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Le multiculturalisme est-il mort ?

vendredi 13 mai 2011, par Julie Picoulet, Mathilde Siraud, Romane GUERIN

  Introduction

Concept largement repris dans l’actualité par les médias et les politiques, souvent de façon erronée, le multiculturalisme est devenu un modèle en crise. En Europe, les chefs d’État s’en sont servi comme prétexte populiste pour animer la peur et le sentiment anti-immigration. Le 10 février dernier, Nicolas Sarkozy affirmait : « dans toutes nos démocraties, on s’est trop préoccupé de l’identité de celui qui arrivait et pas assez de l’identité du pays qui accueillait. » Cette annonce intervient juste après celles de David Cameron au Royaume-Uni et d’Angela Merkel qui faisaient l’objet d’un même constat d’échec. Cependant, si on s’en tient à la définition du concept par son théoricien canadien Charles Taylor, il apparait que le multiculturalisme n’a jamais fait office de politique d’intégration en Europe : au mieux il était un mot d’ordre, au pire un champ de réflexion.

La déclaration de Nicolas Sarkozy dans l’émission "Paroles de Français" :

Pour en savoir plus :

 La politique de reconnaissance de Charles Taylor

Charles TaylorDans son livre de référence, Multiculturalisme – différence et démocratie (1997), Charles Taylor définit le multiculturalisme comme un ensemble de modalités institutionnelles qui tendent à gérer la diversité culturelle. Face à la tentation communautariste, il prône l’universalisme et la reconnaissance publique : « la reconnaissance n’est pas seulement une politesse que l’on fait aux gens : c’est un besoin humain vital ». La société démocratique doit traiter tous ses membres en égaux et être un cadre de l’épanouissement et de l’accomplissement de chaque individualité au sein d’un « dessein collectif ». Le lien entre la reconnaissance et l’identité est fondamental. « L’identité est partiellement formée par la reconnaissance ou par son absence, ou encore par la mauvaise perception qu’en ont les autres ». Le déni de reconnaissance est donc une forme d’oppression, une atteinte à l’honneur et à la dignité humaine dans la pensée de Taylor.

Pour en savoir plus :

 Le Canada, pays d’immigration

Ce cadre théorique permet de comprendre la politique multiculturelle du Canada. Le 15 mars dernier, l’universitaire canadien André Magord est venu à l’Université de Poitiers présenter le modèle d’intégration de son pays, souvent pris comme exemple de réussite en matière d’immigration. Le Canada a des origines anglaises et françaises. Les colons se sont souvent imposés sur les terres de ceux qu’on appelle les « native people », ou populations autochtones. Au XIXe siècle, le pays connait une vague d’immigration européenne considérable. 26 millions de personnes, pour la plupart originaires du continent européen, tentent leur chance. Comme les États-Unis, l’immensité du territoire et le rêve de réussite attirent. À cette époque, aucune politique ne restreint le droit à l’immigration : tant que du travail est disponible, les immigrants peuvent s’installer. L’immensité des espaces permet d’éviter autant que possible les conflits interethniques. La théorie du melting-pot à l’américaine fonctionne pour les populations blanches, mais rejettent les latino-américains et les populations noires.

Illustration du multiculturalisme

 La question du Québec et le biculturalisme

En 1763, la France abandonne ses territoires au Canada par le Traité de Paris. Les Québécois revendiquent des velléités d’indépendance, organisent une rébellion en 1837, écrasée par l’armée britannique. L’Église catholique joue un rôle majeur dans la recherche d’un compromis politique. En 1963, le Canada devient bilingue (anglais-français) et biculturel, prémisse à l’instauration d’une politique multiculturelle.

Pour en savoir plus :

 L’unité dans la diversité

Panneau de signalisation bilingue devant le Parlement du CanadaAu XXe siècle, des quotas ont été établis pour limiter l’arriver des immigrants et préserver la domination des WASP (White Anglo-Saxon Protestant). Une loi de 1967 interdit la discrimination sur la race et l’origine de la race. En 1971, le pays devient officiellement multiculturel et bilingue. On compte près de 200 groupes ethniques. La devise canadienne promeut le maintien de la culture ethnique, facilite la participation à la société canadienne et revendique l’identité nationale sur la base de l’interaction et de la rencontre. Toutes les identités sont reconnues, et c’est une véritable politique du vivre-ensemble qui se met en place. Le gouvernement se dote pour cela d’un conseil ethno-culturel et d’un ministère du multiculturalisme. La politique est réévaluée constamment pour adapter les institutions à la diversité. C’est véritablement la question du vivre-ensemble qui compte, l’altérité étant le moteur de la dynamique humaine.

Pour en savoir plus :

 Conclusion

On comprend désormais pourquoi il est délicat de parler de multiculturalisme au sujet de l’Europe, et notamment de la France. La France présente un modèle républicain d’intégration. Le terme « multiculturalisme » est apparu dans notre pays en 1978 seulement et comprend différents modèles. Sa réalité sociologique et sociographique est occultée et aucun programme ni aucune politique n’a tenté de la définir. La France, au nom du neutralisme, préfère ignorer les particularismes : l’État revendique le monopole de l’universalité, et en cela, participe à la focalisation négative sur les minorités.

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1 Message

  • Le multiculturalisme est-il mort ? Le 31 mai 2011 à 00:01, par Martin Rass

    Le "Canadien" André Magord est bien quelqu’un de chez nous, professeur de civilisation Nord-américaine à l’université de Poitiers.
    Sinon, vous le dites bien que l’on ne peut pas parler de la "mort du multiculturalisme" s’il n’a jamais été question de l’introduire, en tout cas valable pour la France, surtout si on confond en plus multiculturalisme et communautarisme. Pour l’Allemagne et surtout le Royaume Uni, c’est plus compliqué.
    Votre article aurait peut-être aussi plus de poids si vous indiquez des sources autre que wikipedia - sur ces sujets les articles wikipedia, eux-même compilateurs de sources peuvent être un début, mais ne mènent pas à un approfondissement.

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