Les Chemins Secrets de Poitiers

Les Chemins Secrets de Poitiers

Notre objectif premier : rendre l’usage de la rue aux habitants !

Nous souhaitons rendre à la ville une dimension humaine en valorisant les espaces piétons et les chemins discrets de Poitiers : nous voulons les rendre plus accessibles, plus agréables, plus écologiques et durables. On attend donc un double bénéfice du réaménagement de ces petites portions de voirie oubliées à Poitiers : améliorer la santé des citadins tout en créant les conditions d’une ville durable à la plus petite échelle, la rue. Nous avons pensé à favoriser le déplacement à pied dans ces zones, à rendre attractifs certains passages délaissés, à faire baisser la résonance indésirable dans des endroits clos et à permettre une régulation naturelle de la température dans ces espaces. En bref, nous avons voulu faire de ces passages des chemins alternatifs.

Où atterrir ? La pensée de Bruno Latour au service d’un projet de réhabilitation urbaine

Bruno Latour et son livre Où atterrir ?
 « Nul autre que le citoyen n’est en mesure d’explorer et de décrire ce à quoi il est réellement attaché. Et sans cette auto-description, point de compréhension réelle du territoire vécu. »

Le Questionnaire Latour propose des pistes réflexives sur les différents acteurs intervenant dans un projet de réappropriation de l’espace public. Au travers de ses différentes questions, le questionnaire latourien veut auto-décrire pour savoir où et comment agir, atterrir. L’enjeu est donc bien plus profond que le simple questionnement individuel sur ses conditions de vie : on vise ici une re-territorialisation de l’action publique servant de réponse aux attentes exprimées par les citoyens. Les différentes questions proposées permettent de guider les riverains pour repenser leur rapport avec leur environnement, et l’environnement en général. Nous avons donc suivi ces questionnements afin d’orienter notre projet, et de mieux appréhender les facteurs pouvant entrer en jeux dans le cadre de ce projet de réhabilitation des Chemins Secrets de Poitiers.

Voici les réponses que nous avons apportées au Questionnaire Latour :

  • De qui dépends-je ?

Notre projet dépend en grande partie de la ville de Poitiers, puisque nos chemins font majoritairement partie des espaces publics de la commune. Il est donc nécessaire de se renseigner sur les possibilités et les aides mises à disposition par la ville.

  • Qui dépend de moi ?

Ceux qui dépendent de notre projet sont les passants et piétons qui utilisent les chemins. Nous devons donc axer les pistes de réflexion sur les meilleures solutions pour optimiser leur parcours lorsqu’ils empruntent les passages de Poitiers. Notre projet doit être pensé dans l’objectif de servir l’intérêt des piétons : rendre les chemins plus praticables et agréables pour être davantage utilisés.

Les résidents environnants dépendent aussi de ce projet puisque les passages font partie de leur environnement direct. Ils sont concernés par le nombre de passants, l’entretien des lieux, parfois un vis-à-vis ou peuvent être propriétaires de certains tronçons des passages étudiés. Nous devons donc penser à ce que nous pouvons mettre en place pour optimiser le partage de cet espace : ils pourraient bénéficier d’installations écoresponsables comme des systèmes d’irrigation, des stocks d’eau de pluie, des bacs de compost ou de l’ajout de végétation.

  • Contre qui dois-je me battre ?

Il est possible que la mairie de Poitiers représente un obstacle dans la réalisation de ce projet, étant propriétaire des espaces publics mais aussi en charge des budgets alloués aux projets locaux participatifs. Elle pourrait donc rejeter notre projet et mettre fin à nos prospectives.

Certains riverains peuvent aussi s’opposer au réaménagement des chemins de Poitiers, par crainte des répercussions sur leur environnement direct. L’augmentation du nombre de passants pourrait représenter une nuisance sonore, tout comme des travaux de réaménagement ou le refus d’une participation à l’entretien des futurs espaces communs au voisinage.

  • Avec qui puis-je m’allier ?

Il est possible de s’allier à des collectifs écologistes ou des associations d’habitants qui participeraient à la réalisation du projet grâce au bénévolat, ou en soutenant notre cause auprès de la mairie pour faire valider le projet.

