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Conférence de Ludivine Bantigny

La France à l’heure du monde ; de 1981 à nos jours

vendredi 1er mai 2015, par Marianne Charamon


Conférence de Ludivine Bantigny autour de son ouvrage « La France à l’heure du monde ; de 1981 à nos jours » publié en novembre 2013

On ne retient jamais les mêmes événements, et on n’a jamais les mêmes perceptions sur les événements. Cela est lié à ce qu’on appelle l’effet d’âge et à l’effet de période qui, une fois combinés, créent un effet de génération.

 1968 et le rapport à la conscience historique.

Quelle légitimité vis-à-vis d’une période aussi récente ?

On peut faire, à partir de ce thème, plusieurs histoires et plusieurs livres, il n’existe pas de livre canonique. Il faut donc chercher à interroger les fondements de l’Histoire : y a-t-il une neutralité possible, une « neutralité axiologique » pour reprendre les termes de Weber ? Nous sommes toujours engagés, notamment par les thématiques mises en exergue. Une Histoire a forcément un point de vue, une focale qu’il faut assumer comme tel. Il faut opérer un minimum de réflexivité élémentaire pour ne pas avoir l’hypocrisie de prétendre à une histoire neutre.

Il ne faut pas avoir peur de traiter de questions brûlantes dans la mesure où les questions historiques se rapportent toujours au présent. Ce n’est pas l’éloignement qui engage forcément des questions brûlantes : la période la plus récente peut donc être traitée par l’historien. Cette période de 1981 à nos jours ne doit pas être prise comme un bloc : il n’y a pas d’homogénéité ni d’entité. Il faut interroger ce qui fait la spécificité de ce cette période et, selon les angles d’approches, montrer qu’il y a des moments de tournants, de ruptures.

 Caractéristique globale de la période : c’est une réaction.

L’entrée dans les années 80 représente une réaction à différents sens :

  • Réaction au sens strict, elles viennent après les années 70 et réagissent à cette période (les années 68, marquées par l’événement mais aussi par la trainée de poudre laissée par l’événement)
  • Réaction politique : restauration. Obsession au 19ème de « Terminer la révolution ». On est face à un désir d’en terminer avec les désirs contestataires. On cherche à revenir en arrière, ce qui nous invite à réfléchir sur l’imbrication historique : conscience d’appartenir à l’histoire et de FAIRE histoire.

Dans les années 80, le trait dominant est celui de la résignation au présent, au système tel qu’il existe. La pensée dominante est celle qui dit qu’il n’y a pas d’autre monde possible. Cette période n’est pas non plus homogène. Au milieu des années 90, il y a une vraie rupture en termes politiques, sociaux et culturels.

En 1995, il y a une grève généralisée par rapport à la réforme Juppé qui remet en question le régime de protection sociale suite à des dépenses de santé trop importantes. Suite à ça, nous nous retrouvons face à un énorme soulèvement. Mais ce n’est pas seulement cet événement qui fait rupture ; en effet il y a également une nouvelle culture politique qui se dessine avec des intellectuels collectifs et une pensée critique.

 Perspective économique

Au niveau économique, dans les années 80, c’est cette réaction qui nous fait entrer dans le néolibéralisme. Les Etats interviennent aussi et contribuent à la dérégulation libérale généralisée. Il y a alors un déplacement fondamental : la rentabilité du capital se trouve dans la finance et plus dans la production. C’est un changement de culture économique et même philosophique ; non seulement tout devient une marchandise (capitalisme et loi du marché) mais les individus doivent devenir des entrepreneurs, d’eux-mêmes (responsabilité individuelle) et des usagers. Il s’agit alors de réagir aux années de la contestation, à toutes ces luttes.

Mitterrand : "Il faut laisser le temps au temps"

En 1983, lorsque la gauche arrive au pouvoir pour la première fois sous la Vème république, Mitterrand estime qu’« Il faut laisser du temps au temps ». A ce moment-là, le gouvernement sait qu’il va disposer d’un temps long pour appliquer ses réformes et un programme quasi néo-keynésien se met en place : relancer la production par consommation, augmentation des salaires, des prestations sociales et des pensions et surtout, mise en place de réformes fondamentales (abolition peine de mort ou dépénalisation de l’homosexualité)

Dès l’automne 81, il y a n nouveau changement de politique ; on a moins une politique par tournant que par inflexion. Le gouvernement commence à dire que cette politique néo-keynésienne engendre de l’inflation et toute une sorte d’effets négatifs. On se retrouve alors avec l’idée de changement de priorité, en tentant une relance de croissance par la relance des investissements avec une priorité également aux aides aux entreprises.

Moscovici : "L’entreprise n’est ni de gauche ni de droite".

En effet Le terme d’entreprise n’était pas utilisé par la gauche auparavant. L’entreprise devient à partir des années 80 l’étalon qui permet de mesurer la bonne santé d’un pays. Il y a donc un changement politique qui s’opère, voire un changement de culture politique. Cela explique la possibilité de cohabitation : s’opèrent des phénomènes de triangulation, de politiques qui peuvent aussi bien être menées par la droite, la gauche ou le centre. Il y a une idée de convergence politique sur quelques priorités qui font désormais l’unanimité. Il y a donc un contraste entre les imaginaires et la réalité des politiques menées.

 L’évolution du rapport au temps

Par ailleurs le Rapport entre le temps et le travail est également un aspect important. Le temps peut être observé comme un rapport de force. En effet, ce qui apparaît comme nouveau dès les années 80, c’est un nouveau rapport de production : le productivisme réactif qui porte aussi le nom de toyotisme. Productivisme réactif dans la mesure où c’est une façon de toujours réagir à la demande du client. C’est une nouvelle façon d’engager le temps dans la production qui remplace le taylorisme. Néanmoins, le taylorisme n’a pas disparu pour autant, notamment dans le travail à la chaîne. Il ne cesse justement de se développer : 25% des salariés français travaillent aujourd’hui à la chaîne. Le taylorisme coexiste donc avec ces nouvelles structures de production. Globalement, les études concluent qu’il y a eu une intensification du travail en termes de nécessité de la rentabilité et une réelle mise en concurrence.

Le Rapport à la mort a également beaucoup changé. Il y a une révolution anthropologique, notamment avec les incinérations. Elles concernaient moins de 5% des funérailles au début des 80’s, aujourd’hui, on est aux alentours de 60% et encore plus dans certaines villes. Cela engage de nombreuses choses notamment au niveau des usages, coutumes, croyances, etc.

 Est-ce que notre culture, notre cinéma sont devenus présentistes ?

Nous sommes enfermés dans un présent sans avenir. Obsession du passé comme on le voit avec de nombreux romans qui prennent en charge la mémoire des guerres. Le passé vient hanter les vivants et il y a une véritable obsession de l’alternative de l’avenir.

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