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C’est la culture qu’on assassine

Livre de Pierre Jourde, article de Camille Cheminet

mardi 1er décembre 2015, par Douglas De Graaf, Jean Corbi

 Pierre Jourde

Pierre Jourde

Pierre Jourde est un écrivain, universitaire et critique littéraire français né à Créteil en 1955. Il est surtout connu pour ses pamphlets (La littérature sans estomac) contre les médias, et notamment le traitement de la littérature par le journal Le Monde, et ses prises de position sur la dégradation de la vie culturelle en France. Il est l’auteur d’essais sur la littérature moderne (Géographies imaginaires), de recueils de poésie (Haïkus tout foutu) et de romans (Festins secrets). Il tient depuis janvier 2009 le blog Confitures de culture sur le site littéraire du Nouvel Observateur où il publie régulièrement ses prises de position sur des sujets de société.

 Résumé

C’est la culture qu’on assassine est un recueil de chroniques rédigées par Pierre Jourde et publiées pour la plupart entre 2009 et 2011 sur son blog Confitures de culture, hébergé par le site internet du Nouvel Observateur. Ces chroniques sont regroupées par thèmes : les médias, l’éducation, la vie culturelle, éthique et littérature ... Comme l’auteur l’annonce dans son avant-propos, cette organisation thématique « fait mieux apparaître, au prix de quelques redites, la cohérence de la démarche ». Jourde adopte ici en effet un projet déterminé : la lutte contre l’anéantissement de la culture. Il ne s’agit donc pas pour lui de faire un état des lieux objectif de la vie culturelle en France, mais bien de donner son avis sur cette dernière, et même d’y apporter sa « contribution », mot qu’il emploie lui-même pour qualifier son ouvrage. Ce n’est donc pas un livre d’histoire culturelle, ni un traité d’esthétique, mais une prise de position dans l’espace public.
Jourde dénonce dans cette oeuvre les décisions politiques concernant la culture, qui selon lui font tout pour la dégrader et anéantir sa capacité à éduquer les citoyens. La culture se retrouve industrialisée et inféodée au point de vue dominant des dirigeants, politiques et économiques, du monde contemporain. Jourde appuie cette thèse en décrivant les mécanismes mis en place par les médias et les institutions culturelles pour reproduire incessamment les mêmes productions culturelles vides d’intérêt, pour toujours mettre en avant les mêmes artistes (par le biais des prix, des critiques, etc...). C’est pourquoi son analyse des médias contemporains, qui occupe la première partie du livre, est primordiale pour contextualiser son projet.
Mais Jourde ne se contente pas de publier de violentes critiques contre la « société du spectacle » mise en place par les hommes politiques et les médias, voire même par les auteurs eux-mêmes, il y propose également une alternative. Il insiste à la fois sur le rôle de l’école et sur celui de l’université et de la recherche, qui, à des niveaux différents, permettent aux citoyens de se cultiver, et donc de participer à la vie publique. Selon Jourde justement, le niveau de l’éducation est en constant déclin, les universités sont malmenées par les pouvoirs publics. La réforme de l’orthographe, qui tolère certaines erreurs, est le symbole de sa thèse selon laquelle la démocratisation culturelle se fait par un abaissement du niveau culturel.
Taxé d’élitisme (qualifiant tout un pan de la production culturelle de « sous-culture » avilissante), Jourde se réclame au contraire d’une culture populaire et considère que la meilleure façon d’améliorer l’accès à la culture est de favoriser des œuvres à la fois intelligentes et populaires, qui parviennent à « faire réfléchir et à divertir » (p.35), comme les textes de Victor Hugo, Molière, Georges Pennac ... L’auteur s’oppose donc fermement au relativisme culturel ambiant qui impose de respecter toute œuvre et empêche toute critique négative. S’il considère que le respect universel étouffe toute critique envers la culture, le thème du respect est omniprésent chez lui (respect des morts, des universitaires, des artistes)

 Critique

Les idées de Pierre Jourde quant à l’état de la vie culturelle en France sont donc de plus en plus claires et affirmées au fur et à mesure de la lecture, grâce à leur répétition dans différentes chroniques. Cependant, la forme de l’ouvrage n’étant pas celle d’un essai, il est difficile de dégager la thèse principale de Jourde et d’en comprendre le raisonnement logique ; ce sont donc bien les occurrences répétées de certaines idées qui permettent de comprendre le projet de l’auteur. Mais quelle est la force de ces idées ? La forme choisie par Jourde leur permet-elle de s’imposer au lecteur comme légitimes ... ?

 Conclusion

Ainsi, malgré l’apparente inadéquation entre la forme et le contenu de C’est la culture qu’on assassine (un ouvrage qui se veut argumenté et modéré alors qu’il est écrit sous la forme de chroniques passionnées, voire même parfois violentes), il faut lire cette oeuvre en entier comme un tout cohérent pour découvrir in fine l’incitation par l’auteur à la réflexion : « Je ne suis pas tout à fait sûr que cette idée soit juste. Elle travaille. » (p.277).

La fiche de lecture de Jean Corbi

Voir en ligne : Le blog de Pierre Jourde

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