Certains mouvements étudiants alternatifs pourraient aussi représenter un soutien significatif puisque nous aurions besoin de volontaires pour la réalisation pratique, ainsi qu’une aide matérielle et manuelle. 

  • Par où commencer ?

Nous estimons devoir commencer par un sondage de terrain. Faire du porte-à-porte au voisinage des chemins est selon nous la meilleure manière d’évaluer les besoins et contraintes des résidents et des piétons. Ensuite, nous analyserons les résultats pour adapter les idées d’installations, revoir ce qui est réalisable ou non, quels collectifs rassembler pour aider à la réalisation du projet. 

Les enjeux de la rénovation urbaine à l’heure du changement climatique :

L’urbanisation s’inscrit dans une dynamique mondiale faisant face à l’augmentation constante de la population planétaire. La bétonisation massive allant de paire avec l’urbanisation croissante entraîne des conséquences plus que néfastes pour l’environnement : rétention de la chaleur et augmentation de la température à la surface de la Terre, utilisation de très grandes quantités d’eau, accroissement de l’utilisation de moyens de transports polluants… Aujourd’hui, il est absolument nécessaire de développer une urbanisation respectueuse de l’environnement – si tant est que cela soit possible ! Comme certaines villes l’ont déjà fait, il est possible de mettre en place des systèmes de récupération d’eau, de végétaliser les espaces urbains ou d’adopter des modes de transports plus « doux » et peu carbonés, comme le vélo mais aussi la marche à pied !

Pour cela, nous avons pensé à travailler sur des espaces essentiellement piétons et à en faire des zones de fraîcheur dans la ville, indispensables dans le contexte actuel de réchauffement planétaire. Nous avons également imaginé les équiper de systèmes de récupération d’eau, tout en favorisant l’absorption des émissions de dioxyde de carbone, en réduisant la pollution de l’air, de l’eau et des sols et en améliorant la qualité de vie des citadins.

Nous avons imaginé créer des « corridors verts » pour relier les parcs et les espaces verts entre eux, grâce à des espaces couverts représentant également des lieux de vie et de socialisation. Notre volonté de re-végétalisation de la ville s’est alliée à une idée d’autonomisation de ces espaces, de façon à ce que l’intervention humaine soit le moins nécessaire possible. Il est important de savoir que les arbres, chacun dans leur diversité, jouent un rôle essentiel dans le refroidissement des villes en proposant un certain degré d’ombrage. Néanmoins, la meilleure solution est de varier les espèces d’arbres afin d’éviter la monoculture qui entraîne des conséquences désastreuses en terme de biodiversité (et ce à toutes les échelles sur la planète).

Selon les espèces, les arbres produisent un taux plus ou moins élevé d’ombrage.

Au-delà de la question du dérèglement climatique, nous nous sommes attachées à l’importance des relations humaines et de la question sociale de la vie citadine. Nous avons souhaité inclure les citoyens dans une démarche de préservation et de protection des espaces verts, tout en améliorant leur qualité de vie en ville et en les invitant à partager des moments et des espaces communs. Ce projet vise donc plusieurs aspects de l’aménagement urbain : des enjeux politiques et citoyens mais aussi d’intervention paysagiste.

Voilà des idées qui nous sont apparues pertinentes et qui sont déjà mises en place dans des villes partout sur la planète. Nous nous sommes notamment inspirées des villes de Grenade et Petra pour l’accès à l’eau, de projets de voies vertes en région parisienne. La problématique des transports a été réduite à la piétonnisation, bien que le funiculaire de Pau et le téléphérique de Brest soient des bons exemples d’infrastructures améliorant les déplacements dans la ville.

