2150 : tout est à faire

2150 : tout est à faire
Paris #4 Make Our Planet Great Again, Chris Morin-Eitner (2017)

L’an 2150 : Le réchauffement climatique causé par l’ultra libéralisme et le capitalisme toujours plus influent a atteint son sommet. Depuis 10 ans, les catastrophes naturelles propres au XXIe siècle sont de plus en plus courantes et puissantes. En une décennie la nature a repris ses droits, l’être humain est redevenu sujet comme les autres êtres vivants. Cependant, le monde postcapitaliste n’est pas revenu à un état sauvage. Les Etats ont majoritairement disparu ou sont en réalité plus devenus des symboles que des puissances tangibles. Les armées de fonctionnaires et de soldats ont déserté durablement les institutions car ils ne recevaient plus leurs salaires et ne pouvaient plus vivre de leur métier. Les recettes des impôts ont chuté en même temps que l’économie, et donc la disparition de l’assise financière des Etats a entraîné leur fin.  Si la nature domine, il faut bien comprendre que cet événement a détruit toutes les structures sociales qui perpétuent les rapports de domination sur les corps. Ce travail de déstructuration qui prenait du temps sous la commande de militants a été achevé par les catastrophes naturelles que l’homme a causé. Seulement la nature a, comme qui dirait, laissé une seconde chance aux humains en évinçant les institutions de la société capitaliste et dominatrice. En effet, malgré la puissance du capitalisme, ces buildings et ces monuments sont seulement matériels et n’ont pas tenu face à la rage naturelle. Contrairement aux idées qui, pour des réalités vastes capables de refaire le monde, peuvent être contenues seulement dans un livre ou dans un crâne. La nature a déconstruit le monde mais a laissé la reconstruction aux humains. Cet événement qui paraissait catastrophique ne serait-il pas le seul moyen donné aux humains pour détruire les dominations et revenir à l’idée qu’ils ne sont seulement qu’un corps ?

La Nature est ensuite redevenue une Mère, une bienfaitrice omnisciente qui a remplacé l’influence du Dieu des religions monothéistes et la mère patrie des sociétés impérialistes. Bien que ces croyances existent toujours, elles ne détiennent plus une quelconque prédominance.

Si nous nous concentrons sur l’ancienne France, les anciens systèmes de pouvoirs ont perdurés uniquement dans les communes. Les mairies ont servi de lieux de rassemblement, de prises de décisions ou encore de refuges. Les anciens symboles de la République perdurent et servent de points communs. Mais dans les pratiques, c’est plutôt un système de démocratie participative ou indirecte qui s’est imposé sur le territoire à l’échelle locale. La souveraineté appartient à ceux qui la pratiquent, le pouvoir exécutif étant surtout à ceux qui ont la volonté de l’assumer et d’y participer. Le territoire est donc constitué d’un maillage de démocratie à l’échelle des communes, qui collaborent entre elles sans que Paris redevienne le centre de pouvoir qu’il était.

La citoyenneté est désormais basée sur la participation quotidienne et à la vie locale, et non sur des critères administratifs ou sur la possession de papiers. Les lois concernant la régulation des rapports sociaux constituent encore un socle de référence mais certaines sont destinées à être changées car elles perpétuent les dominations sociales. Pour faciliter cette tâche, l’ancien système judiciaire n’a pas perduré, et a seulement laissé un héritage transformé en coutumes.

Cependant, la propriété privée a été abrogée de fait par l’état de nécessité qui a obligé les gens à se servir lorsqu’ils en avaient besoin. Les infrastructures, les capitaux et les moyens de productions sont gérés par des coopératives, des associations ou des communes de pouvoirs. Cet état de nécessité permanent a rebattu les valeurs de la société mais aussi ses structures de dominations politiques. Le capitalisme, baptisé l’Ancien Système, est parti et avec lui la lutte des classes car les gens se sont rendus compte que les billets ne se mangent pas. La monnaie a perdu sa valeur, et il n’y a plus d’institution qui la régule, la produit ou la mesure. Les échanges sont plutôt réalisés en troc ou en nature.

La terre et les savoir-faire deviennent la priorité des nouvelles sociétés qui ont besoin de s’assurer la sécurité alimentaire. Comme il y a beaucoup plus d’habitations que d’habitants, les sans abris fixes n’existent plus.

Seulement, même si L’institutionnalisation des rapports de classes est détruite car l’économie capitaliste ne fonctionne plus, elle reste forcément ancrée dans l’imaginaire collectif qui n’as pas réellement changé.

Pour ce qui est du progrès et des technologies, il continue et elles sont restées pour la plupart. Mais dans la société que ces humain.e.s essaient de créer, le progrès ne doit plus être primordial, les technologies doivent donc devenir “vertes”, doivent s’accorder avec la nature pour une civilisation techniquement soutenable.

Une petite population veut élaborer une nouvelle société qui soit réellement égalitaire pour prolonger la durée de l’existence. Pour eux cela passe par de nouvelles structures politiques et par un point fondamental, qui est forcément en lien avec le reconstruction, la fin des dominations sur le corps.

Après que la nature ait repris ces droits, ce groupe s’est accordé à ramener toutes les œuvres artistiques qu’iels avaient encore chez eux.elles pour débattre et choisir celles qui allaient être placées dans la Somathèque : la bibliothèque du corps. Cette somathèque présente plusieurs rayons dans lesquels les œuvres qui bâtissent la nouvelle société sont placées. Ces œuvres vont permettre de redéfinir tous les systèmes, qu’ils soient politiques, écologiques, économiques, judiciaires, éducatifs… Pour tenter de créer une société aux structures intersectionnelles qui évincerait toute domination sur le corps des individus.

Somathèque : la bibliothèque pour une société aux corps libres



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