L’embirlungo de nos toiles

L’embirlungo de nos toiles

Comme des petites araignées, nous tissons chaque jour la toile de notre vie. Cette toile s’entrecroise avec celle des autres au point de former un embirlungo indémêlable où chacun a besoin de l’autre pour survivre. Pourtant nos toiles sont en danger et comme toute araignée qui se respecte il nous faut agir pour notre survie ! Quel fil faut-il couper ou conserver ? Où atterrir pour préserver notre si fragile maison ?

Par: Camille Elie, Camille Fumeron, Salomé Binet, Lou Philippe et Anaïs Tamisier Lopez.

Réponses au questionnaire de Bruno Latour, dans Où atterrir? 

1. Dresser la liste de ce / ceux dont vous dépendez pour subsister (choisir 5 éléments, pays, institutions, organisations, personnes, choses, entités diverses) : 

➣ Nos parents / famille (argent, amour, sécurité / protection, logement) ; 

➣ NTIC (téléphone portable, communication, Internet) : sans Messenger, nous ne pourrions pas avoir accès aux informations importantes relatives à notre licence et sans Internet nous n’aurions pas accès à la plateforme UPdago ; 

➣ Animaux (chien, chat, cochon d’Inde) : sur le plan affectif, en tant que compagnie ;

➣ Les institutions étatiques (sécurité, santé, …) : en cas de maladie, la Sécurité Sociale nous couvre, les pompiers nous aident en cas de nécessité et la poste se charge de notre communication au niveau national et international ; 

➣ L’environnement / la planète (climat tempéré, plantes : oxygène). Les arbres nous permettent de respirer en dégageant du O2. 

2. Dresser la liste de ce / ceux qui dépendent de vous pour subsister (choisir 5 éléments, pays, institutions, organisations, personnes, choses, entités diverses) : 

➣ Organismes vivants non-humains de type domestique : Animaux (chien, chat, cochon d’Inde). Plantes vertes (plantes ‘domestiques’). Pour exister, la plante verte domestique a besoin d’eau, elle dépend de nous puisque c’est nous qui l’arrosons ; 

➣ Amis / famille: ils dépendent de nous affectivement. Nous sommes pour eux un moyen d’exister socialement en étant le témoin privilégié de leur vie, nous constituons un soutien émotionnel important en cas de choc émotionnel ou lors des divers aléas de la vie ; 

➣ Les producteurs dépendent de nous en tant que consommateurs ; 

➣ Les institutions étatiques reposent sur leurs citoyens et leur participation à la maintenance du pouvoir. Par exemple, si personne ne va voter la démocratie n’a plus lieu d’être, si les contribuables ne paient pas leurs impôts les institutions s’effondrent ; 

➣ Nos outils du quotidien (électroménagers, voiture, appareils numériques, …) : entretien, nettoyage, charge. 

3. Dresser la liste de ce / ceux avec qui vous souhaitez collaborer (choisir 5 éléments, pays, institutions, organisations, personnes, choses, entités diverses) : 

➣ Institutions éducatives et de formation, dont l’université: afin de s’améliorer, obtenir un diplôme et, à terme, intégrer le monde du travail ; 

➣ Nos amis qui nous soutiennent dans les difficultés de la vie, et nous aident à devenir des adultes autonomes et responsables ; 

➣ Collaborer avec les organisations et institutions qui se battent et s’engagent pour notre bien-être (unicef, Médecins sans frontières, KickCancer, OMS, FAO, PNUD) ; 

➣ Mode de vie durable. Consommer local: façon de cultiver qui répond aux besoins locaux, améliorer l’environnement et l’économie des petits producteurs. Trier, ramasser les déchets ; 

➣ Pouvoir politique local, collectivités locales, mairies ; participer à des initiatives communes (initiatives sociales d’entraide pour lutter contre l’isolement social, projets environnementaux, démocratie participative). 

4. Dresser la liste de ce / ceux à quoi / à qui vous devez vous opposer (choisir 5 éléments, pays, institutions, organisations, personnes, choses, entités diverses) : 

➣ Une administration défaillante à cause du mille-feuille administratif et un manque de compétence et d’efficacité, trop grande division et enchevêtrement des tâches ; 

➣ Lutter contre les dernières dictatures / pays autoritaires: étendre le respect des Droits de Humains ; 

➣ La main mise sur les nations par des firmes transnationales (FTNs) qui, par leur domination économiques des territoires, contraignent des décisions politiques profitables au bien commun ; 

➣ La manipulation de la parole publique et du langage par des institutions médiatiques et politiques (enjeu démocratique et de liberté d’expression) ; 

➣ La corruption, soit le détournement des ressources et des institutions qui devraient servir les intérêts publics, à des fins privées. 

5. Que faudrait-il faire pour maintenir ou améliorer vos conditions de vie (choisir 2 actions à mener prioritairement) : 

➣ Thème Argent : Un salaire minimum universel. Un habitat un minimum confortable pour chacun ; 

➣ Thème Santé : Des infrastructures accessibles et efficaces dédiées aux activités sportives, accès à une alimentation saine à des prix raisonnables ; 

➣ Thème socio-économique, mixité sociale : Création d’un pôle de communication entre des individus de milieux (social, professionnel, économique, culturel…). 