Voici quelques idées étudiées lors de la phase de définition de notre projet :

  • Des bacs à légumes dans les allées et les parcs, et l’augmentation de composts collectifs
  • La mise à disposition d’outils afin d’entretenir les plantations collectivement dans une tentative d’auto-gestion des lieux
  • La mise en place de voies vertes partout en ville, comme des passages couverts permettant la récupération d’eau ou des escaliers et chemins d’ombre
  • Une utilisation généralisée de peinture blanche afin de lutter contre les îlots de chaleur urbains
  • La gratuité des transports en commun

Finalement, notre objectif, au travers de ce projet et de nos discussions, est d’optimiser la gestion des espaces verts afin de favoriser une continuité écologique entre les espaces naturels et les « nouveaux » espaces en ville, tout en favorisant le maintien et le développement de la biodiversité et en concevant des espaces permettant de limiter au mieux les tâches d’entretien futures. 


Premier semestre : les prémices du projet

Après nous être saisies d’une carte du plateau de Poitiers et avoir creusé notre mémoire, nous avons commencé par identifier des petits chemins prenant l’air de raccourcis ou des passages réservés aux piétons et que nous pensions être plus ou moins utilisés.

Voilà notre première sélection de passages :

  • Chemin de l’impasse de la Trinité
  • Passage souterrain entre la rue de la Chaîne et la rue Franklin
  • Escaliers du Diable
  • Chemin et place du Clos des Carmes

Une fois identifiés et repérés les chemins susmentionnés, nous nous sommes rendues sur place afin de photographier ces lieux et imaginer de potentiels aménagements en vu de notre projet de revalorisation. Nous avons également créé un questionnaire destiné aux habitants des lieux concernés afin de connaître leur opinion sur notre projet et évaluer les potentiels obstacles que nous pourrions rencontrer. Il était important pour nous de cerner l’usage exact et la fréquentation du lieu mais aussi de savoir si le chemin appartenait au domaine public ou privé.

Questions posées dans notre questionnaire :

  • Que manque-t-il autour de votre habitation ? De quoi auriez-vous besoin ?
  • Trouvez-vous ce lieu agréable tel quel ?
  • Souhaiteriez-vous qu’il y ait plus d’aménagements extérieurs ?
  • Seriez-vous prêts à entretenir collectivement les installations végétales, avec l’aide ou en rotation avec d’autres riverains ? Ex : taille de plantes, arrosage, ramassage de feuilles…

Des questions en fonction de la propriété du terrain :

  • Public : L’utiliseriez-vous davantage s’il était aménagé de façon conviviale, sécurisée et écologique ? (Ex : plus lumineux, végétal, moins glissant…)
  • Privé : Si vous en êtes le propriétaire, seriez-vous prêts à rendre ce passage public ou à permettre un droit de passage ?

Des questions spécifiques à chaque lieu :

  • Impasse de la Trinité : Si oui, seriez-vous d’accord pour que le passage soit aménagé de façon à être plus accessible et sécurisé, tout en restant végétalisé et naturel ? (Ex : rambarde de sécurité… )
  • Passage Rue de la Chaîne : L’utiliseriez-vous davantage s’il était aménagé de façon conviviale, sécurisée et écologique ? (Ex : plus lumineux, végétal, moins glissant…)

Chemin de l’impasse de la Trinité

Un joli chemin, bien pratique lorsqu’on souhaite rejoindre le centre-ville depuis le boulevard Anatole France.

Les caractéristiques de ce passage : Joli chemin de verdure, raccourci rapide entre le centre-ville et le boulevard Anatole France. Il peut être glissant, n’est pas éclairé la nuit, ce qui pose des problèmes d’accessibilité. De plus, il reste des incertitudes quant à la dimension publique ou privée du chemin.

Nos idées d’aménagement pour ce lieu :

  • Barrières ou rambarde de sécurité pour ne pas glisser, éclairage
  • Poubelles de tri pour éviter que les déchets ne soient jetés dans les jardins en contre-bas
  • Affiches de sensibilisation quant à la nuisance sonore

Les résultats du sondage :

Le chemin est entièrement privé mais les habitants des alentours disposent d’un droit de passage. Néanmoins, quiconque connaît ce raccourci l’utilise et certaines personnes s’arrêtent le soir pour faire la fête, laissant leurs déchets derrière eux. Les habitants sont dérangés par le bruit et sont donc réticents à l’idée de rendre le chemin public ou de favoriser le passage à cet endroit. Ils soulignent l’inutilité de potentiels aménagements.

