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Le citoyen de verre : entre surveillance et exhibition

Wolfgang Sofsky

vendredi 3 avril 2015, par Marine Claude

Quentin Savariaux

 Wolfgang Sofsky

Wolfgang Sofsky est un sociologue, journaliste et écrivain allemand qui s’intéresse aux questions de la guerre et du pouvoir. Il écrit régulièrement dans différents journaux tels que le Neue Zürcher Zeitung, le Frankfurter Allgemeine Zeitung, et Die Welt. En 1993, il reçoit notamment le Prix frère et soeur Scholl (qui récompense chaque année un auteur pour son indépendance d’esprit et son courage moral), pour son ouvrage L’organisation de la terreur -les camps de concentration, dans lequel il formule une analyse du système concentrationnaire nazi en le considérant comme une société quelconque.

 Présentation de l’ouvrage

Dans son essai, l’auteur traite des pratiques de surveillance, de contrôle et d’espionnage auxquelles nous nous exposons et nous soumettons en tant que citoyen des sociétés démocratiques contemporaines. Sofsky met en cause la perte de liberté au profit d’une sécurité hypothétique puisque dépendante de la capacité des individus à conserver et défendre leur espace privé dans une société « envahie par la vie publique ».

Selon Sofsky, nous sommes tous plus ou moins des citoyens de verre, des êtres transparents car nous n’avons plus de secrets pour ceux qui nous entourent et ceux qui nous dirigent. Nous sommes coupables parce que nous participons activement à faire évoluer nos sociétés vers un avenir proche du cauchemar d’Orwell, où nul n’est plus libre de rien. Pour l’auteur, l’homme d’aujourd’hui a un désir de reconnaissance qui prévaut sur la volonté d’une grande liberté dans l’espace public, ce qui le conduit à s’exposer à de grand dangers.
Dans le cadre de sa présentation des acteurs ou phénomènes nocifs pour la vie privée des citoyens, Sofsky nomme l’État qui participerait à la réduction de l’espace privé dans son chapitre " Pouvoir et espace privé". Ne pouvant pas se permettre de faillir à sa tâche de gardien, le pouvoir est incité à espionner ses sujets pour anticiper et intervenir pour éliminer les éléments pouvant mettre à mal sa légitimité. Cela permet à Sofsky d’affirmer que ce n’est pas à l’État de droit de garantir la liberté du privé et que cette tâche incombe à chaque individu.
Dans le chapitre « Retour sur le passé », l’auteur s’intéresse à la définition de ce qu’est l’espace privé et montre que les frontières entre espaces publics et privés ne sont pas fixes.
Les chapitres "Zones réservés de l’individu" et "Les secrets du corps" traitent de ce qui fonde l’intégrité de l’être humain. En ce sens, l’auteur montre que le corps est le cœur du privé : face à l’oppression du pouvoir, il est "la cachette la plus sûre". Chacun doit conserver une forme d’intimité, sorte de souveraineté dans le rapport à soi.
Au cours du chapitre "Informations", le sociologue met en garde contre deux phénomènes qui rendent de plus en plus difficile de se cacher du regard d’autrui. Premièrement, l’homme moderne a de par son besoin de reconnaissance, tendance à divulguer facilement ses secrets : il en devient donc plus vulnérable. Deuxièmement, Sofsky affirme qu’il existe aujourd’hui une tendance partagée chez les Etats et chez les entreprises à rassembler « un nombre d’informations gigantesque » sur chaque individu.
Le dernier chapitre de l’essai « Liberté de penser » , Sofsky décrit les hommes modernes comme des êtres condamnés à obéir à l’endoctrinement à cause d’un espace public largement envahi. L’auteur termine son ouvrage en déclarant «  Aucune transformation des mœurs, aucune réforme sociale n’éradiquera ces vices et ces absences de vertu », et que « seule la révolution personnelle des individus pourrait y parvenir »

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