La fresque murale citoyenne, un projet collaboratif

La fresque murale citoyenne, un projet collaboratif
Modélisation de notre fresque collaborative sur le thème du "Parcours de vie"

Quoi de mieux qu’un support mural pour laisser libre court à son imagination artistique? Une fresque c’est aussi un espace de liberté d’expression sur lequel on peut communiquer des émotions mais aussi des idées.

La nôtre sera un espace de partage et d’inclusion. Elle parlera de la vie, dans ses par-cours les plus variés, des expériences joyeuses, d’autres parfois difficiles. Des coups de pinceaux ici et là, viendront répandre joie et malice, tandis que certains, voudront peut-être crier leur colère.


Naissance du projet : Les Histoires Oubliées

Dans la proposition de mener un projet visant à se réapproprier l’espace public dans la ville de Poitiers, nous avons d’abord vu l’occasion de mettre en lumière les oubliés et oubliées de l’Histoire.

Par cela, nous entendons ceux et celles dont on ne parle pas ou plus, ou ceux et celles qui n’ont pas de place significative dans l’espace public. Après échanges et réflexions, nous nous sommes finalement orientées vers l’idée de mettre en avant les migrantes et migrants, étant donné l’urgence actuelle de les mettre en visibilité.

La Fresque, un support artistique et collaboratif

Pour ce faire, nous avons pensé à créer une fresque. Qu’elle soit l’objet d’un bref regard de passant ou de passante, ou qu’elle sollicite l’attention assez longtemps pour entraîner un arrêt pour une étude plus attentionnée, une fresque est un moyen efficace pour mettre en lumière des idées. En acquérant une place significative dans l’espace public, la fresque se révélait être le moyen d’expression le plus en adéquation avec notre projet.

Également, nous avions dans l’idée de faire de cette fresque quelque chose de participatif et de collectif. Nous pensions que rendre le public actif à la création de celle-ci pourrait être encore plus intéressant que de le rendre simple spectateur de son résultat final. De plus, une fresque mettant en visibilité les migrants et migrantes se devait de les prendre en compte, puisque ce sont les personnes les mieux placées pour parler de leur situation. Toutefois, mettre en dialogue, les citoyens et citoyennes avec les migrants et migrantes présentait un intérêt en termes d’idées préconçues, de réalités vécues, ou encore d’expériences individuelles et collectives. C’est pourquoi nous nous sommes décidées à faire de cette fresque la création de citoyens, citoyennes, de migrants et de migrantes, par l’intermédiaire d’un ou d’une artiste ou encore d’un collectif d’artistes. Nous voulions finalement que l’événement créé par la réalisation de la fresque soit rassembleur.

De par notre appartenance à celle-ci, nous comptions aussi donner une place à la communauté étudiante dans le projet. Nous avons notamment pensé aux étudiants et étudiantes en art, qui se montrent toujours très motivés/motivées et s’engagent avec passion dans les différents projets artistiques. Les intégrer présente également le moyen de créer une dynamique de créativité et de partager les différentes sensibilités, intuitions, et l’imagination de chacun et chacune. Également, l’intervention d’artistes dans le processus de création permettrait d’organiser et de mettre en forme le rendu final de la fresque. Par ailleurs, c’est une façon de valoriser le travail artistique de la communauté étudiante en art et de bénéficier d’un savoir-faire volontaire, bénévole, et par conséquent de réduire les coûts financiers dans le cadre de notre projet.

Mise en marche du projet

Nos engagements personnels dans diverses associations aidant les migrants et migrantes de Poitiers nous ont poussé à les contacter.

Nous avons ainsi pensé à inclure dans notre démarche l’association Buddy System réfugiés (BSR). Sa principale mission est de donner des cours de français à des réfugiés, réfugiées, demandeurs et demandeuses d’asile à Poitiers. Elle permet de soutenir les migrants et les migrantes dans l’apprentissage de la langue française, et propose des sorties sportives et culturelles ainsi que des moments conviviaux pour échanger. En 2019, l’association comptait 106 bénévoles pour 130 buddies dans 36 groupes différents. Par l’intermédiaire de cette association, une vingtaine de réfugiés et réfugiées se seraient portés/portées volontaires pour participer au projet et à la réalisation de la fresque. 

De plus, nous avons pensé que d’autres associations pouvaient participer à ce projet, comme Min’ de Rien. Cette association, née en 2016, a pour objectif de soutenir les mineurs et jeunes majeurs de Poitiers qui rencontrent des difficultés vis-à-vis de leur statut d’étranger. Les adhérents et adhérentes sont là pour les écouter, les accompagner auprès des institutions et associations pour diverses démarches administratives, pour l’accès au logement, à la sécurité, à l’éducation, à la santé, aux loisirs, cherchant à les intégrer du mieux possible dans la ville de Poitiers.

Ainsi, notre idée est devenue celle de la mise en œuvre d’un projet artistique visant à réunir les Pictaviens et Pictaviennes afin d’élaborer une fresque qui viendrait visibiliser les parcours des migrants et migrantes, l’action des associations les aidant à Poitiers, et sensibiliser chacun et chacune à leurs histoires oubliées. Dans la théorisation d’une concrétisation de ce projet, les questionnements de Georges La Tour ont été essentiels.

Où réaliser notre fresque ?

Le choix du lieu a été un véritable casse-tête et l’objet de nombreux débats au sein du groupe. Un long processus de réflexion s’est mis en place entre nous avant de trouver un lieu optimal répondant aux différents critères. 