Passage souterrain entre la rue de la Chaîne et la rue Franklin

Le passage souterrain, un endroit connu seulement des habitués !

Les caractéristiques de ce passage : Un raccourci efficace, un lieu original semblable à un souterrain, couvert et bien isolé, constitue naturellement une zone de frais, sombre.

Nos idées d’aménagement pour ce lieu :

  • Meilleur éclairage
  • Plantes souterraines pouvant subsister avec peu de lumière
  • Lieu d’exposition culturelle (peinture, livres, œuvres d’art…)
  • Ouverture au public pour des activités collectives (scolaires…)

Les résultats du sondage :

Ce passage est privé mais tous les connaisseurs l’utilisent régulièrement, particulièrement les habitants de la rue Franklin. Néanmoins, il n’est pas connu par les habitants du quartier arrivés il y a moins d’un an. Les riverains ne voient pas d’intérêt à aménager cet endroit puisque cela ne modifiera leur fréquentation du passage. Ils pensent également, dans leur majorité, que cela ne sera pas utile. Une riveraine indique que, ce chemin étant sombre et peu rassurant, il pourrait être intéressant de le rendre plus vivant et lumineux pour prendre plus de plaisir à y circuler.

Escaliers du Diable

Les escaliers du Diable relient la gare au centre-ville (au niveau du parc de Blossac).

Les caractéristiques de ce passage : Passage réputé pour son accès direct au centre-ville, succession de plateformes et de marches, longue ascension parfois sujette à un ensoleillement intense.

Nos idées d’aménagement pour ce lieu :

  • Végétation sur les marches n’empêchant pas l’ascension
  • Système d’écoulement et de récupération de l’eau
  • Ombrage pour en faire une zone de frais lors des fortes chaleurs et faciliter l’ascension

Nous n’avons pas effectué de sondage concernant les Escaliers du Diable.

Passage et place du Clos des Carmes

Les caractéristiques de ce passage : Il se trouve à la sortie d’une école publique et rejoint une place de forme carrée, ornée de quatre palmiers et entourée de résidences. Très emprunté par diverses personnes, certains endroits du passage sont couverts et permettent de réguler la température. En dehors de ces quelques zones de frais, l’endroit est entièrement bétonné et retient donc la chaleur.

Nos idées d’aménagement pour ce lieu :

  • Bancs, sièges
  • Végétation, plantes, pelouse, bacs de jardinage collectif, compost, ombrage
  • Lieu d’exposition artistique (peinture sur les murs, décorations…)

Le sondage concernant la place du Clos des Carmes sera effectué dans un second temps, comme vous pourrez le voir.


Deuxième semestre : recentrer le projet et imaginer du concret !

Après avoir consulté tant bien que mal les riverains des différents lieux pour lesquels nous avions pensé à un aménagement, nous avons décidé de recentrer notre travail afin de le rendre plus pertinent.

Nous avons choisi de nous concentrer sur l’aménagement de la place du Clos des Carmes. Malgré le manque de données sur les envies et les besoins de ses habitants, c’est le lieu le plus intéressant et polyvalent – donc l’endroit qui se prête le mieux à un projet de revalorisation urbaine.

Objectif : rendre la place dynamique et respirable ! Souvent empruntée comme simple raccourci, la place du Clos des Carmes pourrait être bien plus que cela. On comprend vite que, dès sa conception, elle n’a pas été pensée comme un lieu de vie. La chaleur est étouffante en été et, mis à part quatre palmiers, il n’y a aucune végétation. D’ailleurs, aucune des personnes interrogées n’a répondu qu’il lui arrivait d’utiliser cet espace pour le plaisir. Le public qui pourrait potentiellement profiter d’un aménagement du lieu est très varié au vu du côté résidentiel des bâtiments l’entourant et de la présence d’une école maternelle dans la rue voisine. La place se prêterait aisément à la mise en place d’activités pour tous les âges, comme du jardinage collectif ou la réalisation de fresques d’expressions. Le manque d’ombrage pose également problème dans la mesure où la résidence est occupée par un grand nombre de personnes âgées, particulièrement sensibles aux effets du soleil.

