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"La démocratie au XXIème siècle" de Pierre Rosanvallon

Compte rendu de la conférence de Pierre Rosanvallon du 16.10.2014

dimanche 19 octobre 2014, par Auriane Piveteau, Douglas De Graaf, Lan-Fang Jaizu, Nicolas Defaye, Sara Bureau



A l’occasion de la (très formelle) rentrée de l’Université de Poitiers, la faculté de droit eut l’honneur d’accueillir un des intellectuel français les plus connus sur les thèmes de la démocratie : Pierre Rosanvallon.



  Qui est-il ?

Pierre Rosanvallon, historien, sociologue et intellectuel, travaille essentiellement sur l’évolution de la société française, l’histoire intellectuelle de la démocratie en France et mutations de la démocratie. Directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) et directeur du magasine La vie des idées, il occupe depuis treize ans, la chaire d’histoire moderne et contemporaine du politique au Collège de France. En 1982, il participe à la fondation du think tank Saint Simon.


  L’évolution du sens de la démocratie d’hier à aujourd’hui 

Le suffrage universel a eut un impact majeur sur la vie démocratique française. C’est à partir du 19ème siècle que les partis politiques émergent et commencent alors à être considérés comme essentiels afin de garantir une liberté politique et donc assurer la viabilité de la démocratie. Trois autres changements majeurs vont s’opèrer. Premièrement, on voit se développer des institutions non-élues dans tout les pays, et ce notamment au niveau UE. Ces autorités sont indépendantes et en charge de réguler les domaines dont elles ont la charge. Elles ont aujourd’hui un rôle prépondérant mais sont néanmoins contestées. Le second changement qui s’opère est le phénomène que Tocqueville qualifierait de dissociation, c’est à dire qu’aujourd’hui la démocratie a deux sens bien distincts : la démocratie en tant que société des semblables ou bien en tant que régime. De plus, il est nécessaire de constater que nous sommes passés d’un rapport de représentants-représentés à celui de gouvernants-gouvernés.

  Les institutions non-élues, régulatrices de la démocratie ?

Les institutions non-élues ont accompagné les sociétés vers des démocraties post-majoritaires. Il ne faut pas confondre la majorité comme principe de décision et comme principe de justification. Une majorité établit via le suffrage universel n’est pas nécessairement légitime dans le sens où elle ne représente qu’une partie des citoyens et car elle peut-être établie sur un nombre de participant réduit. C’est notamment le cas en France aux vues du pourcentage de l’abstention lors des élections de tout rang.

Il est nécessaire d’ajouter que les institutions autonomes sont désorganisées. Elles participent à la vie de la démocratie, mais sont un peu en dehors de celle-ci. Elles ont toutefois un poids important dans la politique. C’est notamment le cas des cours constitutionnelles qui établissent une hiérarchie des normes et répondent aux aspirations de la population.

  Le peuple et la nature de la démocratie

Sur un article de la revue de la vie des idées Pierre Rosanvallon aborde de terme de peuple : « le peuple principe se détache de la sorte du peuple sensible ; sa consécration politique rend plus incertaine son appréhension sociologique ».

L’Etat providence et le suffrage universel sont étroitement imbriqué, ils évoluent souvent ensemble. La peur du nombre selon Bismark, pousse le gouvernant à aller dans le sens de l’aspiration majoritaire nationale, sans quoi, il devrait faire face à une révolution. Aujourd’hui, se sont des menaces qui ne sont pas productrices de solidarité mais au contraire de séparation. La nation devient alors une classe de risque. On voit alors la création d’inégalités fortes.

  Qui se voit glisser vers un système inégalitaire 

Le capitalisme d’organisation, qui regroupe les différentes révolutions industrielles et technologiques, définissait un régime dans lequel la qualité de l’organisation générale (qui relève de stratégies telles que l’OST de Taylor) était déterminante pour créer des richesses. En somme, l’apport individuel n’avait pas un impact déterminant dans le sens où tout le monde est remplaçable. De nos jours, on parle de capitalisme d’innovation : la contribution des individus est devenue plus forte, ce qui souligne un nouveau rapport à l’égalité des chances, à l’égalité, au mérite, et de valorisation des compétences particulières. On tend donc vers un modèle qui se veut plus paritaire et égalitaire.

Le grand paradoxe de l’inégalité c’est qu’elle est le produit des individus eux-mêmes. Aujourd’hui, on tend à uniformiser les individus afin d’éviter toutes formes d’inégalité. Ceci entraîne deux phénomènes que Bourdieu caractérise d’homogamie sociale et de reproduction sociale. Ceci pourrait à terme créer une uniformisation des esprits qui pourrait se révéler dangereux pour la démocratie.

  La question du pouvoir exécutif 

La démocratie se caractérise par l’émancipation des individus face à un rapport de domination. Le pouvoir doit être impersonnel, en somme il doit être sujet de la loi car tout individu même le chef de l’Etat est responsable devant celle-ci de ses actes. Le pouvoir exécutif est donc soumis à l’approbation du pouvoir législatif.

Après la Première Guerre Mondiale, le pouvoir ne peut pas être seulement représentatif, il doit mettre l’accent sur l’exécution et la législation. La décision est donc un principe supérieur à la divulgation de la loi : l’exécutif est donc renforcé.

La reconnaissance du pouvoir exécutif au cours de l’histoire fut complexe car dans la majorité des cas il ne prenait pas une forme démocratique. Comment donner du poids à l’exécutif tout en respectant les principes fondamentaux de la démocratie ? En Allemagne, il se traduisait par un Etat d’exception dans lequel on méprisait la fonction parlementaire. On observa également la vision technocratique du pouvoir, puis totalitaire avec le régime communiste qui promeut de manière extrême le peuple en tant que force politique unique et absolue, mais qui finalement dote un individu de tout les pouvoirs politiques.

Au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, le parlementarisme s’impose de nouveau comme le modèle à adopter. Ce modèle se démocratise avec la gouvernance du Général De Gaulle, même si elle était à l’époque perçue comme un Etat d’exception.

On assiste peu à peu à un phénomène de présidentialisation, en d’autres termes, l’image de la personnalité politique et plus importante que son programme. Le pouvoir exécutif devient le pouvoir central, tandis que le législatif devient un point d’appui, un moyen de le contester. Et c’est à ce moment là, qu’entre en jeu la question de la confiance, celle que l’on a dans l’homme politique.

  En guise de conclusion 

En somme, il ne suffit plus désormais de détenir le pouvoir exécutif pour gouverner, il est nécessaire de gagner la confiance de la nation, et par conséquent acquérir la légitimité de l’exercice du pouvoir qui permet d’user de son autorité.

Il est important de souligner que la vie de la démocratie doit inventer des formes de régulation. Aimer la démocratie c’est aussi en comprendre ses complexités, ses enjeux et faiblesses.

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