Pour une Place d’Arbres

Pour une Place d’Arbres

Parce que l’espace public reste un bien commun, il nous appartient alors de nous en emparer pour y développer des infrastructures que nous pensons utiles à toutes et tous. Ce projet, dès lors, s’inscrit dans cette volonté de réappropriation de l’espace public, en réhabilitant la place centrale de Poitiers.

Genèse du projet : un constat partagé :

Notre projet de réhabilitation s’appuie sur un constat commun des poitevins et poitevines. La Place du Maréchal Leclerc, bien qu’elle ait été déjà réaménagée en 2011 (aplatie et piétonnisée), souffre d’incohérences.

La Place d’Armes est le lieu géographiquement et socialement central dans la ville, reliant l’Hôtel de Ville à la Préfecture, bordée de restaurants, cafés, magasins et cinéma. Pourtant, ce lieu ne bénéficie pas des aménagements à la hauteur de ses ambitions. Alors que cette place est censée être un point de rencontre (il l’est pour de nombreuses manifestations), on ne s’y arrête pas. On l’évite en été pour son exposition et la réflexion du soleil, et on y glisse en hiver sur ses pavés lisses.

Ce constat empirique est confirmé par la réalisation d’une consultation citoyenne, avec 117 réponses (dont près de 50% des interrogés habitent sur la place ou dans les rues environnantes) donnant la note de 4,3/10 à la place en l’état actuel. Ce haut taux de sondés vivant proche de la place et ayant souhaité participer à l’enquête montre l’enjeu que cette place représente pour les citadins. De plus, 94,6% des répondants souhaitent reverdir cette place et 88,2% sont d’accord avec notre projet. Pour le constat des insuffisances de la Place d’Armes, il est partagé par tous. L’installation de lieux de repos, bancs, chaises, etc. est plébiscitée par tous les répondants.

Graphique représentant les différentes réponses à la question : La création d’un parc sur cet espace vous plairait-elle ?

Notre projet :

Photomontage de Youssef CHERRADI

Notre projet est celui d’un reverdissement de cette place et d’une modification profonde de son rôle social. Fini les pavés, place à l’herbe !

Dans un contexte climatique et environnemental alarmant1, il nous semblait nécessaire de transformer l’urbanisme du centre-ville. De plus, nous pensons profiter d’une mairie écologiste (pour ce mandat)2 pour réaliser ce parc et rendre le projet politique performatif.

Les caractéristiques concrètes du projet :

La place entière, à partir des marches de l’hôtel de ville jusqu’aux abords de la route qui contourne la place, est cassée pour y mettre un couvert végétal dont la fauche sera raisonnée. Des haies seront installées le long de la route pour plus de sécurité, tout en délimitant l’espace avec de la verdure.

Des arbres adaptés à notre environnement seront plantés pour apporter une couverture végétale et de l’ombre. Des bancs, tables, et chaises, en matériaux recyclés, seront installés pour offrir aux personnes la possibilité de profiter du cadre. Toujours dans cette optique d’offrir un environnement de rencontre et de partage aux habitants, un barbecue commun sera installé. Une fontaine pour un point d’eau, rafraîchissant l’été, est prévu en bordure du parc (vers celle déjà installée devant l’ancien Printemps) alimenté par un système de réutilisation de l’eau de pluie (exploitable aussi pour les plantations). Enfin, n’oubliant pas le rôle social de cette place, nous avons décidé d’installer un amphithéâtre (accessible pour les personnes à mobilité réduite) qui s’enfonce au milieu du parc. Cet amphithéâtre, construit avec les pavés de la place « actuelle », pourra être un lieu de rassemblement, de culture, en bref, de vie.

Une grande tente, type yourte, sera positionnée à l’angle entre le Quick et le Castille, pour offrir un abri à celles et ceux qui le souhaitent, notamment les chauffeurs de service de livraison qui stationnent régulièrement ici. Enfin des sanitaires, accessibles à tous, seront aussi mis à disposition.

Plan du projet : on voit au centre l’amphithéâtre, à haut à droite, une tente et en bas, la fontaine.

Pour ce qui est des manifestations qui se rassemblent régulièrement sur ce lieu, nous avons pensé que l’amphithéâtre pourrait être un lieu de discussion politique, mais aussi que ces rassemblements pouvaient se dérouler à la Préfecture (en face) ou à Notre-Dame.

Un projet résolument engagé et partagé

Cette transformation radicale de la place Maréchal Leclerc, serait une modification inédite de l’espace public. Loin de planter seulement quelques arbres au milieu de pavés, nous souhaitons complètement modifier l’environnement et l’écosystème de cette place.

Alors que le rapport du GIEC3 nous annonce seulement trois ans pour modifier nos manières de vivre, nous souhaitons profiter de la nouvelle municipalité – écologiste depuis 2020 – pour faire de l’écologie un projet politique concret.

Pour réaliser ce projet, nous l’avons soumis et le soumettrons encore à l’opinion publique et à la décision populaire puisqu’il s’agit d’un espace public, par essence d’un espace en commun. Proposer ce projet à la volonté populaire, c’est aussi renforcer le lien entre les citoyens et les rapprocher de la politique et de ses effets concrets. C’est dans cette perspective que nous avons contacté la mairie pour leur évoquer notre projet. Ils nous ont brièvement répondu qu’en l’état actuel, une telle modification semblait complexe, d’autant que des travaux sont actuellement engagés avec des fouilles archéologiques. Ils nous ont toutefois demandé la permission afin de conserver notre projet.

Pour poursuivre dans une démarche écologique et sociale (l’un ne va pas sans l’autre, selon nous), nous comptons utiliser des matériaux recyclés et des espèces végétales adaptées pour reconstruire cette place. Nous avons ainsi contacté l’entreprise niortaise Cash Euro Palettes (au travers de leur agence pictavienne) réalisant du mobilier urbain en palettes récupérées, qui nous a répondu qu’un projet d’ameublissement de parc semblait réalisable. La réalisation de ce parc se fera donc avec des entreprises locales, mais aussi avec des établissements scolaires (notamment Lycées Agricoles) et tous les acteurs locaux qui voudront s’impliquer tels que les commerçants bordant la place, que nous avons rencontrés et qui ont répondu favorablement au projet, puisque permettant de redynamiser l’espace.

Pour conclure

Si ce projet peut sembler utopique, il est en tout cas nécessaire, non seulement au vu des réponses des habitants, mais aussi et surtout au regard de notre devoir écologique et social. Parce qu’ « il n’existe qu’un véritable luxe et c’est celui des relations humaines »4, notre entreprise est de recréer un écosystème tant végétal qu’humain.

Notes

  1. « 6ème limite planétaire dépassée : l’eau douce… dont dépend la vie sur Terre », Génération Ecologie, 2022.
  2. « Léonore Moncond’huy, nouvelle maire écologiste de Poitiers : “Je suis sûre que ce sera une super aventure” »,  [En ligne : https://www.lejdd.fr/Politique/leonore-moncondhuy-nouvelle-maire-ecologiste-de-poitiers-je-suis-sure-que-ce-sera-une-super-aventure-3979137].
  3.  « Rapport 2022 du Giec : une nouvelle alerte face au réchauffement climatique »,  [En ligne : https://www.vie-publique.fr/en-bref/284117-rapport-2022-du-giec-nouvelle-alerte-face-au-rechauffement-du-climat].
  4. « Terre des hommes – Antoine de Saint-Exupéry »,  [En ligne : https://www.babelio.com/livres/Saint-Exupery-Terre-des-hommes/16607].


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