Idées d’aménagement : 

Voici une planche d’idées réalisée selon nos idées d’aménagement du Clos des Carmes.

  • Des plantes ne demandant pas beaucoup d’entretien, avec des panneaux indiquant aux habitants du lieu comment s’en occuper
  • La récupération de l’eau de pluie pour arroser les différentes plantes
  • Des voilages ou des toiles tendues pour créer de l’ombre en été
  • Des fresques sur les murs accessibles aux écoliers de l’école adjacente

Il s’agit alors de tenter de consulter à nouveau les riverains – à des horaires où la fréquentation de la place est élevée, comme à la sortie des classes de l’école attenante. Pour cela, nous avons recréé un questionnaire, spécialement dédié à la place du Clos des Carmes.

Questionnaire :

  1. Votre utilisation de la Place du Clos des Carmes 

Vous êtes… : un riverain (habitant de la place) / un habitant du quartier / un usager de l’école avoisinant la place / seulement de passage / autre 

A quelle fréquence utilisez-vous ce lieu ? Quotidiennement / Plusieurs fois par semaine / Occasionnellement / Rarement / Jamais avant aujourd’hui

Quel usage faites-vous de ce lieu ? Vous l’utilisez comme lieu de passage / Vous y pratiquez une activité / Vous venez spécifiquement y passer du temps / autre

Vous faites cela… : par envie / pour des raisons pratiques / par manque de choix / autre

Quels sont les avantages de ce lieu selon vous ? Esthétique / pratique / agréable / sans véhicules à moteur / proche de chez vous / c’est un raccourci 

Lorsque vous circulez ou passez du temps ici… : vous êtes seul.e / accompagné.e / avec un ou des enfants / à pied / en vélo / vous promenez un animal / autre

  1. Notre projet d’aménagement

Etes-vous favorable à notre projet ? Oui / Non / Je ne sais pas

Passeriez-vous plus de temps sur cette place si notre projet se mettait en place ? Oui / Non / Je ne sais pas 

Pour quelles raisons ? Plus beau, plus écologique, plus vert, plus calme, plus pratique, plus agréable…

Seriez-vous prêt à participer si nous mettions en place un budget participatif ? 

Seriez-vous prêt.e à participer d’une autre façon à notre projet (entretien des plantes, décoration sur les murs…) ?

Avez-vous des envies ou des besoins particuliers ? D’autres idées ? Des remarques ?

Les résultats de ce sondage :

Ce questionnaire avait pour but de cibler les besoins des riverains et d’estimer en quelle mesure ils seraient prêt à s’investir pour le projet. Cette dernière donnée est très importante car l’un des objectifs premiers dans le réaménagement d’un passage est de rendre le lieu plus convivial. Nous souhaitons que ces lieux de passage deviennent des lieux de vie à proprement parler. Il s’agissait également de faire émerger les revendications auxquelles nous n’avions pas pensé. Très vite, deux groupes se sont distingués.

D’un côté, certains seraient très favorables à un aménagement plus écologique qui permettrait d’empêcher l’effet « fournaise » en été et de rendre la place généralement plus agréable. En majorité, ces personnes accepteraient de contribuer à l’entretien de la place.

D’un autre côté, ce sondage a également fait remonter des avis différents. Les appartements de la résidence du Clos des Carmes sont occupés par un grand nombre de personnes âgées qui craignent de voir leur calme troublé si la place devient attractive. De fait, ils apprécient le calme de la résidence et ne souhaitent pas être dérangés. Il est important de noter que, s’ils sont réticents à la voir changer, cela ne signifie pas qu’ils apprécient la place.


Conclusion du projet : obstacles & apports personnels – quel bilan tirer ?

Au travers de ce compte-rendu, nous avons tenté de présenter notre démarche en détaillant les différentes étapes du projet. Néanmoins, nous avons fait face à de nombreux obstacles de différentes natures venant freiner (voire stopper) la réalisation d’un tel projet.

