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Marcela Iacub à Poitiers

mardi 3 mai 2011, par Léa

Marcela Iacub
Conférence du 21/01/11
Gérard X et son poney Junior

Fiche de l’auteur :

Nom : Marcela Iacub
Année de naissance : 1964
Lieu de naissance : Buenos Aires (Argentine)
Formation : Juriste, benjamine du barreau de Buenos Aires à 21 ans.
Vision féministe particulière : Elle défend la prostitution comme droit au travail ce qui a pour conséquence de dire que chaque travail est un mode de prostitution. D’autre part, chacune des ses apparitions provoque chez les féministes françaises de fortes passions tant sa position est radicale et anti-moraliste. Elle conçoit la femme comme égale de l’homme de manière naturelle et réprouve la loi française contre les violences conjugales, qui selon elle infantilise la femme, la met sous la tutelle de l’état comme un être que l’on doit protéger et qui ne peut se défendre seule.
Principales œuvres :
Le crime était presque sexuel et autres essais de casuistique juridique, Flammarion, 2002
Antimanuel d’éducation sexuelle (avec Patrice Maniglier), Bréal, 2005
Par le trou de la serrure. Une histoire de la pudeur publique, XIX-XXIe siècle, Fayard, 2008.
De la pornographie en Amérique, Fayard, avril 2010.
Confessions d’une mangeuse de viande, Fayard, avril 2011.

Conférence :


La loi interdisant les sévices sur animaux
existait au Moyen Age. On l’appelait « crime de bestialité ». La sanction était sévère : on brûlait l’homme coupable du crime et l’animal sur lequel le sévices était commis.
Cette loi fut abolie par la Révolution. Elle réapparait au XXème siècle, sous les termes suivants : « loi contre les sévices graves ou actes de cruauté envers les animaux domestiques tenus en captivité » (article 521-1 du Code Pénal). Dans un premier temps, elle ne concerne que les sévices produits en public puis elle s’étend au domaine privé. Dans les codes de procédures juridiques, cette infraction est punie de deux façons selon le degré de violence commise. Elle est considérée soit comme un délit (peine de prison) soit comme une contravention (amende). Marcela Iacub précise que cette loi a été créée en partie pour empêcher la production de films à caractère pornographique incluant des animaux.
Gérard X est employé dans l’administration pénitentiaire et propriétaire du poney Junior. Le fait est que leur relation va au delà d’une relation classique de cavalier/monture. En effet, Gérard X sodomise son poney. Trainé en justice, Gérard tente de se défendre devant ses juges. Selon lui, il s’agissait seulement d’un « jeu », Junior ne percevait qu’une « petite caresse ». De plus, il précise que l’acte de sodomie en l’absence de mauvais traitements, de brutalité ou de violence ne peut être qualifié de « sévices. »
Pourtant, la justice ne statue pas en sa faveur. Après le premier jugement, Gérard X a été condamné à une année d’emprisonnement assortie d’un sursis, à une amende de 2000€ reversée à la SPA et la fondation Brigitte Bardot ainsi qu’à l’interdiction de revoir son poney. Mécontent du jugement, Gérard X fait appel, mais la cour d’appel confirme la décision de la Cour de première instance. Gérard X pourvoit en Cassation, la Cour statue en faveur de la bonne interprétation de la loi le 4 septembre 2007.

Problèmes soulevés par cette décision.

1. L’animal peut-il consentir ? Le parallèle avec le viol humain.
Marcela Iacub remarque que la décision de la Cour d’appel concernant l’affaire de Gérard X et de son Poney Junior, reprend, à un mot près, les termes utilisés dans le Code Pénal pour le viol sur être humain (définition ci-après)

Tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui par violence, contrainte, menace ou surprise est un viol.
(art.222-23 du Code Pénal)


Ceci ajouté à l’utilisation du terme de « sodomie » ainsi que la nomination du poney par le prénom que lui a donné son propriétaire fait naître entre l’accusé et la victime une relation identique à celle que pourrait entretenir les hommes entre eux. La Cour cherchait probablement à identifier le poney à un enfant c’est-à-dire que à démontrer que comme l’enfant, le poney peut consentir ou non. Or on admet que l’essence de l’animal est de ne pas consentir et il est une « chose sensible », en d’autres termes un être qui ressent les choses mais ne les conçoit pas. Ainsi comment interpréter l’idée de plaisir ou de souffrance chez un animal ?

