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Les hommes et le harcèlement sexuel

Marine Teixeira, 25 octobre 2017

« En ce moment, ça ne vous aura pas échappé, on parle énormément du harcèlement sexuel et mon dieu, ce que ça fait du bien (oui oui, ça fait du bien!). Enfin, les femmes osent parler de toutes les agressions qu’elles subissent au quotidien. Et cette petite révolution, cette  fin des tabous et des non-dits ça fait quand même plaisir. N’en déplaise à tous ceux qui pensent que c’est de la délation, il y a des hommes qui ne méritent pas plus que le nom de porc, c’est un fait et il faut en parler.

Pourtant, il a y a une question qui se pose avec cette libération de la parole concernant le harcèlement sexuel : est-ce qu’on ne serait pas en train de faire une généralité sur les hommes ? On a vite tendance à mettre tous les hommes dans le même panier : celui de la masculinité toxique. La masculinité toxique, quezaco ? C’est une expression qui existe depuis les années 90 mais qui a été popularisé par Amanda Marcotte, blogueuse féministe américaine. Elle décrit la masculinité toxique, comme, je cite : « un modèle spécifique de virilité orienté vers la domination et le contrôle. D’après ce modèle, les femmes et les personnes LGBT sont considérées comme inférieures aux hommes. C’est la conception du sexe, non comme acte d’affection mais de domination et qui valorise la violence comme seule façon de s’imposer dans le monde ». Alors oui, ça existe (coucou Donald Trump). Et c’est sans doute ce modèle qui prime dans la tête des hommes qui agressent sexuellement des femmes, chaque jour. Mais, est ce que ça veut pour autant dire que l’ensemble des hommes doit souffrir de cette image ?

Arrêtons de parler uniquement des hommes comme bourreaux et des femmes comme victimes. Car non, le harcèlement n’est pas qu’un problème de femmes. C’est un problème de société […]. Certes, les femmes sont les principales touchées par le harcèlement et par l’inégalité des sexes. C’est indéniable. Mais ça ne veut pas dire que tous les hommes sont des machos, sexistes qui considèrent les femmes comme des objets sexuels. Non, il existe encore des hommes respectueux, des hommes envieux d’un monde paritaire, d’un monde sans stéréotypes et sans domination. Comme Judith nous l’a dit [voir chronique sur les déclarations de Justin Trudeau], il y a des hommes qui sont engagés dans la cause féministe. Ils représentent une infime minorité, mais ça ne veut pas dire qu’il faut les oublier. Il suffit de voir le hashtag qui a été lancé hier, par le Parisien #tous concernés. Ce sont des hommes, journalistes, politiques, qui ont pris le parti de défendre les femmes victimes de harcèlement. Parmi eux, François Hollande, qui a dit « Il n’y a pas que les femmes qui doivent prendre la parole pour dénoncer le harcèlement. C’est toute la société qui doit se lever pour empêcher, dissuader et condamner ces agissements ».

Pour que les choses changent, il faudrait que tout le monde se sente concerné. Dire que le féminisme n’est réservé qu’aux femmes, c’est une erreur. Si on veut évoluer vers un monde débarrassé de ses typologies sexistes et misogynes, il faut impliquer les hommes dans cette cause.

Arrêtons avec les stéréotypes de la femme faible, de la femme objet, de la femme sexualisée. Mais arrêtons aussi avec les stéréotypes de l’homme viril, de l’homme fort, de l’homme insensible. Le mot « homme » n’est pas synonyme de machiste. Et certains hommes sont eux aussi victimes des stéréotypes dictés par notre société. Un homme devrait pouvoir pleurer, refuser de se battre ou être « efféminé », sans être tout de suite catalogué comme faible, ou comme « pédé ». (car non, surprise! un homosexuel n’est pas toujours efféminé et vice versa). Arrêtons un peu de coller des étiquettes sur le front de tout le monde, d’avoir des attentes des gens en fonction de leur sexe. Arrêtons de nous demander quand on croise une personne androgyne « c’est un homme ou une femme ? ». On s’en fiche. Soyons juste bien dans notre peau et acceptons les autres tels qu’ils sont. On n’est pas dans le monde des bisounours, mais si on pouvait s’en rapprocher, ça serait quand même chouette. »

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