En effet, nous avons rencontré des problèmes techniques, temporels et juridiques : il est par exemple impossible de réaménager un chemin appartenant au domaine privé sans l’accord du ou des propriétaires, en plus de la nécessité d’avoir l’autorisation de la mairie de Poitiers et les fonds nécessaires à une réhabilitation. De plus, ces projets méritent d’être débattus par les riverains. Avec le questionnaire de Latour, nous avons réalisé que tous les habitants des lieux n’avaient pas les mêmes besoins. Certains veulent du calme, d’autres un lieu animé et plus vivant. Sans aller jusqu’à l’hypothèse de conflits générationnels, il est clair que la diversité de la population pictavienne rend difficile un consensus quant à la transformation de ces lieux de passage délaissés.

Parmi les solutions envisagées, nous avons notamment pensé à proposer ces projets au budget participatif mis en place par la mairie. Cet outil permet de faire vivre la démocratie locale en proposant « des projets pour améliorer la qualité de vie et favoriser le bien vivre ensemble à l’échelle des quartiers et de la ville, en concertation avec les élus et les agents de la collectivité« . Il est également possible de partager ces différents projets de réhabilitation urbaine à l’Assemblée Citoyenne et Populaire créée par la Ville de Poitiers afin de redonner du pouvoir d’agir aux habitantes et habitants.

L’aboutissement de ce projet ne pouvant donc se faire – à moins de tout quitter pour devenir cheffes paysagistes au service Espaces Verts & Urbanisme de la mairie de Poitiers – nous avons tenté de rendre compte de notre travail sous la forme d’une carte.

Voici une carte avec tous les chemins de Poitiers identifiés :

Voir en plein écran

En gris, retrouvez tous les chemins que nous avons parcouru dans Poitiers ;

En bleu, retrouvez les chemins sur lesquels nous avons travaillé ;

En rouge, retrouvez notre lieu principal, le Clos des Carmes, avec une proposition d’intervention !

Ce projet a finalement des buts variés : paysagiste mais aussi politique et citoyen. Il a également été l’occasion de questionner notre entendement de l’action publique urbaine ainsi que nos projets professionnels. Voici nos témoignages :

Louise : « Au niveau professionnel, je suis très intéressée par le développement de nouvelles politiques publiques plus écologiques et solidaires ou, autrement dit, faire de l’urbanisme alternatif. Ce projet était donc l’occasion parfaite de se mettre à la place d’un.e élu.e avec l’objectif de rendre le centre-ville de Poitiers plus durable. Hélas, même en une année universitaire, il est presque impossible pour de simples étudiantes de transformer une ville, ou ne serait-ce qu’une place. Ce projet m’a donc permis de mettre en application des idées personnelles et des principes du développement urbain durable – et a ainsi confirmé mon envie d’étudier puis de travailler dans le domaine des politiques urbaines alternatives. »

Suzon : « Ayant grandi dans les environs de Poitiers, je connaissais très bien les grands axes de la ville mais très peu de ses « chemins secrets ». Depuis que j’y suis étudiante, j’ai eu le temps de découvrir ma ville autrement, de me perdre et d’en faire le tour. Bien que mes connaissances en urbanisme soient très limitées, ce travail m’aura permis de réfléchir à toutes les étapes et à tous les paramètres à prendre en compte à partir du moment où un projet d’urbanisation impacte autant de vies alentours. »

Léane : « Je connaissais très peu de Poitiers et n’ai jamais vraiment pris le temps d’explorer la ville en dehors des trajets que j’emprunte quotidiennement. Aller à la recherche des passages secrets m’a donc permis d’explorer et de mieux connaitre la ville dans laquelle j’habite. C’était aussi l’occasion de s’intéresser à des projets d’urbanisation et de réappropriation de l’espace public, des sujets que je n’avais pas abordé auparavant. »

Diane : « D’une part, j’adore les raccourcis et les passages secrets ; d’autre part, je suis très intéressée par les possibilités d’urbanisation « écologique » qu’il me semble absolument nécessaire d’étudier dans notre monde actuel suffocant. Ce projet m’a permis d’allier ces deux centres d’intérêt et d’imaginer collectivement des alternatives et des solutions qui puissent également permettre de favoriser le lien social, que je trouve fondamental. »



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