Notre première idée s’est portée sur la porte de la Maison des 3 Quartiers (M3Q) à Poitiers. Ce lieu apparaissait comme opportun dans la mesure où les principales actions proposées par la M3Q sont « d’aller vers » les habitants et habitantes et surtout vers les personnes les plus en difficulté notamment les jeunes migrants et migrantes. 

Porte de la Maison des 3 Quartiers

Nous avons finalement décidé d’abandonner cette idée après avoir appris que la porte en question avait été réhabilitée deux ans auparavant et qu’il serait dès lors très difficile d’envisager de la réinvestir. La deuxième idée qui semblait intéressante était celle du mur de la cafétéria de l’Université de Poitiers (UFR Lettres et Langues).

Cafétaria de l’Université de Poitiers

En effet, un appel pour lancer un projet de création artistique avait déjà été proposé aux étudiantes et étudiants par l’Université, sans succès. Il était donc possible d’envisager de soumettre notre projet de fresque murale citoyenne à la faculté. Étant donné que la porte de la M3Q n’est désormais plus disponible, nous avons convenu que la cafétéria pourrait être le lieu idéal pour accueillir notre fresque.

Quel financement ?

La deuxième contrainte, était de trouver une ou des sources de financement pour l’utilisation du mur, dans le cas où la fresque ne serait pas réalisée sur le mur de la cafétéria de l’université, et pour financer la peinture et tout le matériel nécessaire pour dessiner puis peindre. 

Nous avons alors constitué une liste de financements potentiels : Le CROUS et le FSDIE pourraient nous aider si le projet inclut les étudiants, ainsi que la ville de Poitiers, Grand Poitiers, ou encore la Région Nouvelle-Aquitaine. Nous comptions les contacter pour leur proposer notre projet, une fois le lieu de la fresque bien défini. Nous avons aussi envisagé l’alternative d’une cagnotte Leetchi, cela permettrait de sensibiliser les habitants sur le vécu des migrants et de les faire participer au projet.

Également, le fait de réaliser la fresque sur le mur de la cafétéria de Lettres et Langues présentait l’avantage de s’offrir l’Université de Poitiers comme partenaire de financement et de mise en œuvre du projet.

Par ailleurs, les moyens de la réalisation passent par la prise de contact avec des personnes pouvant participer au projet.

Nous avons pensé à s’associer à d’autres acteurs et actrices pour nous aider à mener à bien le projet, afin de les mettre en lumière, ainsi que de prendre contact avec des migrants et migrantes qui auraient pu participer. De la sorte, nous avons contacté l’association Buddy System Réfugiés qui a répondu favorablement à la proposition. Également, nous sommes allées à la rencontre de membres de l’association Min’ de rien via l’une de leurs réunions. Par ailleurs, divers mails sans réponses ont pu être envoyés à d’autres associations.

La réalisation du projet demandait aussi d’aller à la rencontre de potentiels participants et de potentielles participantes : nous avons pensé organiser deux réunions. La première aurait été l’occasion d’échanger et de partager diverses idées sur les thèmes de la mobilité, de la migration et du parcours de vie. La deuxième réunion aurait permis de s’atteler à la production de dessins, qui auraient par la suite été repris par des artistes.

Les difficultés

Au fil de l’avancée de notre projet, plusieurs obstacles se sont dressés à nous. 

Dans un premier temps, le choix du lieu. Nous avons rencontré des difficultés pour nous mettre d’accord sur le lieu qui pourrait accueillir cette fresque. Nous avons rapidement réalisé qu’il faudrait faire face à de nombreuses difficultés afin d’obtenir les accords de la Mairie, mais aussi de la Préfecture de la Vienne, pour la créer en centre-ville. Pour cette raison, nous avons souhaité nous diriger vers un lieu davantage excentré. 

Outre les opposantes et opposants au projet, la question du financement est rapidement venue se poser à nous. Nous savions qu’il serait difficile d’obtenir de quoi acheter les fournitures ; c’est pour cette raison que nous avons cherché à estimer les coûts que représentent cette fresque, en nous dirigeant vers des fournitures peu coûteuses et respectueuses de l’environnement. Également, il y avait la question du financement d’un ou d’une possible artiste qui pourrait prendre part à ce projet. Il a donc fallu réfléchir à des moyens tels qu’une cagnotte. Concernant le/la/les artistes, le fait de faire appel à des étudiantes et étudiants d’art permettait un financement moins important que celui d’artiste(s) professionnel/professionnelles.

Enfin, l’un des plus grands obstacles à la conception de cette fresque murale citoyenne aura probablement été notre groupe en plus lui-même. En effet, nous avons rencontré à plusieurs reprises des difficultés à nous mettre d’accord. Notre projet a fait l’objet de plusieurs remaniements avant de nous accorder sur le projet final : visibiliser les populations de migrants et migrantes.


Conclusion

La mise en œuvre de notre projet n’aura finalement pas abouti. Le problème du manque de temps et les diverses difficultés auxquelles nous avons pu faire face ont joué un large rôle dans cet inachèvement. Toutefois, nous n’abandonnons pas le projet que nous aimerions voir prendre vie dans les mois ou années à venir. De plus, même s’il n’a pas été réalisé, le projet a offert la possibilité de se rendre compte de l’importance et de l’efficacité des questionnements de La Tour dans la théorisation d’un projet et dans la compréhension globale des différentes étapes qui le constituent.



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