2. Difficulté pour déterminer le degré de violence.
La justice française peine à déterminer les sanctions encourues en fonction du degré de violence à l’encontre des animaux. Ce qui occasionne parfois des incompréhensions. Ainsi, le cas suivant a été sanctionné par la même peine que celle de Gérard X : mettre un chat dans une poche et le jeter au sol. En revanche, n’est pas sanctionné le fait de laisser des vaches dans un pré sans eau ni nourriture ; n’est pas sanctionné le combat de coqs ou la corrida qui sont pourtant des spectacles fondés sur le seul plaisir de voir l’animal expirer. On ne punit pas non plus la production de foie gras qui est pourtant une véritable pénétration, violente commis sur un animal et qui lui impose d’avaler une quantité de maïs qui équivaut, pour un humain, à une ingestion de 10 kg de nourriture !

3. Paradoxe français : la création des abattoirs sous Napoléon.
Le paradoxe est donc celui-ci : en France, on peut jouir de la mort d’un animal mais pas en jouir sexuellement même si cela lui apporte aussi du plaisir. Rappelons que l’abattoir a été créé sous Napoléon pour cacher la violence du spectacle de la mort d’un animal à la population. Seules deux personnes sont autorisées à être au fait du déroulement de la mise à mort d’un animal. Certains récits expriment clairement que les animaux ruent, se débattent pour sauver leur vie. C’est donc une preuve de la contradiction de notre société et de la décision de justice présente.

Possibles explications ?

1. Les crimes sexuels plus grave que les crimes de sang : obsession de la société actuelle
Une des explications à la résolution étrange de cette affaire est l’importance prise par les crimes de nature sexuelle en France. Il est aujourd’hui plus grave et plus sévèrement puni que certains crimes de sang. Il s’agit d’une obsession de la société. En effet, on considère que les crimes sexuels et de surcroît sur animaux sont l’antichambre de déviances et/ou de crimes plus graves.

2. La prédominance du consentement dans la loi française.
On observe que le vocabulaire utilisé dans l’affaire est le même utilisé que pour une affaire d’agression sexuelle sur un être humain. La différence réside dans le consentement. Dans la loi française, le plus important n’est donc pas l’acte mais le non consentement de la victime. La comparaison s’arrête là, l’animal ne peut consentir. Que puni t-on dans ce cas ? On peut en déduire que le but de la décision de la Cour n’était pas de condamner sévices perpétués sur l’animal mais bien de rectifier le comportement déviant de Gérard X. On a ainsi pénalisé le vice moral, le sadisme privé. On a condamné une jouissance non socialement validée. Ce qui démontre la volonté de la société de contrôler les vices humains et d’organiser les rapports des hommes entre eux et avec leur entourage.

La conclusion de Marcela Iacub est la suivante : 40 ans après
la libération sexuelle, plus de 200 ans après la fin de l’Ancien Régime, nous n’avons jamais été aussi proche de lui quant à la manière de contrôler les esprits. La seule évolution notable est que l’animal n’a pas été brûlé.

Pistes de réflexion soulevées pendant le débat.
1. Dans quelle propension l’État fait-il irruption dans la vie privée par la destruction des structures intermédiaires ?
2. La révolution sexuelle est-elle une évidence ?
3. La justice française tente-t-elle de punir l’homme quand il tombe dans la bestialité, quand il est s’exclut lui même du règne humain ?
4. Y a t-il une différence entre l’homme et l’animal ?

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1 Message

  • Marcela Iacub à Poitiers Le 31 mai 2011 à 15:06, par Martin Rass

    Bon résumé de la conférence.
    Il n’y a pas eu que des questions soulevées, il y a eu aussi des éléments de réponses, il manque peut-être aussi de façon explicite à ce que vous faites allusion : le monsieur n’a pas été condamné pour "sévices" qu’il a fait subir à son poney (le chef d’accusation), mais pour la perversion supposée derrière.
    Ce qui serait bien aussi, c’est de donner une petite bibliographie pour approfondir le sujet. (note en bas de page, liens, etc.)
    Côté forme aussi, votre article serait mieux servi si vous le découpiez en 3 onglets ou pages, mieux adapté en tout cas à la lecture en ligne.

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