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Mythe de l’écologie

jeudi 20 novembre 2014, par Julie Picoulet, Romane GUERIN

La mode, aujourd’hui, c’est l’écologie. Être écolo, c’est bien vu, c’est cool. Alors influencé par la société et les médias, nous voulons tous devenir des écolo(gistes ?) en puissance. D’abord, il faut apprendre ce qu’est l’écologie : les émissions sur le réchauffement climatique diffusé sur Arte, les films, comme Home de Yann Arthus-Bertrand, les articles dans la presse quotidienne : « Réchauffement : une révolution économique est nécessaire »...
C’est vrai qu’elle fond, elle fond la banquise. Les bébés phoques de Brigitte Bardot se meurent faute de place pour se reproduire. Les coups de vent de l’hiver deviennent la tempête du siècle, les pluies automnales se transforment en torrents dévastateurs et meurtriers. Déforestation, réchauffement climatique, gaz à effet de serre, tous ces nouveaux mots pour décrire les maux de notre vieille planète. « La Terre se meurt », chantait C. Aznavour. Ô l’apocalypse est proche, la fin de notre ère aussi, s’écrient en chœur les pollueurs repentis ! La Planète Terre, trop surmenée, risque de nous faire payer nos excès dans les décennies à venir...
Qui n’a jamais entendu ce genre de réflexions alarmistes ? Les mythes qui entourent l’écologie sont nombreux, et apparaissent comme tous plus pessimistes les uns que les autres. L’écologie, source verte, éminence moralisatrice, est une science qui, grâce à sa clairvoyance immanente pourrait sauver l’humanité du terrible dessein auquel elle se trouverait confrontée. L’écologie est une « science ayant pour objet les relations des êtres vivants [...] avec leur environnement, ainsi qu’avec les autres êtres vivants », comme le défini le dictionnaire Larousse. Au début, elle observait la nature. Convertie maintenant en mouvement politico-social, elle nous crie d’agir ! Fer de lance de la protection de l’environnement contre la consommation effrénée des matières premières, des ressources non renouvelables, contre la destruction des écosystèmes, des forêts indonésiennes ou amazoniennes, elle se veut une force politique engagée, volontaire et puissante. Il faut sauver la planète, là, tout de suite, maintenant. Demain, cela sera déjà trop tard. Pour cela, les écologistes de la première heure n’hésitent pas à donner des conseils à tout va ; partout fleurissent les astuces pour sauver la planète, le « Top 10 des petits gestes pour la planète » : changer les ampoules électriques contre d’autres à basse consommation, fermer le robinet quand on se lave les dents, préférer la douche au bain, trier ses déchets, réduire le gaspillage alimentaire... Il est vrai que, comme le scandait le ministère de l’environnement, l’année dernière, durant sa campagne de sensibilisation : « il n’y a pas de petits gestes quand on est 60 millions à les faire » !De façon claire et répétée, les donneurs de leçons (relayés par les médias) nous martèlent que la veilleuse qui indique le mode veille de nos appareils électriques contribuent au gaspillage énergétique planétaire. Mais la réalité se situe-t-elle vraiment à ce niveau alors que bon nombre de grandes agglomérations du monde laissent leurs monuments et leurs prestigieuses vitrines allumés de jour comme de nuit ?
Théoriquement, si chacun fait un effort, la dégénérescence programmée de la planète pourrait être ralentie. La réalité est bien moins rose (ou plutôt verte ?).

