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Le concours Miss Pérou 2017 et les chiffres qui font peur

 

Marine Teixeira, 8 novembre 2017

« Le 29 octobre 2017, les candidates au titre de Miss Pérou ont quelque peu bousculé les codes du concours. Alors qu’elles devaient, chacune leur tour, donner leurs mensurations, elles ont préféré profiter du moment pour énumérer des statistiques alarmantes sur la condition des femmes, que ce soit au Pérou ou dans le monde entier. La première candidate à prendre la parole a surpris tous les téléspectateurs : « Je m’appelle Camila Canicoba, je représente Lima, mes mensurations sont 2202 cas de féminicides signalés au cours des neuf dernières années dans mon pays ». Elle a ensuite laissé la place aux autres candidates, chacune énonçant un chiffre révélateur des violences faites au sexe féminin.

C’est Jessica Newton, organisatrice du concours, qui a eu l’idée de cette tribune. Selon elle, je cite : « ceux qui ne dénoncent pas et ceux qui ne font rien pour que cela cesse, se rendent complice. La reine de beauté nationale doit être l’ambassadrice de toutes celles qui n’ont pas de voix ».

Cet acte, mené par les miss, rejoint ainsi tous les mouvements mis en place depuis l’affaire Weinstein, dans le but de libérer la parole des femmes à propos des violences qu’elles subissent. Cette séquence du concours Miss Pérou a été massivement relayé sur les réseaux sociaux, comme véritable cri d’alarme, dans un pays où l’inégalité des sexes prime.

Cependant, les candidates n’ont pas seulement évoqué les questions de harcèlement ou de féminicide. Elles se sont aussi penchées sur la façon dont les petites filles subissent des violences du fait de leur sexe. Elles ont notamment rappelé que, toutes les 10 minutes, une fille meurt à cause de l’exploitation sexuelle ou encore, qu’au Pérou, 13 000 filles souffrent d’abus sexuels.

Et moi bah… ça m’a fait penser au dernier clip de Beyoncé. Ça peut paraitre surprenant dit comme ça, mais si vous êtes passé à côté, je vous conseille vraiment d’aller faire un petit tour sur youtube pour le voir. Le clip est sorti le 10 octobre, à l’occasion de la journée internationale de la fille, dans le cadre de la campagne #Freedomforgirls. Il nous présente un casting de fillettes au charisme impressionnant, filmées aux quatre coins du monde. Dansant avec rage, elles interprètent en playback le titre « Freedom » de Beyoncé. Leur énergie, associée au message fort de la chanson, donne un rendu poignant. D’autant plus que, durant l’interlude musicale, les petites filles cessent de danser et laissent place à une série de statistiques qui parlent d’elles-mêmes. Pour vous donner une idée, on apprend par exemple que 63 millions de filles ont subi des mutilations génitales ou encore que 130 millions de filles ne sont pas scolarisées.

Mais si la vidéo nous met face à un constat saisissant et effroyable de ce que vivent les jeunes filles dans le monde, elle est aussi pleine d’espoir. Elle nous informe que, d’ici 2030, l’ONU s’est fixé, pour objectif, de faire cesser les violences envers les petites filles, d’empêcher les mariages d’enfants ou encore d’envoyer toutes les filles à l’école. Et si on se penche de plus près sur les objectifs de l’ONU, on se rend compte que c’est bien plus que ça. Ils ne concernent pas que les filles, mais l’ensemble de la gente féminine. Le but est de stopper les discriminations, d’éliminer toutes formes de violences envers le sexe féminin, de permettre l’égalité des sexes, que ce soit dans le monde professionnel, économique, ou dans la sphère privée. En clair, tout un programme qui, dans certains pays, risque d’être long à appliquer. Et… vu les chiffres énoncés par les candidates au concours Miss Pérou, il semblerait que le Pérou fasse parti de ces pays qui ont encore un long chemin à parcourir avant d’atteindre l’égalité des sexes. »

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