Julia GOIGOUX/ novembre 30, 2018/ Pulsar/ 0 comments

Aujourd’hui nous allons parler de Jacques Jaujard, ce nom ne vous dit peut-être rien et pourtant ce héros de l’ombre est à l’origine du plus incroyable plan d’évacuation de la Seconde Guerre Mondiale. En 1938, devant l’imminence d’une nouvelle guerre, ce fonctionnaire d’Etat, élabore un plan pour sauver du pillage et des bombardements tous les chefs-d’œuvre qu’abrite le musée Louvre.

10 jours avant l’entrée de la France en guerre, le musée ferme et toutes les toiles sont retirées de leurs cadres. Marquées par des pastilles de couleur, emballées et entreposées dans près de 2000 caisses en bois, tout ce petit monde prend la route vers divers châteaux et abbayes de France.
C’est un transport long et risqué. Des opérations périlleuses à s’en mêler les pinceaux, comme ce fut le cas du Radeau de la Méduse empêtré dans les fils du tramway. Une fois arrivé, un autre danger guette : l’humidité et les risques d’incendies qui menacent d’altérer les œuvres vieilles pour la plupart de plusieurs siècles. Mais reste un dernier obstacle : l’intimidation de l’ennemi.

L’occupant et Vichy exercent une réelle pression sur les actions de Jaujard via la perquisition d’œuvres et de potentielles accusations. L’officier Wolf Metternich, à la tête du service de protection du patrimoine de l’Armée Allemande, n’accepte pas le sort réservé à ces œuvres et remet en cause les injonctions du pouvoir. Peu après, il sera limogé pour « devoir trop francophile ». L’art passera outre la haine et l’ordre de rapatriement des œuvres effectué par Hitler sera violé.
Au sein de l’administration française, la résistance s’accélère. Jaujard rejoindra alors les mouvements dissidents internes qui permirent de faire fuiter les informations. Il interviendra fréquemment sur Radio Londres afin de communiquer la géolocalisation des pièces que son équipe a pu dissimuler et qu’aucun combat n’est parvenue à endommager.

Ce petit miracle s’explique par l’incroyable anticipation de celui qui sera, pendant 6 ans, à la tête de cette opération monumentale. L ’Europe baisse la garde mais Jacques Jaujard lui, a déjà tout prévu. Dès 1938, le personnel s’entraîne à évacuer les œuvres selon un plan précis.
C’était sans compter sur l’engagement d’une équipe de gardiens et de chefs de dépôts prêt à se sacrifier pour protéger les œuvres d’art. La mort d’un des gardiens du château de Valencay, qui abritait la Vénus de Milo, abattu en 1944 par les troupes allemandes, en est un triste exemple.
Jacques Jaujard a pu également compter sur Metternich qui s’est révélé être un allié providentiel en prenant le parti du Louvre contre son propre camp. A la demande de Jaujard, il sera décoré de la légion d’honneur par De Gaulle en 1952.

A la fin de la guerre, après avoir rétabli les liens avec les forces alliées, 45 000 œuvres sont découvertes dans des endroits divers, allant de la résidence de Goering à une mine de sel.
Il fallut plus de quatre ans pour que celles-ci regagnent les musées qu’elles avaient quittés. Ce sauveur du patrimoine sera médaillé de la Résistance et nommé Directeur général des Arts et des Lettres.

Pourtant Jacques Jaujard, bien que nommé secrétaire général du Ministère de la Culture, restera un héros de l’ombre. A sa mort en 1967, cet amoureux des arts aura vu s’installer la naissance de l’amitié franco-allemande et Malraux fera baptiser à son nom, l’une des portes du Louvre, musée qui lui est désormais, éternellement redevable.

Ecrit par Julia GOIGOUX et Marie LEFEBVRE DE LATTRE – Automne 2017.

Share this Post

Leave a Comment