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La Constitution de la liberté

A partir d’une fiche de lecture élaborée par Matthieu Briat

jeudi 23 avril 2015, par Jérémy Raoul

Economiste britannique et philosophe libéral, Friedrich von Hayek (1899-1992) a développé sa pensée autour de l’assertion que les mécanismes socioéconomiques sont beaucoup trop complexes pour être régulés. Ce penseur ultralibéral, originaire d’Autriche, a remporté le prix Nobel d’économie en 1974 et est connu pour ses principaux ouvrages que sont La Route de la servitude (1944), La Constitution de la liberté (1960) et Droit, législation et liberté (1973). Von Hayek s’oppose aux intellectuels « constructivistes » : son œuvre se développe ainsi autour de la thèse que tout projet de société collectiviste ne prend pas en compte les particularismes individuels, la liberté de chacun et l’imprévisibilité des actes des différents acteurs socioéconomiques. Par conséquent le philosophe prend pour cible aussi bien le keynésianisme (omniprésent après la Seconde Guerre mondiale), le socialisme que le conservatisme constructiviste. Friedrich von Hayek est considéré comme le père de l’ultralibéralisme au XXe siècle.

La Constitution de la liberté (The Constitution of Liberty) s’inquiète de l’évolution des démocraties libérales. D’après l’auteur, bien que ces dernières fussent victorieuses du nazisme, elles sont sous la menace du socialisme radical incarnée par l’Unions Soviétique. Il voit régner dans l’évolution de ces démocraties l’ignorance, le doute, voire le mépris des valeurs sur lesquelles est fondée la société occidentale. Et la liberté, la plus grande de toutes, n’est pas épargnée. Il veut répondre à ces interrogations majeures. Friedrich von Hayek décide d’adopter une posture d’historien, de juriste, d’anthropologue, voire même de psychologue. D’après lui, l’économie ne suffit pas à expliquer les racines et les exigences de la liberté.
Le philosophe distingue dans un premier temps la liberté et les libertés. La première fait référence à la liberté individuelle. C’est-à-dire, elle se réfère au fait que l’Homme entre dans l’Histoire sous la forme de deux catégories : l’homme libre et celui qui ne l’est pas (esclave). Les secondes sont des types de liberté, plus précisément « une liberté de », « une liberté par rapport à ». La liberté et les libertés sont des concepts positifs dans l’imaginaire collectif puisqu’ils supposent l’absence de coercition. La liberté correspond à une situation où tout ce que n’interdisent pas des règles générales est permis. À l’inverse les libertés suggèrent une situation où tout ce qui n’est pas explicitement permis est interdit.
Friedrich Hayek affirme que la justification de la liberté individuelle se fonde principalement sur le constat de notre inévitable ignorance concernant un grand nombre de facteurs dont dépend la possibilité de réaliser la plupart de nos objectifs, ainsi que notre bien-être. Or, la tendance rationaliste semble devenir de plus en plus prégnante dans nos sociétés. D’après elle, l’Homme connaît tout ou du moins détient les moyens pour tout connaître. Le philosophe autrichien regrette alors que l’on passe trop de temps à vouloir tout connaître. C’est une perte de temps car la civilisation permet à l’individu de lui donner un savoir qu’il ne pourrait atteindre individuellement.

La nécessité de non-intervention

L’auteur estime que la réussite des projets humains réside dans le principe de non-intervention. Le contrôle de la vie sociale aurait provoqué le déclin du socialisme selon Hayek. Par socialisme, il désigne plus précisément l’Ecole Marxiste. Il affirme que l’organisation socialiste ne peut que déboucher sur une hiérarchisation plus rigide car elle résulte d’une peur de la liberté individuelle. Or, il est certain qu’au niveau économique, l’organisation socialiste est moins fructueuse que la libre entreprise.
L’accumulation des interventions de l’État-providence nuisent à la liberté. L’État s’accorde sur les buts mais ne se pose aucune limite sur les méthodes utilisées. La sécurité sociale en est l’illustration. L’obsession d’atteindre le but préalablement fixé, comme la réduction de la pauvreté, est dangereuse pour la liberté et constitue un frein à la réflexion d’après Friedrich Hayek. On ne réfléchit plus sur la moralité des méthodes utilisées, tous les moyens sont bons afin d’atteindre la réduction voire l’éradication de la pauvreté. L’auteur est conscient de l’ambiguïté de certains de ses propos. C’est pourquoi il ressent le besoin d’exposer les différences fondamentales entre le conservatisme et le libéralisme. Quand les conservateurs ont peur du changement et sont méfiants envers la nouveauté en tant que telle, les libéraux ont l’audace de vouloir laisser faire les évolutions sans que l’on sache sur quoi elles vont déboucher.

La Constitution de la liberté est un ouvrage remarquable et complexe qui analyse la notion de la liberté, sa valeur, son évolution mais aussi son dévoiement par nos gouvernants. Sa qualité réside en grande partie dans l’adoption d’un plan heuristique par son auteur. Ce plan permet l’analyse des différentes théories autour de la notion de liberté mais également de poser les critères selon lesquels des mesures déterminées devront être évaluées quant à leur compatibilité avec un régime de liberté.
Par ailleurs, cet ouvrage montre une pensée novatrice qui se détache de toutes les pensées dominantes, en particulier de la pensée rationaliste qui est actuellement à l’origine de la majeure partie des politiques menées par nos États. (exemple donné dans la fiche de lecture ci-jointe) Cependant, l’ouvrage semble moins convaincant dans sa troisième et dernière partie. Contrairement à la première consacrée à l’analyse de la liberté, les idées explicitées dans la troisième partie sont dénuées de nuance. Les idées sont arbitraires et ne paraissent pas en adéquation avec le titre de l’ouvrage. On s’éloigne alors de l’objet de constitution. (exemple donné dans la fiche de lecture ci-jointe)
La Constitution de la liberté n’est pas un ouvrage destiné seulement aux partisans du libéralisme. C’est un ouvrage majeur qui analyse avec précision les comportements sociaux et étatiques de nos sociétés contemporaines. C’est pourquoi cet écrit est encore d’actualité.

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