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Fiche de lecture (Surveiller et punir, Michel Foucault)

Naissance de la prison

vendredi 1er mai 2015, par AHoang, Romane GUERIN

Michel Foucault, né le 15 octobre 1926 à Poitiers et mort le 25 juin 1984 à Paris, est un philosophe français intéressé par le domaine des sciences sociales. Il a ainsi principalement travaillé sur les rapports entre pouvoir et savoir. Son parcours se compose de réussites académiques (agrégation en philosophie, chaire au collège de France) et ses publications sont marquées par son histoire personnelle. En effet, des expériences telles que des tentatives de suicide et des discriminations à cause de son homosexualité sont autant d’éléments qui ont développé un engagement poussé chez ce personnage. Michel Foucault déclara même que chacune de ses publications constituait un fragment de sa biographie. Il fut ainsi militant au sein de mouvement de gauche ainsi que le créateur du GIP (Groupe d’Information sur les Prisons), un mouvement aux actions décisives quant aux conditions de vie des prisonniers.

Son ouvrage Surveiller et punir, publié en 1975, est le fruit de recherches historiques qui concordent avec l’intérêt de l’auteur envers les systèmes carcéraux et disciplinaires. Comme l’indique le sous-titre, l’ouvrage retrace la « naissance de la prison ». Pour cela, il met en lumière les pratiques qui sont à l’origine de ces systèmes. L’œuvre de Michel Foucault débute ainsi sur les traitements subis par les condamnés. L’auteur montre également comment la société s’est éloignée de ce système de punition corporelle et comment le pouvoir a trouvé une autre manière de s’exercer. Auparavant, et notamment sous l’Ancien Régime, le supplice était en effet un châtiment corporel qui témoignait d’un affrontement entre l’autorité royale et le condamné. Le châtiment corporel était alors une horreur mise en scène tel un véritable spectacle. Les supplices publics étaient ainsi une manière pour le roi de réactualiser son pouvoir sur le peuple. Après la description des supplices, le philosophe nous guide dans l’histoire des peines et nous explique le revirement qui s’est opéré. Le supplice corporel a en effet été abandonné pour des peines dites « incorporelles », autrement dit psychiques (enfermement et privation de droits par exemple). Pour le pouvoir, il s’agissait ici de ne plus être responsable de la sanction qu’il appliquait. Dès lors, on a effectué une gradation des peines en fonction des infractions. Cela a aboutit à un quadrillage de la société et à une économie des peines qui se veut dissuasive. Mais en plus de cette dissuasion, il s’agissait également de mettre en place une correction des individus afin d’éviter la récidive. Le postulat de Michel Foucault était alors que le système disciplinaire se multipliait et devenait une véritable manière de fonctionner en société. Le pouvoir, pour mieux surveiller ses sujets, va donc opter pour une pénalisation de la déviance. L’exemple très célèbre du « panopticon » de Jeremy Bentham est étudié. L’auteur explique que la nouveauté de ce système est que le pouvoir se situe au niveau de l’individu. Celui-ci est en effet lui-même porteur du pouvoir car il s’autocensure, ce qui témoigne d’un niveau de biopolitique très élevé. La conclusion du livre rappelle ainsi l’évolution des prisons : d’un rapport de force violent et d’une volonté de spectacle, nous sommes passés à des exécutions qui ne sont plus publiques et surtout à une société de surveillance constante. Le rapport de pouvoir s’exerce dorénavant de manière moins visible mais plus acceptée car les individus sont porteurs de ce rapport. Toutefois, l’échec de la prison est de ne pas avoir travaillé à la réinsertion mais uniquement à la correction comme une affirmation de l’autorité.

L’intérêt de l’ouvrage Surveiller et punir est donc tout particulier et le défi de Michel Foucault n’était pas facile à relever car il s’agissait là d’une des premières études sur les prisons. Devant la description des évolutions des systèmes de punition, le lecteur peut rapidement s’apercevoir qu’il s’agit là d’une démarche d’explorateur voire d’un véritable travail d’historien. L’œuvre qui nous est proposée tient ainsi de l’Histoire, mais aussi de l’histoire, car celle-ci nous est contée de manière très fluide et naturelle bien que scientifique. Ce travail porte donc la responsabilité de sa nouveauté car en plus de montrer l’historique des systèmes carcéraux et disciplinaires, l’ouvrage élabore toute une théorie sur les systèmes de pouvoir et de punition, qui peut s’inscrire dans un champ beaucoup plus large que celui de la « simple » prison. Outre son style élégant et sa distance scientifique, Michel Foucault apporte donc un outil pour penser les rapports de forces et beaucoup de problématiques annexes, tout cela sans délaisser de nombreux aspects variés tels que l’incidence des punitions sur la littérature. C’est d’ailleurs en ce sens que l’œuvre Surveiller et punir peut être considérée comme une pièce majeure du travail de Michel Foucault.

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