNP de 1848 à nos jours [1]

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La BNP Paribas sous sa forme actuelle est née en 2000 de la fusion des deux grands groupes qui composent son nom : la BNP et Paribas. Mais l’Histoire de la 1ère banque de dépôt européenne remonte au milieu du XIXe siècle. Retour sur cette aventure.

La première pierre de l’édifice est posée en 1848 par décret du gouvernement provisoire de la toute jeune IIe République : en pleine crise politique et économique est créé le Comptoir National d’Escompte de la ville de Paris (CNEP), pour financer le commerce et l’industrie en perte de vitesse. La même année est créé le Comptoir National d’Escompte de Mulhouse qui sortira de la tutelle de l’Etat en 1854 pour devenir le Comptoir d’Escompte de Mulhouse (CEM). En 1853, le CNEP devient le CEP (il reste CNEP dans le schéma) ; dans les années suivantes, il diversifie son activité, notamment au niveau financier et ouvre des comptoirs à l’étranger (Shangaï, Calcutta, Bombay, Hong Kong, Saigon, Londres, Yokohama, Alexandrie, Melbourne, Sydney). En 1889, le CEP connaît des problèmes pour faire face aux retraits de sa clientèle après avoir effectué des investissements risqués. La Banque de France sauve l’établissement et le rétablit sous son nom originel de Comptoir National d’Escompte de la ville de Paris (CNEP) ; cette « nouvelle » société centre son activité sur le financement des entreprises, de l’Etat et des collectivités territoriales.

En 1863 est créée la Banque de Crédit et de Dépôt des Pays Bas (BCDPB) et en 1869, la Banque de Paris (BDP) voit le jour. Ces deux entités fusionnent en 1872 pour créer la Banque de Paris et des Pays Bas (BPPB), ancêtre de la Banque Paribas (ce nom provient en réalité du code télégraphique de la BPPB). De 1872 à 1920, la BPPB exerce deux activités principales : l’émission de titres sur les marchés et le financement des entreprises. Cette banque active à l’étranger investit en Europe, en Amérique du Nord et du Sud, en Asie et en Afrique. Notons ici que la BPPB entre dans le capital du CNEP lors de la restructuration de 1889 évoquée ci-avant.

En 1870, la France est défaite à Sedan et l’Alsace rattachée à l’Allemagne. Les tentions augmentent entre les deux pays jusqu’à atteindre un point culminant à la veille de la Première Guerre Mondiale. Dans ce contexte tendu, le Comptoir d’Escompte de Mulhouse est scindé en deux en 1913 ; d’un côté une entité regroupe les guichets en territoire français : la Banque Nationale de Crédit (BNC) ; de l’autre, le CEM garde son nom et regroupe les trois guichets des terres allemandes conquises en 1870.

L’éphémère Banque Française pour le Commerce et l’Industrie (BFCI) est créée en 1901 par Maurice Ravier (qui avait été ministre des finances) avec pour objectif de financer les grandes entreprises françaises tournées vers l’étranger. La BPPB et le CNEP entrent dans le capital de l’entreprise à sa création. En 1922, la BFCI manque de capitaux et est absorbée à l’amiable par la BNC qui est alors en pleine expansion : elle compte 113 agences en 1913 et 442 en 1922 et a absorbé une trentaine de banques dans ce laps de temps. Le CEM, redevenu français après la Grande Guerre, est également absorbé par la BNC en 1930.

Durant les années folles, le CNEP garde son sérieux et se développe à l’étranger, notamment au Japon, en Grande-Bretagne, en Belgique et aux Etats-Unis. Son activité diversifiée lui permet de résister à la Grande Dépression et même d’en sortir grandi puisque le nombre de guichets passe de 200 à 530 entre 1929 et 1945.

Affaiblie par des investissements industriels risqués, la BNC ne résiste pas à la crise économique : le manque de confiance dans l’entreprise fait chuter le cours de l’action et provoque le retrait massif des dépôts. Incapable de payer, la BNC est liquidée en avril 1932 et reconstituée sous le nom de Banque Nationale pour le Commerce et l’Industrie (BNCI) qui connaîtra pour sa part une croissance remarquable : en 1965, on dénombre 1050 guichets dans plus de 30 filiales, en France comme à l’étranger.

Après la Seconde Guerre mondiale, le gouvernement français nationalise les quatre plus grandes banques du pays en termes de dépôts. La gestion du CNEP et de la BNCI (ainsi que la Société générale et le Crédit Lyonnais) passe dans les mains de l’Etat. En 1950, le CNEP sera la première banque à s’ouvrir au marché naissant des particuliers, en leur proposant des livrets rémunérés et des comptes chèques.

