Projet Latour – Où atterrir ?

Dans cette vidéo que nous avons conçue comme évolutive, nous vous proposons un manifeste rédigé à dix mains, pour atterrir ensemble dans un monde qui nous ressemble et nous rassemble. Comment revoir les rapports entre notre environnement et nous-mêmes afin de les rendre plus viables et plus respectueux ? Ce court-métrage suggère une esquisse de réponse en mettant en avant la nécessité de refonder les espaces géographiques de la ville.

NB : Le contexte sanitaire ne nous a pas permis de toutes nous réunir pour tourner ensemble la vidéo, dans laquelle nous voulions que toutes les mains apparaissent et participent.

– Manifeste –


En réponse au questionnaire proposé par Bruno Latour, nous avons établi un manifeste qui dessine les lignes d’un idéal où nous aimerions atterrir.


De quoi, de qui avons-nous besoin ?

Nous pensons que notre façon de vivre et de subsister ne se construit pas en individualité, mais est dépendante de quantité de facteurs. Facteurs multiples en lien avec le temps, les besoins impérieux, les envies et les plaisirs. Ainsi, nous estimons avoir besoin à la fois de soutien, de moyens concrets, mais également de sources inépuisables d’enrichissement et de bien-être. 

Soutien, d’abord, à travers les personnes qui nous sont chères, ces personnes disponibles pour nous, proches géographiquement, prêtes à nous soutenir, que ce soit émotionnellement ou financièrement. Ces personnes, ce sont nos ami.es, nos familles, nos adelphes, les gens que l’on rencontre et qui nous permettent de créer un lien émotionnel. Soutien, ensuite, de la part de systèmes d’aides -telles que le CROUS dont nous dépendons au niveau de la nourriture ou des bourses-, et d’un système de santé viable et accessible. En bref aux moyens plus larges susceptibles de nous soutenir dans les besoins impérieux que nécessite notre façon de vivre. 

Moyens concrets, ensuite, à travers la vie quotidienne : pouvoir se nourrir facilement grâce à des surfaces de distribution de nourriture accessibles à la fois financièrement et géographiquement. Surtout, pouvoir accéder à ces surface à travers des déplacements quotidiens, et grâce à une offre de transport de proximité (vélo, bus de ville). Également, pouvoir penser nos déplacements hors des villes ( avec les train, bus, voiture) dans le cas où ces derniers sont nécessaires. 

Enrichissement, enfin, grâce à des mécanismes instinctifs de bien-être : nous sentons en nous un besoin irrépressible de nature, d’un accès direct à un espace de plein air, non bétonné, naturel et ensoleillé, où nous pouvons nous ressourcer et nous sentir paisible et en adéquation avec la nature qui nous entoure. Nous nous sentons également liées à un besoin de plaisir, à travers des contenus accessibles nous nourrissant intellectuellement : nous avons besoin d’ un accès facile aux livres, films, contenus créatifs et artistiques, loisirs…

Ainsi, notre façon de subsister ne dépend pas uniquement de moyens concrets mais est demandeuse de plaisir et de détente. Notre façon de subsister ne dépend pas uniquement de nous, elle dépend de tout ce qui nous entoure, elle dépend des autres et fait dépendre les autres de nous.  

Qui a besoin de nous ?

Aujourd’hui, nous nous sentons petits grains de sable au milieu de ces rues, ces routes et ces places qui constituent la ville. Nous avons le sentiment de n’être indispensables qu’aux plantes que nous regardons amoureusement pousser au bord de nos fenêtres et à nos animaux que nous inondons de caresses. Et nous ne voyons pas que nos corps dépendent de nous. Que ceux que nous aimons dépendent de nous, de nos sourires, de notre présence et de nos mains tendues. Que nous rendons ce que nous recevons et qu’il s’agit d’un cercle vertueux qui sans nous s’écroule. Ensemble pourrait-on aller plus loin ? Prenons conscience que nous sommes toutes et tous des acteurices essentiell.es à nos mondes, à nos systèmes. Nos organisations, nos démocraties locales dépendent de nos votes et de nos voix, de toutes les voix. La ville elle-même a besoin de nous pour être plus belle. Avec qui avons-nous envie de bâtir notre idéal ? 

Avec qui, avec quoi collaborer, et comment ?

Nous souhaitons collaborer et construire un endroit où atterrir avec celles et ceux qui partagent nos luttes, nos passions, ce qui nous fait vivre. Nos luttes sociales, d’abord, dans lesquelles nous souhaitons nous engager avec des militant·e·s partageant en partie ou totalement nos idées, des militant·e·s avec lesquel·le·s nous pourrions échanger, discuter, construire la pensée et l’action. 