L’idéal pour sauver notre belle et verdoyante planète serait alors de revenir à la nature, la vraie, la pure. Ne devrions-nous pas tous entendre cette voix de la raison, dans notre subconscient, qui nous répèterait quelque chose comme : consommateurs du monde entier, délaissez-vous de vos achats compulsifs, de vos voitures, de vos téléphones. Allez camper, pécher, cueillir des mûres en forêt, dire bonjour aux écureuils ? Ce mythe de la volonté éperdue de retrouver la « pureté naturelle » d’antan est très présent dans l’imaginaire des anti-écologistes, ou du moins des septiques.
Les baleines, les phoques, les escargots, les sycomores centenaires sont en danger, à cause de toi. Oui, toi, l’homme- consommateur. L’Homme, le vrai, vit en harmonie avec la nature, avec l’environnement qui l’entoure, avec les animaux, les végétaux... Les bobos-écolos ont d’ailleurs repris l’idée et l’image du « bon sauvage » : ce mythe, crée par Rousseau, propose que l’état de nature, qui est antérieur à la civilisation, est bon et naturel pour l’homme. Ce qui suppose que quand l’homme vivait en symbiose avec la nature, il se préservait mais la préservait aussi. Cette vision de l’homo-écolo renforce, dans l’imaginaire populaire, l’image d’un écologiste paysan et peu soigné. L’écolo prend une douche par semaine pour économiser l’eau, porte un barbe touffue et hirsute ; il vit entouré de chèvres dans les Pyrénées et répond à ses propres besoins grâce à la chasse, la cueillette et la pêche. Le retour à l’ « Âge de Pierre » en somme. Tout cela pour se rapprocher au plus près de Mère Nature, se connecter à son moi originel, à sa bestialité intériorisée.
Ce mythe de l’écolo-fermier n’est plus vraiment en adéquation avec la réalité du moment. Fini les sabots en bois. Aujourd’hui, les écologistes du monde entier utilisent les nouvelles technologies, créent des pages sur les réseaux sociaux, comme le groupe Facebook « les Jeunes Ecolos », organisent des événements pour se regrouper et se faire entendre, comme les Conférences sur le Climat dont la France sera l’hôte en 2015 ou encore les Sommets de la Terre pour ne citer qu’eux. Le combat écologiste s’est adapté à son temps, et aux préoccupations actuelles. Par exemple, dans son programme 2014, Europe Écologie, contrairement aux idées reçues, ne s’intéresse pas seulement à l’environnement et la nature, elle met aussi en évidence des propositions sociales et économiques, sur la fiscalité, le chômage ou encore l’éducation.

Dans la plupart des idées reçues sur les écologistes, on retrouve des images similaires : ils sont âgés, contre l’évolution de la société, les nouvelles technologies, vivent à la campagne... Or on se rend vite compte que c’est un mythe, crée de toutes pièces par les détractaires pour dévaloriser et réduire l’influence et la crédibilité du mouvement écologiste. Aujourd’hui, l’homo-écolo devient bobo. S’occuper de son potager et cultiver ses propres fruits et légumes ? Non, acheter bio, c’est moins contraignant et beaucoup plus moderne. Tricoter son pull en laine de mouton ? Non, il faut supporter le commerce équitable, pour reverser aux petits paysans du bout du monde de quelques centimes. Les écologistes contemporains sont issues des classes sociales les plus favorisés, et font partie d’une population plutôt jeune et éduquée. En effet, la majorité des personnes qui ont voté pour les listes d’Europe Écologie, sont des habitants jeunes et diplômés de grandes villes. Comme le montre un sondage TNS Sofres, relayé par Libération.fr en 2009, 32 % des cadres et des professions intellectuelles supérieures ont voté pour une liste écologiste et 24% des professions intermédiaires, contre seulement 12% des ouvriers. L’écologie séduit de plus en plus toutes les classes sociales. Elle n’est plus le fief des riches bobos-écolos ou des paysans du Vermont.

L’écologie est surtout portée par ses têtes d’affiche, plus ou moins antipathique selon les époques. D’un investissement personnel militant, rappelons nous de Allain Bourgrain-Dubourg et sa bataille pour limiter la chasse à la palombe, en passant par Corinne Lepage et son combat contre les faiseurs de marées noires, nous sommes passés à Nicolas Hulot (relayé par Yann Arthus-Bertrand) qui survole la planète (sans aucun impact environnemental !) dans son hélicoptère transportant toute une équipe de tournage à Cécile Duflot au gouvernement pour qui l’écologie, si elle veut se donner des moyens d’actions, doit entrer en politique.

Sources :

  • Deléage, Jean-Paul, Une histoire de l’écologie, Editions La Découverte, 1991.
  • Boy Daniel, le Seigneur Vincent Jacques, Roche Agnès, L’écologie au pouvoir, Editions Presses de Sciences Po, 1995.
  • Encyclopédie Larousse, L’écologie, Editions Librairie Larousse, Paris, 1977.
    Bernier, Aurélien, Un écologiste peut en cacher un autre, Le monde diplomatique, octobre 2012.
  • Matthieu Ecoiffier, Le portrait bobo des électeurs écolos, 9 juin 2009, Libération.fr
  • Lucien Sève, Sauver le genre humain, pas seulement la planète, Le Monde Diplomatique, novembre 2011.
  • Pierre Yves Morvan-Ameslon, Ecologie, environnement... mythes et réalité. Planète bleue et rêves verts,
  • http://ecologie-illusion.fr/petits_gestes_pour_sauver_la_planete_petits_effets.htm
  • http://www.sondages-election.com/programmes/programme-europe-ecologie-verts.htm

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Hans Magnus Enzenberg Milan

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