De son côté, la BPPB prend le statut de banque d’affaires, pour échapper à la nationalisation. Elle intervient dans la restructuration d’entreprises françaises aussi importante que Thomson ou Total et se développe à l’étranger en Extrême Orient, en URSS, à New York, Londres et Luxembourg.

En 1946 est créée l’Union Financière d’Entreprises Françaises et Etrangères (UFEFE) dont le rôle principal est de fournir des crédits aux entreprises importatrices de matières premières et exportatrices de produits manufacturés (les crédits étant remboursés par la valeur ajoutée). Le plan Marshall, qui finance la reconstruction de l’économie Européenne, limite le rôle de l’UFEFE qui fusionne avec la Banque Française d’Acceptation pour devenir l’Union Française de Banques (UFB), qui se spécialisera dans le financement d’outillage et de machines (agriculture, travaux publics, secteur médical, etc.).
Cette société sera elle-même à l’origine de la création de quatre filiales :

  • L’Union de Crédit pour le Bâtiment (UCB), en 1951, pour financer les chantiers immobiliers
  • Le Crédit à l’Equipement des Ménages (CETELEM), en 1953, dont le nom indique clairement la fonction : financer les projets d’équipement (notamment électroménager) des particuliers.
  • La Compagnie Française d’Epargne et de Crédit (CFEC), en 1954, conçue pour faciliter l’accès des particuliers au crédit immobilier à long terme.
  • La Société d’Etudes et de Gestion des Centres d’Equipement (SEGECE), en 1956, chargée d’étudier les mutations dans les secteurs de la consommation et de la distribution afin de conseiller les investisseurs.

En 1959, ces quatre entités sont regroupées sous la houlette d’une société holding : la Compagnie Bancaire (CB).

En 1966, le gouvernement français, à l’initiative de son ministre des finances Michel Debré, décide de faire fusionner le CNEP et la BNCI pour former une « force de frappe financière » : la Banque Nationale de Paris (BNP), destinée à « renforcer la structure des grandes banques pour développer leur action dans le domaine du crédit à l’intérieur et à l’extérieur » selon les propos de Michel Debré lui-même. La BNP devient la première banque française en termes de bilan. Dès 1973, la banque lance une grande campagne destinée au marché des particuliers : « Pour parler franchement, votre argent m’intéresse » (il semble que la pudeur ait fini par l’emporter sur ce thème !)

La BPPB est nationalisée en 1982 et devient Paribas, elle-même privatisée en 1986. Affaiblie par la crise immobilière de 1993, la Compagnie Bancaire subit une OPE amicale (Offre Publique d’Echange) de Paribas avec laquelle elle fusionne en 1998. Entre 1999 et 2000, Paribas subit elle-même une OPA organisée par la Société générale mais finalement contrecarrée par la BNP, qui prend le contrôle du groupe bancaire et fusionne avec lui pour devenir la BNP Paribas, première banque d’Europe.

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1 Message

  • Rapport de stage à la BNP Paribas Le 30 mai 2011 à 10:48, par Martin Rass

    article très riche et bien documenté, attention tout de même avec le terme "totalitaire" - fortement imprégné historiquement, donc si on l’utilise pour un phénomène contemporain, comment le différencier de ce qu’on considère généralement comme "régime totalitaire" (nazisme, stalinisme).
    Un système de contrôle interne poussé n’est pas suffisant pour parler de totalitaire - y-a-t-il contrôle de la vie privée par exemple ? Est-ce le BNP se mêle de tout ce qui concerne la vie des ses employés, pas seulement de leur comportement au travail, fonctionnement interne ?
    A moins de vouloir qualifier la gestion de l’entreprise à l’américaine comme "totalitaire", qui en somme use des apports de la psychologie behaviouriste (ressemblant par moment au conditionnement pavlovien). Au vu des intervention jusque dans la vie privée des employés aux US, la BNP peut même paraître soft.
    A part cela "propagande" et "publicité" sont très étroitement liées, par ailleurs le premier terme utilisé pour la publicité étaient propagande et réclame. Les stratégies, comme vous le relevez bien, sont assez faciles à dévoiler, donc la question qui se pose tout de suite : Est-ce que ça marche ? il y a toujours les deux côtés les publicitaires avec leurs objectifs et tactiques de l’un et les clients de l’autres - ce serait bien de croiser ces intuitions avec des statistiques des clients de la BNP - combien de jeunes, détenteurs de compte, combien de...
    En gros la BNP pourrait même rétorquer, voyez on s’adresse à tout le monde, sans discrimination, une entreprise multiculturelle...

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