Accueil > Conférences > Colloque : Le blasphème dans une société démocratique

Colloque : Le blasphème dans une société démocratique

Un regard juridique, théologique, historique et philosophique

lundi 4 mai 2015, par Emma Derome

Le 27 mars dernier a eu lieu le très important rendez-vous post-attentats de Paris, intitulé colloque sur le blasphème dans une société démocratique, coordonné par notre chère professeure Céline Lageot ainsi que Fabien Marchadier et organisé par le CECOJI-UP et l’ERDP à la faculté de droit et sciences sociales de Poitiers. Très attendu de notre part, il a été l’occasion d’éclaircir énormément de points concernant la notion de blasphème elle-même et les questions sociétales et philosophiques qu’elle suscite, mais aussi sur sa qualification juridiquement parlant et la façon de l’appréhender à l’international.
Michel Briand, adjoint au président de l’Université et helléniste, a commencé par introduire très justement le sujet du colloque en se référant à Lucien de Samosate - rhéteur grec du IIème siècle - qui qualifiait déjà le blasphémateur en premier lieu par sa liberté de parole. Les caricatures des dieux grecs, brutales à cette époque, attaquaient les croyants et non la croyance elle-même. Et à la question de savoir si il était possible de tuer pour des paroles, non ; pour Lucien de Samosate, tout se résout par la justice, ce n’est pas celui qui dénonce mais celui qui utilise les idéologies pour commettre des délits qu’il faut punir. A croire que la question n’aurait toujours pas été résolue en l’espace de 19 siècles.

Le blasphème pourrait-il constituer une limite à la liberté d’expression ? Telle est l’interrogation avec laquelle Fabien Marchadier ouvre le débat. Les deux ordres normatifs, religieux et juridiques, seraient-ils simplement compatibles, d’une perspective occidentale et démocratique ? Si la liberté d’expression est restreinte en droit par une ligne rouge - qui est celle de l’appel à la haine – qui à la fois la protège et permet le vivre ensemble, le blasphème ou une parole qui a pour objet de tourner en dérision, d’injurier une religion et des croyances, c’est-à-dire d’outrager une idée abstraite, pourrait-il exister juridiquement alors qu’il appartient à l’ordre religieux ?
L’Etat devant garantir le droit du croyant d’exercer sa religion dans la paix, l’on comprend qu’il puisse exister dans certaines législations, comme celle de la Finlande, un droit à « croire en paix » qui puisse être utilisé pour museler la satire. Une proposition de loi récente proposant de réprimer le blasphème en France n’étant que d’autant plus révélatrice d’un contexte de tension autour de la question.
En droit européen des droits de l’Homme, spécialité de Céline Lageot, les affaires Autopreminger Institute, Wingrowe, ou encore IA contre Turquie révèlent bien cette tension entre les deux libertés, de religion et d’expression, qui s’exprime dans l’espace public. Le symbole de la mort du Chevalier de la Barre en 1766 - dernière condamnation en date pour cause de blasphème en France - a alors plané dans l’amphithéâtre, au fil des différentes interventions, en signe du refus catégorique de ces universitaires de voir un jour le retour de ce délit à l’essence religieuse.
Le but de la journée étant de susciter un débat, des interrogations, mais surtout d’apporter des éléments de réponse, la perspective juridique prévue pour l’après-midi a été soutenue par un éclairage historique, philosophique et théologique très complet le matin en préambule.
Suivez les résumés des interventions d’Eric Gojosso, professeur à l’Université de Poitiers, pour le point de vue historique ; Guy Haarscher, professeur à l’Université libre de Bruxelles, ainsi que Dominique Breillat, professeur à l’Université de Poitiers, pour le point de vue philosophique et politique ; des différents représentants d’institutions religieuses chrétienne (Père Julien Dupont), musulmane (Boubaker El Hadj Amor), juive (Paul Lévy) et protestante (Roland Poupin) pour la perspective théologique ainsi que les différents intervenants sur les questionnements juridiques sur le blasphème en droit français et droit international (Céline Lageot), et en droit pénal (Raphaëlle Parizot) prochainement consultable dans la rubrique conférence…

Partager

Commenter

TAGS

EN IMAGES

Milan Sciences Po Couverture de "La femme qui tremble : une histoire de mes nerfs", (...) Le Sénat

Visiteurs connectés : 4