La sagesse de la toile

Le questionnement de Bruno Latour nous a interrogé d’abord sur nos liens de dépendance dans un monde mondialisé et capitaliste. Nous avons toutes le statut d’étudiantes à l’université de Poitiers dans un contexte de pandémie. Afin de subsister avec ce statut, il nous fallait toutes impérativement une connexion Internet. De la même façon, la nécessité d’avoir une planète, et plus largement, un environnement sain, nous est apparue comme une évidence. Une première coupure s’est néanmoins créée entre les membres du groupe concernant l’indépendance ou non vis-à-vis des parents. Pour la majorité, le besoin d’être rattachées affectivement et économiquement à une famille est notable. Cette protection n’étant pas toujours existante, les institutions étatiques permettent de combler les problèmes économiques (système de bourses) tout en intégrant un soutien essentiel, aussi bien social que sanitaire. Enfin, des membres ont évoqué le besoin d’être entourées d’animaux pour se sentir à l’aise dans un espace. Ce besoin peut sembler, de prime abord, assez superficiel, car non essentiel à notre survie à proprement parlé et bien souvent rendu impossible à assouvir à cause de notre exode choisi des campagnes vers les villes. Cependant, cette dépendance peut-être rattachée au besoin d’un environnement sain, souvent associé à un retour dans les campagnes. La dépendance nous a alors paru comme allant au-delà de la notion de besoins primaires, car c’est bien la volonté d’étudier dans une université en ville qui nous oblige à nous tourner vers une dépendance choisie.

Concernant les êtres vivants ayant besoin de nous pour exister, la question animale a trouvé son sens. Les êtres vivants domestiqués et façonnés par la main de l’Homme peuvent difficilement survivre dans la nature sans l’humain (exemple avec les poules). Après de nombreux échanges, il est apparu que la sphère amicale et familiale peut avoir besoin de nous pour subsister à cause notamment du besoin humain de la reconnaissance d’autrui pour se construire en temps qu’individu. Sur le plan du rôle d’étudiante que nous occupons, nous devenons rapidement des consommateurs et dans le même temps une denrée permettant aux producteurs et aux industries d’exister. De la même façon, nos systèmes étatiques et juridiques reposent sur la bonne volonté des citoyens à faire respecter un pacte social. Enfin, nos outils technologiques et nos électroménagers ne peuvent perdurer sans l’entretien que nous leur dispensons chaque jour. Un ordinateur ne peut pas fonctionner sans l’humain pour le moment.

Afin d’améliorer notre quotidien, nous avons envisagé plusieurs partenariats. Ce sont d’abord les institutions éducatives comme l’université qui nous semblent être des acteurs essentiels dans l’acquisition de connaissances, mais aussi de qualités humaines permettant la vie en société. Collaborer avec une sphère amicale rencontrée bien souvent dans ces institutions éducatives devient possible et souhaitable. Le groupe s’est scindé une nouvelle fois sur des questions de gestion politique. Pour les membres envisageant un soutien international, une collaboration avec les organisations globales a été mentionnée. Pour d’autres, il faudrait plutôt se tourner sur la consommation locale et durable en s’engageant d’abord dans des activités politiques locales (mairie, associations) tout en réfléchissant à sa consommation personnelle (alimentation, vêtements et déchets).

De fait, nous nous opposons farouchement au fonctionnement des firmes transnationales qui écrasent les économies locales. Dans le registre économique, la corruption a été aussi mentionnée et considérée comme immorale dans la mesure où elle détourne des ressources et des services nécessaires au bien commun pour des intérêts privés. Lutter contre des dictatures et des pays autoritaires nous semble aussi nécessaire pour maintenir une société protectrice des droits de tous et toutes. Pour se faire, réfléchir sur la manipulation des discours publics nous a semblé essentiel afin de permettre une liberté d’expression et de penser. Enfin, le phénomène de lourdeur administrative a été mentionné comme pénible, voire dangereux pour le bon fonctionnement des institutions.

Finalement, pour améliorer nos conditions de vie, il faudrait d’abord obtenir un salaire minimum universel qui permettrait de ne plus subir un choix (comme étudier), mais plutôt de s’épanouir dans celui-ci. D’un point de vue sanitaire, il reste nécessaire de maintenir des infrastructures accessibles et efficaces afin de promouvoir la santé peu importe le milieu social. Enfin, la mixité sociale nous semble aussi importante afin de ne pas nous enfermer dans une bulle qui nous éloignerait et nous isolerait du reste du monde. Ce travail nous a finalement semblé d’une importance majeure dans le reste de notre parcours étudiant, mais aussi humain.

De manière générale, réfléchir de cette façon autour du questionnaire de Bruno Latour nous a permis de pleinement réaliser à quel point nous étions engluées dans ce système de liens d’interdépance qui se développait autour de nous de manière infinie, un peu comme une toile d’araignée, chaque acteur de cette toile impactant les autres. Aussi, nous avons donc choisi de représenter ces co-dépendances via un diagramme reproduisant un peu cet effet de toile immense. De plus, nous avons fait le choix de le réaliser sur un support numérique puisque nous nous sommes rendues compte que l’accès au virtuel conditionne beaucoup d’éléments de nos vies et cela d’autant plus en période de pandémie. Le choix du support numérique s’est donc imposé comme un média incontournable pour retranscrire la réalité de notre microcosme.

Pour conclure, la réflexion menée s’est avérée très enrichissante pour chacune de nous, puisqu’elle a nous a permis de mettre en lumière la similarité de nos situations tout en nous faisant prendre conscience qu’au sein même de ces situations il existe certaines disparités qui peuvent modifier du tout au tout nos problématiques, notre vision du monde ainsi que l’importance qu’on accorde à certaines choses. Par ailleurs, ce questionnaire a aussi été l’occasion de vraiment réfléchir sur une question qui nous traverse au quotidien mais sur laquelle on s’arrête finalement peu, à savoir : que pouvons-nous faire pour faire face à l’urgence climatique ?



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