Cette démocratie, nous souhaitons en faire vraiment partie. Nous voulons collaborer ensemble pour un système politique à l’écoute, un système dont les canaux de communication soient sains et limpides, un système décentralisé, un véritable maillage démocratique, social et territorial. Nous souhaitons être au plus près de la vie politique, nous pensons qu’une collaboration saine avec celle-ci est un premier pas vers la réparation de l’intérêt politique collectif, pour une refonte de nos démocraties.

Enfin, nous pensons qu’il est urgent de collaborer de manière effective avec la nature, avec l’écosystème dans lequel nous vivons et par rapport auquel nous avons souvent fait preuve d’impérialisme. Nous pensons qu’il faille repenser la nature, non plus comme quelque chose à “autoriser”, mais comme quelque chose à accepter. Nos espaces devront être pensés par rapport à celle-ci, nos modes de vie devront prendre en compte la place essentielle qu’elle doit occuper. Une balade, une véritable immersion dans la nature ne sera plus perçu comme un coupable plaisir, un épanchement, un utopique et oisif intermède; mais comme une pause nécessaire à notre développement, notre santé et notre vie. 

A quoi et à qui s’opposer ?

Ainsi en collaborant avec ceux qui partagent nos luttes, nous souhaitons former une opposition à celleux qui vont à l’encontre de nos idéaux et de notre conception de la société. Nous voulons nous opposer à celleux qui représentent l’oppression dans nos sociétés et participent à l’exclusion de certain.e.s minorisé.e.s en raison de leurs identités de genre, leurs orientations sexuelles, leurs races ou leurs classes sociales. Nous souhaitons participer à un mouvement qui ira contre ces oppressions systémiques et toutes celleux qui y participent. Il est nécessaire de dénoncer et de lutter contre l’autorité systémique, que ce soit la police, les politiques autoritaires où encore tous les partis politiques à tendance fascites comme le Rassemblement National. A cela s’ajoutent les acteurs du capitalisme comme les grandes multinationales et la société de consommation. Le capitalisme est un système qui repose sur l’oppression des individus et des classes ouvrières en faveur d’une minuscule  classe élitiste concentrant toutes les richesses du monde.

Le capitalisme marche main dans la main avec l’idée d’une société patriarcale, blanche, hétérocentrée, validiste et cisgenre qui rend donc cruciale la convergence des luttes car nous avons tous et toutes un ennemi commun.  Les réseaux sociaux sont devenus un instrument de cette société pour quadriller la population de son oppression et ainsi conformer la pensée et l’apparence de tous aux carcans de la société. Nous souhaitons nous opposer à ces instruments non en les boycottant mais en les détournant en les utilisant pour promouvoir les mouvement militants et inonder d’images à l’opposé des dictates. Les réseaux sociaux instrumentalisent, utilisent et manipulent nos rapports entre humain.es, rapport que nous voulons reconstruire de façon plus saine. 

Quel sens donner à ces besoins ?

Enfin nous souhaitons vivre en adéquation avec la nature, ainsi nous nous devons de combattre la pollution et tout ce qui détruit l’environnement dans lequel on évolue. 

Nous pensons qu’il est nécessaire de prendre conscience des rapports bilatéraux que nous, humain.e.s, entretenons avec nos environnements. Il est urgent de faire de cette interdépendance le moteur de nos décisions afin de leur donner une direction respectueuse. Les humain.e.s ne doivent plus être considéré.e.s comme le centre de gravité autour duquel s’agencent les espaces et les structures.

Nous pensons qu’il convient de donner la priorité à ces rapports, seule manière d’assurer la viabilité et la protection de ceux-ci. 

Nous pensons également que ce revers de conception des rapports doit être accompagné/doublé d’une profonde révision du rapport à l’argent, dont nous refusons qu’il se retrouve au centre de nos préoccupations et motivations pour agir. 

Nous sommes convaincues que cette nouvelle conception doit notamment se traduire dans les processus décisionnels et s’inscrire dans l’aménagement des espaces, qui doivent être conçus de manière à pouvoir appliquer la précédente proposition.

Nous pensons qu’il est impératif d’adapter les logements, les transports et les structures culturelles, afin que les services de toute nature soient accessibles et décentralisés. 

Rendu inclusif, gratuit et nécessaire, l’espace public apparaît comme générateur de reconnexion avec nous-mêmes, avec l’environnement et avec les autres, pour l’avènement d’un monde meilleur ou, pour le moins, dont nous avons décidé d’où il va.

Chloé Bonnet, Juliette Troubat, Marine Ourhali, Louana Deveau-Leterrier, Emma Bourgeois



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