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Violences et Insécurité ; Fantasmes et réalités dans le débat français

Laurent Mucchieli

vendredi 1er mai 2015, par Amandine Samson, Florentin Pineaud

Biographie de l’auteur :

Laurent Mucchielli est chargé de recherches au CNRS et directeur du CRSDIP (Centre de recherches sociologiques sur le Droit et les Institutions Pénales). Violence et insécurité n’est pas le seul ouvrage qu’il a consacré à cette thématique, puisqu’il a également, entre autres, écrit La Frénésie sécuritaire : retour à l’ordre et nouveau contrôle social en 2008 et L’Invention de la violence en 2011.

Résumé de l’ouvrage

L’ouvrage intitulé Violences et Insécurité, publié en 2002, est un essai qui tente de défaire les stéréotypes et les amalgames qui se cristallisent autour de la question de la violence urbaine et juvénile depuis quelques années. Comme le sous-titre l’indique, le sociologue et écrivain Laurent Mucchielli souhaite en effet démontrer les « fantasmes et les réalités » qui opèrent de nos jours au sein des discours politiques et médiatiques concernant l’insécurité et les violences urbaines. L’intérêt de cet ouvrage proposé par Laurent Mucchielli est ainsi de dépasser les analyses habituelles, afin de comprendre réellement les mécanismes qui gravitent autour de cette question ; et par conséquent être en capacité de produire un discours cohérent. C’est, en effet, l’incompréhension qui empêche la réalisation d’une analyse rationnelle concernant le débat sur l’insécurité et la violence en France.

Intérêt du livre  

Dans un premier temps, Laurent Mucchielli tente de démontrer que les discours produits ne reflètent pas toujours les réalités des banlieues et relèvent d’une construction médiatique. Cependant, ce discours biaisé et cette orchestration délibérée de la violence juvénile sont aussi l’oeuvre des instances politiques et institutionnelles. Enfin, dans une troisième partie, Laurent Mucchielli esquisse un discours neutre et rationnel sur la violence et l’insécurité urbaines : analyser les faits de manière objective est la seule façon de trouver des solutions concrètes et réalisables.

Une construction médiatique

Depuis déjà plusieurs décennies, la banlieue a pénétré dans l’univers télévisuel et de plus en plus de programmes sont consacrés à ce sujet en particulier. Ainsi, les « violences urbaines » ont clairement été dépouillées de leur caractère politique et sont traitées comme de simples faits divers par les médias. Cette dépolitisation apparente du traitement de la violence dans les banlieues participe activement à la diffusion d’un sentiment de peur croissante auprès du public. On assiste en effet à une « dramatisation de l’insécurité » ainsi qu’à une multiplication impressionnante des séries policières françaises. La violence devient une fiction, un objet de divertissement et est, par conséquent, totalement banalisée. Les médias ne cessent d’instrumentaliser les faits pour qu’ils paraissent permanents, comme par exemple dans le cas de la violence à l’école ; en réalité, et heureusement, les agressions physiques sur les professeurs restent des évènements marginaux. Par ailleurs, cela ne fait que participer à une stigmatisation croissante de la banlieue et de ses habitants : les noms des écoles ou quartiers sensibles sont par exemple régulièrement publiés.
Par ailleurs, les médias, afin d’appuyer leurs discours et tenter de légitimer leurs propos, font très régulièrement appel à des individus se revendiquant comme « experts » de la sécurité, pour que ces derniers convoquent les évènements ayant lieu dans les banlieues. Or, définir ces « experts » s’avère en réalité très complexe. Qui sont-ils ? Selon Laurent Mucchielli, on assiste au « développement d’une « expertise » policière ou parapolicière qui tente de se donner une allure scientifique et une légitimité universitaire contribuant ainsi à une confusion des genres, du moins à un brouillage des identités ». La sécurité est donc devenue un thème d’étude à part entière, et c’est ainsi que dorénavant des formations universitaires se focalisent uniquement sur ce thème.

Les médias et les dits « experts » de la sécurité ne sont en revanche pas les seuls à produire un discours faussé concernant la situation dans les banlieues.

Les instances politiques et institutionnelles

En effet tout comme les médias, la police publie des statistiques et c’est ainsi qu’elle a, entre autre, défini 8 niveaux de dangerosité des quartiers : de tels chiffres s’avèrent être, une fois de plus, très stigmatisant pour les banlieues et leurs habitants. Dans son ouvrage, Laurent Mucchielli met aussi l’accent sur la responsabilité des forces de l’ordre dans le développement de la violence et de l’insécurité dans les banlieues. En effet, même si l’image diffusée par les médias accable toujours les jeunes des cités, et principalement les jeunes issus de familles d’immigrés, la police joue un rôle prépondérant quant à l’apparition et l’alimentation des tensions au sein des banlieues.

Une analyse objective

Le sociologue, après avoir exposé les discours faussés des médias et de la police concernant la violence et l’insécurité urbaines, souhaite produire une analyse objective (qui se détache donc des stéréotypes et fantasmes diffusés par ces deux instances) et ainsi provoquer une prise de conscience chez le lecteur à propos de la réalité de ces phénomènes. Pour ce faire, Laurent Mucchielli adopte donc une perspective nouvelle, qui prend en compte des critères historiques et sociologiques de l’évolution des banlieues, afin de trouver des solutions concrètes et réalisables.

Quelles solutions ?

A partir d’analyses économique, politique, historique, sociologique, l’auteur propose des solutions pour envisager une possible réduction de la délinquance juvénile. Tout d’abord, l’auteur préconise un renforcement de la police de proximité et une plus grande uniformité du traitement administratif de tous les quartiers. Il est également nécessaire de se concentrer sur une remise à niveau du système scolaire, qui actuellement est trop inégal et trop sélectif. Ensuite, la lutte contre le racisme doit être considérée comme « une priorité nationale » : un changement des mentalités entraînera inévitablement une meilleure acceptation de l’autre et une meilleure cohabitation. Puis, Laurent Mucchielli souligne la nécessité de « développer des structures locales de régulation collective dans les quartiers » pour enfin sortir du perpétuel affrontement jeunes contre forces de l’ordre.

Voir en ligne : Blog Mediapart de Laurent Mucchieli

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