Judith Migny/ décembre 14, 2018/ Pulsar

Chronique de Marine sur l’élection de Miss Pérou 2017

Chronique du 9 novembre 2017

Le Pérou, Marine ne l’a pas présenté, mais c’est un beau pays d’Amérique latine, le deuxième après la Colombie avec le taux de féminicide le plus élevé. Sur la côte ouest du continent, il borde l’Océan Pacifique et on y a recensé, en 2013, 131 féminicides et 152 tentatives. La capitale, Lima a un centre-ville historique classé au patrimoine mondial de l’UNESCO et on recense dans tout le pays plus de 40 299 plaintes pour violences domestiques dont les agresseurs avaient, dans 80% des cas, eu une relation amoureuse avec leur victime. Vous situez mieux le pays là ? Ça demande quelques éclaircissements je vous l’accorde.

J’ai évoqué plusieurs fois le mot féminicide, mais vous ne m’avez peut-être pas suivi. Il faut dire qu’en France, ce terme n’est pas reconnu par la justice, alors qu’il l’est dans plusieurs pays d’Amérique Latine depuis plusieurs années. Il a néanmoins sa place dans le dictionnaire depuis 2015 (alors qu’il a été formé au XIXème siècle), et dans l’édition du Robert on peut lire « Meurtre d’une femme, d’une fille en raison de son sexe. Le féminicide est un crime reconnu par plusieurs pays d’Amérique latine ». Et si le Pérou a reconnu le féminicide comme un crime ce n’est pour rien, puisque les actes de violences contre les femmes sont malheureusement courants, très ancrés dans une société patriarcale qui a longtemps méprisé les femmes.

Heureusement aujourd’hui elles veulent voir les choses changer et ne plus rester dans l’ombre des violences excusées de leur maris, frères, pères, amis. Comme cette femme qui a publié sur les réseaux sociaux, le mois dernier, un vidéo qu’elle a pris depuis son balcon d’une de ses voisine, traînée par terre dans la rue par son mari. Celle-ci crie alors que l’homme la tire jusque dans la cage d’escalier, où la femme prenant la vidéo l’interpelle et lui dit d’arrêter. Cette femme, qui a eu le courage de s’interposer a ensuite emmené la jeune femme au commissariat afin qu’elle porte plainte, et elle a part la suite raconté qu’elle essayait de s’enfuir de son compagnon qui avait menacé de la tuer avec un couteau. Celui-ci a été arrêté, et la vidéo a suscité une vague de protestations, un réel choc qui va mener à une manifestation, le 25 novembre prochain.

En attendant que la société se réveille, un sondage montre que 74 % des habitant.e.s de Lima sont conscient.e.s que leur société est machiste, ce qui est un premier pas. Le problème, c’est que le même sondage montre ce triste résultat : iels sont également 53 % à considérer qu’une femme en mini-jupe est responsable si elle se fait harceler. Alors jeter la faute sur la société, sur les traditions, c’est facile si à côté on est pas prêt.e à justement changer sa façon de penser, à faire évoluer les mentalités… Oula non, ne soyons pas défaitistes ! Les péruviennes et les péruviens n’ont pas dit leur dernier mot avec le hashtag « Ni una menos », pas une de moins en espagnol, qui a été lancé par plusieurs associations. Il a par la suite donné lieu à plusieurs manifestations pour dénoncer les violences faites aux femmes à travers toute l’Amérique Latine dont une à Lima en 2016, auquel avait prit part le Président du Pérou, Pedro Pablo Kuczynski, au pouvoir depuis un mois.

Le fait que le Président lui-même montre son intérêt pour la problématique des violences faites aux femmes et qu’il prenne part à des événements publics est un signe positif pour que les choses changent dans la société péruvienne. Maintenant que la bonne volonté a été montrée les péruviennes demandent de réels changements dans les mœurs mais surtout dans la justice, afin que les hommes qui commettent des atrocités contre le sexe opposé soient punis à la hauteur de leurs actes. Et les femmes ne lâcheront rien, car quand vous « touchez à l’une, vous touchez à toutes ».

Judith Migny

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